Attentes et émotions !
L’élimination de la Côte d’Ivoire face à l’Égypte en quarts de finale de la CAN 2025 suscite une déception à la hauteur des attentes nourries avant cette rencontre. Sans être un drame sportif, ce match représentait une opportunité importante pour les Éléphants, tant les signaux envoyés lors des premières sorties dans la compétition étaient positifs. La Côte d’Ivoire avait affiché de la solidité, une organisation cohérente et une montée en puissance progressive qui inspiraient confiance.
À l’inverse, l’Égypte, pourtant forte de son histoire et de son statut, n’avait pas réalisé un début de tournoi particulièrement impressionnant. Sans jamais être réellement en difficulté, les Pharaons avaient avancé avec prudence, parfois sans pleinement convaincre dans le jeu. Ce contraste entre la dynamique ivoirienne et le parcours plus discret de l’adversaire avait naturellement renforcé l’optimisme autour des chances ivoiriennes. Beaucoup y voyaient une occasion favorable de franchir un cap, avec une confiance mesurée mais bien réelle.
C’est précisément cette combinaison qui explique la frustration ressentie après l’élimination. Lorsque l’espoir se construit sur des éléments tangibles plutôt que sur de simples projections, la déception se fait plus vive. Les supporters n’attendaient plus seulement un match abouti, mais la confirmation d’un potentiel aperçu tout au long du tournoi. Sans que tout soit remis en cause, ce quart de finale laisse l’impression d’une occasion manquée, d’un rendez-vous qui aurait pu basculer autrement.
Cette relation entre attentes et émotions est une constante dans le sport et dans la vie. Lors de la CAN précédente, la Côte d’Ivoire était passée tout près de l’élimination dès le premier tour. Plus personne n’y croyait vraiment. Et c’est précisément cette situation de quasi-renoncement qui avait rendu le sacre final si intense, presque irréel. La joie avait été amplifiée par la faiblesse des attentes initiales : on n’attendait plus rien, et tout est finalement arrivé.
Le même mécanisme émotionnel s’est illustré récemment avec l’équipe féminine de l’ASEC Mimosas en Ligue des champions de la CAF. Sans ambitions affichées, sans pression particulière, l’ASEC avançait loin des projecteurs. Personne ne l’attendait à ce niveau de performance. Et pourtant, chaque étape franchie, chaque victoire inattendue, a généré une ferveur croissante, une joie d’autant plus sincère qu’elle était libérée de toute obligation de résultat.
Le sport rappelle ainsi une vérité simple : l’intensité des émotions est souvent proportionnelle aux attentes que l’on place. L’espoir élève, mais il expose. L’absence d’attentes protège, mais elle prive parfois d’élan. La Côte d’Ivoire quitte cette CAN 2025 avec une déception réelle, mais aussi avec la certitude que l’émotion, qu’elle soit douloureuse ou joyeuse, naît avant tout de la croyance. Et c’est peut-être là, malgré tout, le signe d’une équipe qui continue d’inspirer.
Benoit You