Interview de Julien CHEVALIER (Entraîneur principal de l’ASEC Mimosas) :

Les joueurs ont fait corps avec nous…

À l’issue de sa 2e saison sur le banc de l’ASEC Mimosas, le coach Julien CHEVALIER a décroché le titre de champion de Côte d’Ivoire et s’inscrit au rang des entraîneurs vainqueurs de la Ligue 1 avec le club jaune et noir. Il nous livre ici les secrets d’une saison aboutie et se projette sur la prochaine avec en point de mire la Ligue des champions de la CAF.

Quel est le sentiment qui vous anime après l’acquisition de ce 27e titre de champion de Côte d’Ivoire pour l’ASEC Mimosas ?

J’ai aujourd’hui un sentiment de responsabilité pour la suite. Je suis déjà orienté sur la préparation de la saison prochaine, l’effectif à venir et les nouveaux défis à relever. C’est vrai qu’on a explosé de joie au coup de sifflet final. On a passé de longues périodes d’efforts, de travail et d’engagement personnel avec les joueurs et le staff d’encadrement. On attendait cette libération. Et ç’a été un plaisir de la partager avec les joueurs et tous nos proches.

 

On a assisté à un fait jamais vu auparavent. Au coup de sifflet final de l’arbitre, vous vous êtes précipité dans les tribunes pour étreindre votre compagne et votre fille, avant d’aller vous jeter dans les bras du PCA. Peut-on savoir pourquoi ?

C’était une réaction naturelle et spontanée. Beaucoup de personnes dont ma compagne et le PCA Me Roger OUÉGNIN nous ont soutenus et ont vécu avec le groupe toutes les difficultés qu’on a rencontrées. Je sais la valeur de la relation avec le PCA, son engagement à la réussite du projet sportif de l’équipe et du club. Il a toujours été d’un grand soutien dans les moments les plus délicats. Il a une grande force d’accompagnement et de proposition dans la réflexion. C’est aussi lui qui m’a offert la chance d’être là aujourd’hui pour relever ce défi. C’était simplement une fierté pour moi de lui rendre ce qu’il m’a donné.

 

La saison dernière, à l’heure du bilan, votre déception pour avoir terminé 3e était si grande que vous avez qualifié la saison de ‘’frustrante’’. Peut-on dire aujourdhui que vous venez de prendre une belle revanche avec ce 27e titre du club ?

Non, parce que les saisons se suivent et ont chacune leur histoire. Celle de 2019-2020 était en effet frustrante et compliquée pour tout le monde avec beaucoup d’incertitudes. On a eu des regrets qu’on ne peut pas effacer. On aurait préféré terminer plus haut pour participer à une compétition africaine, cette saison. On est satisfait aujourdhui d’avoir atteint cet objectif et on espère se projeter pour remporter d’autres titres lors des saisons à venir.

 

Vous étiez satisfait de l’investissement de vos joueurs la saison dernière. On imagine que c’est encore le cas cette saison. Par contre, le « gros souci d’efficacité » que vous déploriez a refait surface cette saison. Quelle est votre analyse ?

Les deux saisons et les deux groupes sont un tout petit peu différents. J’ai tiré beaucoup de satisfaction de ce qu’on avait produit la saison dernière. Le groupe était un peu plus joueur et avait peut-être plus de qualités techniques dans l’animation du jeu. Il était jeune et complémentaire, mais sans vécu. C’est la raison pour laquelle j’étais satisfait malgré tout, de son évolution et des attentes auxquelles il avait su répondre. Cette saison, on a eu affaire à un groupe différent qui a tout fait pour se dépasser pour ne pas revivre les difficultés de la saison précédente. Et pourtant, on était reparti avec un effectif renouvelé, avec les effets de la crise sanitaire.

En ce qui concerne l’efficacité, c’est le plus dur au football. Mais cette saison, le groupe a su être efficace à des moments importants pour rester en course et faire la différence. Les choses ne se sont pas toujours passées comme on l’aurait souhaité, sinon, le titre serait arrivé plus tôt. Mais l’équipe a écrit son histoire et a bataillé dur pour en arriver là.

 

Convaincu déjà l’année dernière que votre groupe avait du potentiel, vous vous êtes employé à lui donner une âme de conquérant. On a vu un vrai groupe solidaire qui avait envie d’avancer ensemble. Quel était le secret de cette alchimie ?

On avait la volonté de travailler. Dans le choix des hommes, on est tombé sur des joueurs qui ont la tête sur les épaules et qui ont envie de progresser. On savait qu’on partait de zéro contre des adversaires comme la RCA (le champion sortant), la SOA et l’AFAD qui avaient un vécu commun. Il fallait beaucoup travailler.

Dans les moments difficiles, l’honnêteté est très importante. Nous avons eu des échanges directs. Les joueurs ont fait corps avec nous. Ils ont toujours su être à l’écoute. C’est grâce à eux qu’on a réussi. Ce n’était pas facile parce qu’on avait affaire à un groupe large. Heureusement qu’il a su rester uni. Pour cela, on remercie nos joueurs.

 

Vos choix ont été souvent critiqués, parfois avec véhémence. Comment avez-vous vécu ces critiques ?

Il fallait garder son calme et rester lucide pour faire la part des choses. Ce qui nous rassurait est que sur les réseaux sociaux, les Actionnaires qui se rendaient régulièrement au stade étaient nos plus grands défenseurs. Ce qui est important, c’est l’avis des connaisseurs. Et il ne faut pas se laisser influencer par tous les avis des fans de nos joueurs ou par des analystes du score final. Je pense que la réponse à tout cela a été donnée par l’équipe sur le terrain.

 

Votre effectif comptait plus de 30 joueurs. Pourquoi n’en avez-vous utilisé que moins d’une vingtaine ? Et allez-vous garder le même effectif ou le renforcer ? En cas de recrutement, quels seront les compartiments de l’équipe à renforcer ?

Le large effectif était beaucoup lié à la situation. La COVID-19 nous exposait à beaucoup d’incertitudes et de doutes à l’approche des matchs. Les résultats des tests étaient livrés un peu tardivement. Il fallait pouvoir disposer d’une base un peu plus large que d’habitude. Cela avait été exceptionnellement autorisé par le règlement qui permettait à chaque club d’avoir un effectif de 40 joueurs. On a alors décidé à l’ASEC Mimosas de renforcer notre groupe avec des jeunes de l’Académie MimoSifcom au cas où. Cette base était nécessaire, sauf qu’après, le règlement n’a pas été adapté. On était dans un championnat qui autorisait 5 changements sans avoir les armes propices sur le banc puisque l’effectif sur la feuille de match était resté à 18 joueurs. Parfois, les changements qu’on nous reprochait n’étaient même pas possibles. On vient de recevoir le règlement de la CAF pour la Ligue des champions qui prévoit toujours 5 changements, mais avec 20 joueurs sur la liste. Ce qui est une logique implacable.

Pour revenir à notre saison, on a utilisé un peu moins de 20 joueurs. Ce qui est à noter et à apprécier, c’est que le groupe est resté très uni, solidaire et soutenait sans faille l’équipe sur le terrain. Physiquement, on a tenu le coup malgré l’intensité et le niveau élevé de la compétition. À un moment donné, on s’était posé la question de savoir s’il fallait réduire le groupe pour faciliter la préparation. Mais on ne l’a pas fait parce qu’on ne voulait pas casser cet état d’esprit et cette force de soutien qui existait autour du groupe et au sein de l’équipe.

Maintenant, la saison prochaine sera différente et demandera des aménagements parce que le niveau va s’élever avec la participation à la Ligue des champions de la CAF. Il y aura du recrutement à faire et tous les compartiments vont être renforcés.

 

Après 3 ans d’absence, l’ASEC Mimosas est attendue sur l’échiquier africain. Croyez-vous l’équipe capable d’accéder à la phase de groupes de la Ligue des champions qui demeure l’un des grands objectifs du club ?

Ce sera très important pour la Côte d’Ivoire de voir l’ASEC Mimosas accéder à la phase de groupes de la compétition reine des clubs africains parce qu’aucun représentant ivoirien n’a pu réussir cette performance, ces dernières saisons. On connaît les exigences de l’ASEC Mimosas qui sont conformes à ses ambitions. Quand on parvient à se qualifier pour la Coupe d’Afrique, l’objectif est d’atteindre au moins la phase de poules. C’est à partir de ce moment-là justement que les choses importantes commencent en préparant l’effectif, en le construisant et en améliorant la qualité de son jeu. La phase de préparation commencera à partir du 2 août prochain. On y croit. On a envie d’y aller. Les joueurs ont fait preuve d’une grande détermination pour obtenir le titre. Maintenant, l’objectif est la qualification pour la phase de poules.

 

N’est-ce pas un grand chantier qui montre que vous aurez plus de travail à faire pour bien préparer la saison prochaine ?

Ce sera loin d’une partie de plaisir. Ça va demander énormément d’investissement. Cette saison, on l’a fait sur une courte période. Là, ce sera pratiquement sur une année. Ce seront donc une charge et un défi supplémentaires. Après, on a un staff et un groupe qui ont compris la valeur du travail et c’est sûrement une de nos forces. On travaille énormément avec la vidéo pour décortiquer et analyser nos matchs et ceux de nos adversaires. Il faut pouvoir le reproduire. Ça va être un grand défi. Je l’ai dit aux joueurs. Il ont beaucoup travaillé et la saison prochaine, il faudra donner beaucoup plus pour atteindre nos objectifs.

 

Quelle est votre opinion sur le niveau du football local ?

C’est difficile de juger cette saison. On voit depuis plusieurs années que le champion ne se succède pas. Toutes les équipes sont capables de se battre les unes contre les autres. C’est la vérité du football à un certain niveau. Quand une équipe joue contre l’ASEC Mimosas, l’engagement qu’elle met n’a rien à voir avec son match d’avant ou d’après. Nos analyses peuvent être parfois un peu tronquées quand on observe les matchs en vidéo de nos adversaires. On a vécu une Superdivision de grande qualité. Les matchs se sont joués de façon très serrée. On a l’impression d’une compétition très relevée et on voit l’évolution des équipes qui sont de mieux en mieux organisées. Il y a indéniablement un bon niveau, mais il faut qu’il y ait une meilleure organisation globale pour permettre une progression plus constante. 

 

Un mot à l’endroit des Actionnaires, notamment ceux du ‘’Mur jaune’’ qui ont fait corps avec l’équipe pendant toute la saison ?

C’est un soutien supplémentaire pour avoir de l’énergie, pour être capable de se dépasser, d’avoir cet engouement autour de nous dès l’arrivée au stade. On les remercie pour cela. Je garde cette belle image du dernier match contre le FC San Pedro où, après le coup de sifflet final, je cours sur le terrain et je me retrouve dans les bras d’AKA Essis qui a été un guerrier formidable et mes yeux se sont dirigés vers les lumières des écrans des téléphones des supporters du Mur Jaune. C’était une image magnifique. Merci à eux pour leur soutien.