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RETRO BASKETBALL Coupe d’Afrique des clubs champions de Basketball (Hommes) édition 2000 :

La victoire de l’union, du courage et de la foi

RETRO BASKETBALL
Coupe d’Afrique des clubs champions de Basketball (Hommes) édition 2000
La victoire de l’union, du courage et de la foi

Le mardi 25 juillet 2000, au Palais des Sports de Treichville, l’équipe masculine de basketball de l’ASEC Mimosas remportait la Coupe d’Afrique des clubs champions pour la deuxième fois, en battant en finale (63-61) l’Atletico Petroleos d’Angola. Et cela, onze ans après sa première consécration continentale, en 1989, dans la même compétition, dans la même arène et devant le même adversaire. La comparaison est frappante.

L’exploit l’est tout autant. Cette consécration continentale fut celle de l’union sacrée de la famille, du courage et de la foi des Mimosas. Cela leur avait permis de disposer d’entrée (63-50) de l’équipe nigériane d’Islanders lors de la première journée disputée le vendredi 21 juillet 2000, au Palais des Sports de Treichville. En confiance et motivés par ce succès prometteur, l’entraîneur DJADJI Clément et ses joueurs s’imposent ensuite (55-84) à la formation de BC ONATRA de la RD Congo, le samedi 22 juillet 2000, à l’occasion de la 2e journée. Cette deuxième victoire les qualifie pour la finale qui a lieu le mardi 25 juillet.

L’autre finaliste a pour nom Atletico Petroleos d’Angola. Cette ultime rencontre de la compétition est très serrée. Les deux équipes sont à égalité (61-61) dans les dernières secondes de la partie. L’ASEC Mimosas obtient deux lancers-francs. Le Mimos AMALABIAN Blaise sur qui la faute a été commise est chargé d’exécuter la sentence.

Ses mains ne tremblent pas. Pour toute l’ASEC Mimosas, elles deviennent celles de Dieu puisqu’il marque les deux lancers-francs. Et l’arbitre siffle la fin de la partie. L’ASEC Mimosas l’emporte (63-61) et devient champion d’Afrique des clubs champions pour la deuxième fois. Le capitaine Abou BAKAYOKO et ses coéquipiers deviennent ainsi les héros de toute la Côte d’Ivoire.

Belle consécration pour le PCA du club, Me Roger OUEGNIN, pour le Président de la Section, MAIGA Alou et ses collaborateurs, mais aussi pour l’entraîneur DJADJI Clément. Malheureusement ce mardi 25 juillet 2000, après avoir regardé le sacre des basketteurs Mimosas à la télévision, THIAM Belafonte, le Directeur de rédaction et parrain de la Section basket du club, décède à son domicile. Un événement triste qui a tiédi la joie de ce sacre.

DJADJI Clément (Entraîneur de l’équipe masculine de basketball de l’ASEC Mimosas, en 2000)
«?Ce deuxième sacre continental en 2000 m’a fait plus plaisir que le premier?»

Quels souvenirs gardez-vous des deux sacres de l’équipe masculine de basketball de l’ASEC Mimosas, en Coupe d’Afrique des clubs champions, en1989, puis en 2000?
En football comme au basketball, la Coupe d’Afrique des clubs champions représente la consécration suprême pour tous les clubs. J’ai remporté cette compétition pour la première fois en 1989, en tant que joueur. Cette victoire était le couronnement de plusieurs années d’efforts d’une génération dorée de basketteurs que nous formions avec les MAIGA Alou, ELLOH Dingui, BAH Florent, ABBAS Diop, SERY Paul dit Pablo et autres. Je l’ai remportée ensuite en tant qu’entraîneur en 2000. Je suis devenu entraîneur de basketball pour partager mon expérience avec les nouvelles générations. Je veux leur enseigner ce qui m’avait permis, quand j’étais joueur, d’être l’un des meilleurs de ma génération. Je veux leur enseigner que la réussite est toujours au bout de l’effort. Avec persévérance, j’avais réussi à inculquer ces notions à mes joueurs. Cela nous avait permis d’atteindre notre objectif de remporter ce deuxième sacre continental en Coupe d’Afrique des clubs champions.

Qu’est-ce qui vous avait permis de remporter ce titre pour la deuxième fois, en 2000?
De 1990 à 2000, le Président du Conseil d’Administration de l’ASEC Mimosas, Me Roger OUEGNIN, a beaucoup soutenu financièrement la Section basketball du club. Cela motivait énormément les dirigeants, les encadreurs techniques et les joueurs. Nous avions d’anciens joueurs de la Section comme ELLOH Dingui, puis MAIGA Alou comme dirigeants de la section. Ils ont su fédérer toutes les énergies pour nous amener à atteindre nos objectifs. J’ai travaillé également avec un collège d’entraîneurs composé de SANOGO Seydou Badjan, de CLARK Gilbert et de MOBIO Samuel. Grâce à tout cela, nous avons pu remporter la compétition.

Ce qui est frappant, c’est que votre équipe avait réussi un parcours sans faute jusqu’en finale. Comment expliquez-vous cela aujourd’hui?
Je disais à mes joueurs que toutes les équipes présentes à ce tournoi savaient jouer au basketball. La différence se ferait au niveau de l’envie, de notre engagement et de notre volonté à repousser nos limites pour refuser la défaite ou l’élimination. Je leur disais aussi que nous devions aller absolument au bout de ce tournoi qui était organisé chez nous. Nous bénéficiions d’un soutien extraordinaire de nos dirigeants et de nos supporters. Le plus difficile pour nous était de réussir notre entrée dans la compétition. C’est ce que nous avons fait en battant lslanders du Nigeria. Et tout était bien parti. Nous avons battu ensuite l’équipe congolaise de BC ONATRA et le Petro Atletico en finale.

Comment avez-vous vécu cette deuxième consécration continentale par rapport à la première?
Ce deuxième sacre continental en 2000 m’a fait plus plaisir que le premier que j’ai remporté quand j’étais joueur. Parce qu’il n’était pas évident. Ce fut une grande satisfaction d’avoir amené de jeunes joueurs à se surpasser pour remporter ce titre et faire plaisir à toute la nation. En 1989, c’était différent. Nous avions de très grands joueurs qui savaient qu’ils pouvaient remporter la compétition. Je suis fier aussi d’être le seul Ivoirien à avoir remporté la Coupe d’Afrique des clubs champions en tant que joueur, puis en tant qu’entraîneur. Je dédie ce deuxième trophée au Président Roger OUEGNIN et à tous les Actionnaires. Ils avaient su nous apporter tout le soutien dont nous avions besoin pour gagner ce trophée. Je leur dis merci et je souhaite qu’ils recréent les conditions identiques pour permettre à la Section basketball de l’ASEC Mimosas de refleurir.

KONE Ismael

Extrait du mimosas magazine N°1308 du jeudi 12 janvier 2017

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ASEC Mimosas / AS Oumé du dimanche 26 août 1990

Chaque lundi, ASEC.CI vous fait revivre  une date mémorable de l’histoire de l’ASEC Mimosas. Cette semaine, notre rubrique retro  nous replonge au coeur de l’année 1990. Le 8e titre de champions de Côte d’Ivoire symbolisant le renouveau du club a été fêté avec faste.

Légende photo: Me Roger OUEGNIN a tenu sa promesse de redonner le titre de champion 
aux actionnaires. Ces derniers l'ont accueilli au stade FHB avec des ovations nourries.

Neuf saisons durant, après son 7e titre de champion de Côte d’Ivoire, remporté en 1980, l’ASEC Mimosas a cherché la recette du succès. Le club jaune et noir a connu une difficile traversée du désert, ne se contentant que de quelques maigres consolations, avec un seul succès en Coupe nationale, puis un autre en Coupe FHB, en 1983. Alors que l’ASEC Mimosas souffrait de l’instabilité chronique de ses équipes dirigeantes, l’AFRICA SPORTS d’Abidjan, le club rival, plus stable, dominait sans partage le football ivoirien depuis le milieu des années 1980. Les Actionnaires, très affectés par cette situation, priaient le ciel pour voir leur équipe remporter enfin le titre de champion de Côte d’Ivoire. Leurs prières ont connu un début de réponse en 1989, lorsque le Président Roger OUEGNIN, arrivé nouvellement à la tête du club, recruta le jeune entraîneur Philippe TROUSSIER. L’ASEC Mimosas amorça aussitôt une invincibilité en championnat national qui dura jusqu’en 1994. En 1990, le duo OUEGNIN-TROUSSIER et la formidable équipe qu’ils mirent sur pied survolèrent le championnat national, remportant le titre de champion de Côte d’Ivoire avec panache, pour le plus grand plaisir des Actionnaires.

Légende photo: le 8.e titre de 90 est aussi succès du trio composé de Me Roger OUEGNIN,
 de ses entraîneurs Philippe TROUSSIER et Eustache MANGLE

La 30e et dernière journée de championnat, disputée le dimanche 26 août 1990, offrit aux Actionnaires une opposition de leur équipe de rêve contre l’AS Oumé, dans la bonbonnière du stade FHB. Ce fut une rencontre mémorable et très colorée.

Légende photo: les Actionnaires ont fait le spectacle avant le match

Déjà en début de matinée, les Actionnaires ont fait la fête dans les différentes communes d’Abidjan, paradant dans des défilés hauts en couleur et en originalité, avant de converger en direction du Stade Félix HOUPHOUET-BOIGNY. Le spectacle a été de haute volée. Les Mimosas s’en sont délectés. L’ASEC Mimosas l’emporta 5 buts à 2 grâce à un doublé de son jeune attaquant CAMARA Losséni, à une réalisation de son gaucher magique KASSY Kouadio Lucien et à un autre doublé de son buteur de génie, TRAORE Abdoulaye dit Ben Badi. L’AS Oumé a réduit deux fois la marque grâce à son attaquant BOHE Cyrille.

Légende photo: elles sont super, les femmes Actionnaires

Ce fut la fête avant, pendant et après ce match qui a permis aux Actionnaires de célébrer avec faste leur 8e titre de champion de Côte d’Ivoire, déjà en poche quelques journées avant la fin du championnat. Ce 8e titre a marqué le renouveau de l’ASEC Mimosas puisque, cette année-là, le club jaune et noir a réussi le grand chelem en remportant, en plus du championnat national, la Coupe nationale et la Coupe UFOA, son premier trophée africain. Nous vous faisons revivre ce match historique avec le témoignage de deux acteurs majeurs : Eustache MANGLE dit le Lion, l’entraîneur adjoint de l’époque et AMANI Yao César Lambert, alors milieu de terrain de l’ASEC Mimosas.

Légende photo: mission accomplie pour Gadji et ses coéquipiers qui saluent les Actionnaires

 

Eustache MANGLE (Attaquant de l’ASEC Mimosas de 1963 à 1972, Entraîneur adjoint de 1989 à 1992, puis Entraîneur principal en 1993)

« Je garde de beaux souvenirs de ce match contre l’AS Oumé »

– Vous avez été un attaquant international et un redoutable buteur de l’ASEC Mimosas, puis entraîneur principal de ce club. Pendant combien d’années avez-vous évolué à l’ASEC Mimosas et combien de titres avez-vous remporté avec le club ?

– Je suis arrivé à l’ASEC Mimosas, en 1963. J’ai évolué au club jusqu’en 1972. C’est à la fin de la saison 1971-1972 que j’ai arrêté définitivement. En clair j’ai joué pendant 10 saisons dans ce club que j’aime passionnément. Durant cette période, j’ai été trois fois champion de Côte d’Ivoire avec l’ASEC Mimosas en 1963, en 1970 et en 1972. J’ai également remporté 5 Coupes nationales en 1967, 1968, 1969, 1970 et 1972. C’est même après cette victoire en Coupe nationale que j’ai arrêté définitivement la compétition. Comme joueur, j’étais un finisseur. Je n’aimais pas fignoler avec la balle. Je pouvais faire une feinte ou un crochet qui était suivi d’un tir. Je n’aimais pas marquer sur des retraits dans la surface de réparation, mais sur des tirs de loin. J’ai marqué un but en finale de la Coupe nationale, en 1967, face au Stella Club, depuis le rond central, sur un tir tendu qui a trompé Fanny Ibrahima, le gardien de but adverse. En voyant ce but, le Président Félix HOUPHOUET-BOIGNY a dit de moi : « Ça c’est un garçon ». J’étais très bon aussi de la tête et mes coups de tête étaient aussi puissants que mes coups de pied.

– Vous avez été aussi entraîneur principal de l’ASEC Mimosas. Pouvez-vous nous parler de cette expérience ?

– C’est en 1993 que j’ai succédé à Philippe TROUSSIER dont j’ai été l’adjoint de 1989 à 1992. Lorsque la FIF l’a appelé comme sélectionneur national, le Président Roger OUEGNIN m’a nommé entraîneur principal de l’ASEC Mimosas. En 1993, nous avons été champions de Côte d’Ivoire et demi-finalistes de la Coupe d’Afrique des clubs champions. N’eussent été les violences dont nous avons été victimes aux stadium de Kumasi, nous aurions pour nous qualifier pour notre première finale de C1 et même la remporter.

– Vous avez contribué au record d’invincibilité de l’ASEC Mimosas, en Ligue 1 aux côtés de Philippe TROUSSIER de 1989 à 1992, record que vous avez prolongé d’une saison, en tant qu’entraîneur principal en 1993. Comment expliquez-vous cette performance ?

– Nous avions Me Roger OUEGNIN, un grand Président du Conseil d’Administration, qui était jeune et très ambitieux. Il avait fait venir Philippe TROUSSIER qui est un grand entraîneur qui a su inculquer ses conceptions de jeu et communiquer sa rage de vaincre aux joueurs. Il a su créer une bonne ambiance et une symbiose au sein de l’équipe. Nous avions aussi la chance d’avoir un capitaine de grande envergure en la personne de GADJI Céli Saint-Joseph. Celui-ci était un grand meneur d’hommes. GADJI Céli savait galvaniser ses coéquipiers et leur rappeler les consignes de l’entraîneur sur le terrain. Nous avions enfin de grands joueurs comme KONATE Losséni, KASSY Kouadio Lucien, Abdoulaye TRAORE dit Ben Badi, AKA Kouamé, OBOU Arsène, FALLET Vilasco, AMANI Yao, SORO Jean, SIE Donald Olivier et bien d’autres. Le Président Roger OUEGNIN avait su créer un bon environnement autour de l’équipe. Il avait trouvé le complexe sportif de Sol Béni où nous avons pu travailler sereinement et efficacement. Il a mis aussi les moyens pour motiver les joueurs. Tout cela avait contribué à construire le record d’invincibilité inscrit dans le livre des records Guinness.

– Pourriez-vous nous parler de votre tandem avec Philippe TROUSSIER que les Actionnaires et la presse avaient baptisé le Sorcier Blanc ?

– Il existait une confiance solide entre Philippe TROUSSIER et moi. Il était caractériel, parfois arrogant, mais il avait un grand respect pour moi. Il demandait mon avis sur tous les aspects de l’encadrement technique. J’étais ses yeux et ses oreilles auprès des joueurs. Il arrivait que Philippe TROUSSIER heurte les joueurs avec ses méthodes. Après, il m’envoyait arranger cela avec ces derniers pour les impliquer de nouveau. Notre collaboration a été sincère et étroite, même si parfois, on s’engueulait quand il le fallait et après tout rentrait dans l’ordre.

– La Saison 1989-90, durant laquelle tout a commencé, a marqué le renouveau du club. Cette année-là, le club a remporté son 8e titre de champion de Côte d’Ivoire, neuf ans après le 7e obtenu en 1980. Comment avez-vous construit ce sacre national qui était tant attendu par les Actionnaires ?

– Ce fut une saison merveilleuse et inoubliable. Avant l’arrivée de TROUSSIER, je me suis occupé de la préparation de l’équipe durant l’intersaison. Je devais quitter l’encadrement technique dès l’arrivée du nouvel entraîneur. Lorsque Philippe TROUSSIER est arrivé, j’ai rendu ma démission, mais le Président Roger OUEGNIN a décidé de me conserver dans le staff technique. Tout le monde (dirigeants, joueurs, encadreurs techniques et supporters) était mobilisé pour reconquérir le titre de champion de Côte d’Ivoire qui nous fuyait depuis 9 saisons. Nous avons travaillé en harmonie. Finalement, à quelques journées de la fin du championnat nous avions le titre en poche sans avoir subi de défaite. Lors de la dernière journée contre l’AS Oumé, au Stade FHB, c’était l’apothéose. Il y a eu la fête dans les quartiers où les Actionnaires ont paradé dans la matinée avant de se rendre au Stade FHB où la fête a continué jusqu’à la fin de la rencontre. Nous avons gagné 5-2. Il y a eu des buts et du spectacle. Les Actionnaires étaient heureux. Tout le monde était heureux. Nous avions relevé le défi de détrôner l’Africa Sports qui régnait sans partage sur le football ivoirien à l’époque.

– Quels souvenir gardez-vous de cette dernière journée conte l’AS Oumé ?

– Je garde de beaux souvenirs de ce match contre l’AS Oumé, de l’ambiance qui l’a entouré. Nous avons fait notre mise au vert au Golf Hôtel. En nous rendant au Stade FHB, au niveau de la PISAM, nous avons vu un monde impressionnant dans les tribunes et autour du stade. Une fois dans l’enceinte du stade, l’ambiance était carnavalesque. C’était beau et émouvant. On ne peut pas oublier un événement de ce genre. Je suis très heureux de l’avoir vécu.

Interview réalisée par

K.I.

 

AMANI Yao César-Lambert (Milieu offensif de l’ASEC Mimosas de 1988 à 1993)

« C’est le titre qui m’a le plus marqué »

– Vous avez vécu la fête du 8e titre de champion de Côte d’Ivoire de l’ASEC Mimosas, à la dernière journée, contre l’AS Oumé en 1990. Ce titre fut le premier de l’ère Roger OUEGNIN, mais aussi votre premier titre en championnat sous les couleurs de l’ASEC Mimosas. Quel souvenir en avez-vous gardé ?

– Je me rappelle encore de ce sacre comme si c’était hier. Cette année-là, nous avions remporté le titre à Odienné, quelques 3 journées avant le terme du championnat national. Ce qui était particulièrement remarquable, c’est que nous avons conservé la première place du championnat de la première journée à la dernière. C’est une conjonction d’événements heureux qui nous avait conduits à ce sacre. Nous avions un entraîneur jeune, fougueux, mais très compétent, qui était à sa première expérience en Afrique et qui avait su canaliser l’ego des uns et des autres. Nous avions aussi un jeune Président du Conseil d’Administration, qui venait d’arriver et qui avait tout à prouver. Nous avions enfin un effectif riche en qualité et en quantité, composé quasi exclusivement d’internationaux. La fête a été énorme parce que neuf saisons durant l’ASEC Mimosas n’avait pas été champion de Côte d’Ivoire. L’Africa Sports régnait en maître sur les compétitions nationales. Il y a eu un engouement populaire extraordinaire parce que les résultats suivaient et parce que le Président Roger OUEGNIN avait mis en place une bonne politique sportive.

– Quel était l’état d’esprit de l’équipe et qu’est-ce qui vous avait permis de faire la différence sur le terrain ?

– L’effectif de la saison 1989-90 reste pour moi la meilleure cuvée de l’ASEC Mimosas. Je suis arrivé au club à la fin de la saison 1987-1988. J’ai trouvé en place des très bons joueurs comme KASSY Kouadio Lucien, ZARE Mamadou, AKA Kouamé, SAKANOKO Amadou, BASSOLE Michel, Dan Forster KODJO et N’DIAYE Aboubacar. Il faut dire que l’arrivée de Me Roger OUEGNIN a été pour beaucoup dans cette reconquête du titre national qui a sonné le renouveau de l’ASEC Mimosas. C’est lui qui avait fait venir les GADJI Céli, TRAORE Abdoulaye dit Ben BadiKONATE Losséni, TALLE Ibrahim, OBOU Arsène et SOGBIE Jonathan. C’est lui aussi qui avait fait venir Philippe TROUSSIER qui a apporté le professionnalisme à l’ASEC Mimosas. Nous nous entraînions sur le terrain de l’école de la gendarmerie. La pelouse n’était pas bonne.

Philippe TROUSSIER a exigé que les dirigeants trouvent une bonne pelouse et il a menacé de démissionner pour rentrer en France. C’est comme ça que Me Roger OUEGNIN a trouvé le site de Sol Béni. Si mes souvenirs sont bons, nous nous sommes entraînés ici pour la première fois le 3 décembre 1989 et trois jours après, nous jouions notre premier match de la saison. Quand nous sommes entrés ici, le Président a dit que l’ASEC Mimosas n’allait plus quitter ce site. L’équipe a été encadrée de manière professionnelle. TROUSSIER a exigé que tous les joueurs portent les mêmes tenues. Les entraînements étaient dirigés de manière professionnelle. TROUSSIER a su s’imposer au groupe qui comptait de fortes têtes. Nous nous sommes dit aussi qu’il fallait mettre fin au règne de l’Africa Sports. Cette pensée a animé tout le groupe. Titulaire ou remplaçant, tout le monde était heureux de jouer à l’ASEC Mimosas. C’est cet état d’esprit qui nous avait permis de reconquérir le titre de champion de Côte d’Ivoire cette année-là.

– Il y a eu l’apothéose à la dernière journée contre l’AS Oumé, le dimanche 26 août 1990. Vous étiez blessé, mais vous étiez sur le banc. Comment y avez-vous été admis et qu’avez-vous ressenti cet après-midi-là ?

– J’avais contracté une blessure aux ligaments croisés, en équipe nationale, le 16 août 1990, contre la Mauritanie. J’étais indisponible pour les derniers matches de la saison et surtout lors de l’ultime contre l’AS Oumé. Philippe TROUSSIER avait demandé que le Président Roger OUEGNIN et tous les joueurs non sélectionnés contre Oumé soient sur le banc. J’avais des regrets parce que j’avais disputé 28 matches du championnat sur 30. J’avais été l’un des joueurs les plus réguliers de l’équipe. Ne pas avoir pris part au match de la fête du sacre m’avait fait de la peine. J’ai même coulé des larmes en voyant les 40 000 Actionnaires debout, tenant des bougies allumées, chantant et dansant dans les tribunes. C’était très émouvant et très beau à vivre. Ce jour-là, nous savions que nous allions gagner le match, mais nous ne savions pas par quel score. Nous dégagions une telle force que nous n’avions peur de rien. TROUSSIER avait réussi à donner un mental de gagneur à l’équipe. Le Président Roger OUEGNIN nous motivait énormément aussi. Pour lui, c’était la gagne, la gagne, la gagne. GADJI Céli mettait beaucoup d’ambiance dans le car, mais nous savions rester très concentrés sur nos matches parce que nous étions l’équipe à battre. Nos matches étaient de plus en plus difficiles. Tous les adversaires étaient motivés contre nous, mais ils avaient peur de nous. Nous arrivions à les battre parce que quels que soient les joueurs qui étaient alignés, notre rendement était toujours un cran au-dessus. C’est cette constance dans les efforts qui nous a conduits à ce résultat.

– Avec le recul, que retenez-vous de ce sacre ?

– Je garde beaucoup de bons souvenirs de ce titre et surtout de la fête du 26 août 1990.  Pour moi, ce fut le plus beau titre que j’ai remporté à l’ASEC Mimosas. Pendant neuf ans, le club a beaucoup souffert et n’attendait que cela. A un moment donné, tout le monde pensait que l’Africa Sports était intouchable. Et en 1990, la donne a changé. Ce titre était arrivé comme un soulagement, une libération pour les dirigeants, pour les joueurs et pour les supporters. Nous nous sommes tous dit « Ouf ! Nous y sommes arrivés ». Le plus important, c’est que ce titre laissait présager un avenir meilleur parce que l’équipe était très forte et elle se bonifiait de match en match. Cela s’est vérifié après d’année en année. C’est le titre qui m’a le plus marqué. Nous étions allés le chercher en restant premiers de la première à la dernière journée. Ce n’est pas donné à toutes les équipes.

– Que pouvez-vous dire pour clore cet entretien ?

– 1990 fut une très belle année qui a marqué le renouveau de l’ASEC Mimosas. Chaque fois que je reviens à Sol Béni, c’est avec beaucoup d’émotion, un bonheur renouvelé et de bons souvenirs. Philippe TROUSSIER m’a beaucoup marqué. Il s’est montré un entraîneur exigeant. Il a beaucoup contribué au renouveau du club. Il avait un caractère difficile, mais les résultats plaident pour lui. Il est l’un des meilleurs entraîneurs que l’ASEC Mimosas a connus. Je suis très heureux d’avoir fait partie de cette aventure. Il y a aussi un homme qui nous communiquait sa foi. Il nous disait qu’il fallait qu’il transforme l’ASEC Mimosas pour en faire un vrai club professionnel, ajoutant que cela ne pouvait passer que par notre travail et par nos bons résultats sportifs afin que les supporters adhèrent à son projet. Cet homme-là, c’est Me Roger OUEGNIN. Il faut le lui reconnaître, ainsi qu’à ses compagnons même si beaucoup d’entre eux ne sont plus de ce monde. Paix à leur âme. L’ASEC Mimosas n’est plus un simple club. C’est aujourd’hui une grande institution. Il faut se rappeler qu’au départ de cette institution, il y a eu des hommes pour concevoir et porter ce projet.

Interview réalisée par

KONE I.

Extrait du N°1298 du Mimosas Magazine paru le jeudi 3 novembre 2016

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Quarts de finale retour de la Coupe d’Afrique des clubs champions Asante Kotoko – ASEC Mimosas : 2 – 3

Chaque lundi, ASEC.CI vous fait revivre  une date mémorable de l’histoire de l’ASEC Mimosas. Cette semaine, notre rubrique retro  nous replonge dans les quarts de finale retour de la Coupe d’Afrique des clubs champions Asante Kotoko-ASEC Mimosas: 2-3.

Défaite surprenante à Abidjan, puis qualification historique à Kumasi, le dimanche 20 septembre 1992

L’élimination, au Stade FHB, l’année précédente, en 1991, à l’issue de la séance des tirs au but (5-6), après un match héroïque (3-0), face à la redoutable équipe nigériane d’Iwuanyanwu National de Owerri, en quarts de finale retour de la Coupe d’ Afrique des clubs champions, avait été durement ressentie au sein du club jaune et noir. En 1992, avec une bonne équipe et un peu plus d’expérience, l’ASEC Mimosas repart à la conquête de l’Afrique. L’équipe jaune et noir élimine tour à tour l’EFO de Ouagadougou, en 16es de finale, le Horoya AC, en 8es, puis retrouve en ¼ de finale la formation ghanéenne de l’Asante Kotoko de Kumasi qu’elle avait éliminée 16 ans plus tôt, en 1976, dans la même compétition et au même stade. En 1976, les Ghanéens l’avaient d’abord emporté (2-1) au Stadium de Kumasi avant de s’incliner (1-0), au match retour, au Stade municipal de Bouaké. Pour leurs retrouvailles, en 1992, à l’aller, à la stupéfaction générale des Actionnaires et à la grande surprise des observateurs, l’Asante Kotoko s’impose (2-1) au Stade FHB.

Mais animés d’un optimisme extraordinaire, les Actionnaires se convainquent de la qualification de leur équipe pour les demi-finales et la suivent par dizaines de milliers à Kumasi, à l’occasion de la manche retour. Alors que l’Asante Kotoko croyait la qualification acquise pour elle, elle se fait surprendre par une formation extraordinaire de l’ASEC Mimosas, complètement survoltée, qui renverse totalement la situation, l’emporte (2-3) et se qualifie pour les demi-finales. Dès la 40e seconde, l’attaquant nigérian Ishaya JATAU ouvrait la marque pour l’ASEC Mimosas et en seconde période, quelques minutes après son entrée en jeu, TRAORE Abdoulaye dit Ben Badi, le redoutable buteur mimosas, marquait coup sur coup  (46e et 63e minutes) deux buts d’anthologie. Kotoko parvenait à réduire la marque grâce à deux réalisations de son attaquant Maxwell KONADU.

L’entraîneur Mimosas, Philippe Bernard TROUSSIER, surnommé « Le Sorcier blanc », et ses joueurs réussissent ainsi l’exploit d’arracher une qualification historique à Kotoko, éliminant pour la deuxième fois, en Coupe d’Afrique des clubs champions, les porcs-épics ghanéens. Les Actionnaires qui ont fait très nombreux le déplacement à Kumasi et des millions de supporters du club, restés au pays, célèbrent avec faste ce succès retentissant.

Ce dimanche 20 septembre 1992 restera à jamais gravé dans la mémoire collective des Actionnaires qui ont suivi cette opposition, 8 mois après le premier sacre des Eléphants à la CAN 1992, à Dakar, au Sénégal, avec quasiment la majorité des joueurs ivoiriens de l’ASEC Mimosas.

Philippe TROUSSIER (Entraîneur de l’ASEC Mimosas de 1989 à 1992)

 

« Contre Kotoko, à Kumasi, en 1992, nous étions dans notre match comme des soldats prêts à aller au combat »

Philippe TROUSSIER, quels souvenirs gardez-vous de votre passage à l’ASEC Mimosas, au début des années 1990 ?

C’était ma première expérience à l’étranger. Je n’aurais jamais imaginé que SOL BÉNI allait me donner des ailes pour devenir un entraîneur reconnu mondialement. Je dois tout à la Côte d’Ivoire. Je dois tout à Maître Roger OUEGNIN. Je dois tout aux joueurs qui ont su traduire sur le terrain la philosophie du système à trois défenseurs. Je remercie les Actionnaires qui m’ont soutenu tout au long de mon aventure ivoirienne. Le « Sorcier Blanc » est né en Côte d’Ivoire.

L’un de vos plus hauts faits d’armes avec l’ASEC Mimosas fut le match retour des ¼ de finale en Coupe d’Afrique des clubs champions, Asante Kotoko-ASEC Mimosas, en 1992. Que vous dîtes-vous en repensant à ce match ?

Repenser à ce match me rend définitivement philosophe. Je me dis qu’impossible n’est pas ASEC, que l’important était d’avoir tiré les enseignements de la défaite du match aller, que l’échec est une opportunité de démarrer à nouveau de façon plus intelligente, et qu’il ne faut jamais s’arrêter devant l’obstacle. C’est justement parce que c’est difficile que c’est merveilleux. Je garde aujourd’hui la même démarche philosophique avec, en plus, de l’expérience.

Comment expliquez-vous, aujourd’hui, la défaite (1-2) du match aller à Abidjan ?

Jouer le Kotoko, en 1992, n’était pas une mince affaire compte tenu de la réputation et de l’expérience de cette équipe ghanéenne. C’était une grosse affiche proposée à la jeune et inexpérimentée équipe de l’ASEC Mimosas, qui était en train de se reconstruire sur la scène internationale. Notre échec au match aller était lié à notre inexpérience, à la pression qui entourait ce match, aux attentes de tout un peuple, mais aussi à la qualité de cette équipe du kotoko. Sans démériter, nous avions raté notre match aller. Nous en étions conscients, c’était déjà une façon d’être dans le match retour.

Etiez-vous convaincu de pouvoir renverser la situation, deux semaines plus tard, chez l’adversaire, à Kumasi, au Ghana ?

Ce serait trop présomptueux d’avouer que nous étions convaincus, à cette époque, que nous pourrions gagner à Kumasi. Nous étions conscients de l’importance de l’obstacle, mais nous étions convaincus que si nous jouions sur nos valeurs, nous serions capables de renverser la situation et de nous qualifier. Nous avions des certitudes dans notre jeu, nous avions un groupe de joueurs qui me permettait d’envisager différents scénarios et différents plans de jeu. Enfin, nous étions animés par la rage de réparer notre prestation ratée du match aller. Notre confiance venait du fait que, comme à l’habitude, nous avions préparé toutes les solutions pour résoudre les contraintes que pouvait nous imposer notre adversaire, mais également ce que nous pouvions subir dans cet environnement étranger (terrain, supporters ghanéens hostiles, arbitrage, etc.). Nous étions prêts !

Quels étaient vos plans pour réaliser cet exploit ?

La composition de l’équipe de départ de l’ASEC Mimosas mentionnait la non-titularisation de Abdoulaye TRAORE dit Ben Badi, c’était déjà, pour l’équipe de Kotoko, un gros point d’interrogation qui a entraîné, j’en suis convaincu, un petit dérèglement dans leur plan de départ. Ils ont été déstabilisés par la composition de départ. Je dois avouer que, compte tenu du contexte, il  m’a fallu du courage, du cœur et de l’intuition pour prendre cette décision tactique. Ensuite sur le terrain, il fallait jouer notre va-tout en début de match. Avec une grosse pression offensive dans l’utilisation du ballon et une grosse pression athlétique par la titularisation de Jonathan SOGBIE. Ce scénario nous a permis d’ouvrir rapidement le score, remettant ainsi les pendules à l’heure, mais surtout installant le doute dans les rangs ghanéens et par voie de conséquence la confiance dans nos rangs. La cerise sur le gâteau est venue, comme prévu, de l’entrée en jeu, dès le début de la seconde mi-temps, d’Abdoulaye TRAORE. Il a tué le suspense de façon magistrale, comme seul  Ben Badi savait le faire. Ce jour-là, nos initiatives étaient toutes bénies des dieux du football à l’image d’Abdoulaye TRAORE, qui par son talent, nous délivra définitivement en marquant deux buts coup sur coup. Il a bien fallu, évidemment, faire valoir notre force défensive jusqu’à la fin du match qui semblait durer et durer, pour empêcher notre adversaire de revenir dans la course. Nous étions invincibles, ce jour-là. Je n’oublierai jamais ce moment de joie intense dans lequel je suis allé jusqu’à porter en triomphe, et cela malgré son poids (Rires), Abdoulaye TRAORE, notre héros du jour.

Peut-on connaitre le message que vous avez tenu à vos joueurs ?

À ce stade de la préparation du match, le message conventionnel de l’entraîneur n’avait pas sa place. Nous étions dans notre match comme un soldat prêt à aller au combat. Il suffisait de lire dans les yeux de chaque joueur, de chaque encadreur, mais également au regard de l’énorme soutien et de l’amour que nous témoignaient nos Actionnaires, pour comprendre que, ce jour-là,  rien ne pouvait nous arrêter. C’était ça, l’ASEC Mimosas de 1992 (But Ooooohh, but !!!!!)…

 Les Actionnaires étaient convaincus que vous et vos joueurs alliez vous qualifier à Kumasi et ils ont effectué très nombreux le déplacement au Ghana pour aller vous soutenir. Comment jugez-vous, aujourd’hui, leur apport dans cette qualification historique pour la 3e demi-finale du club en Coupe d’Afrique des clubs champions ?

L’ASEC Mimosas est une grande famille qui s’amuse. Nous faisions corps, nous faisions un. Notre force était comparable à une grande vague jaune et noire qui emportait tout sur son passage. Sans le soutien des Mimosas, nous n’aurions jamais réalisé cet exploit à Kumasi.

Que retenez-vous finalement de ce fameux match ?

Ce match marquera de toute façon une étape de la vie sportive du club, puisqu’il lui a permis de gravir les échelons de l’expérience, ensuite de continuer son chemin jusqu’à la consécration suprême de 1998, quand les mimosas ont levé enfin le trophée tant convoité. 1998 marquera également pour moi un moment symbolique, car j’étais à la tête des Bafana-Bafana pour disputer leur première Coupe du monde en France. Moi à la tête d’une équipe africaine pour un mondial en France ? Qui l’eût cru? Je me revois encore à mon arrivée en Côte d’Ivoire, en novembre 1989, à la descente de l’avion UTA, en provenance de Paris, et accueilli par une délégation composée d’Idriss DIALLO, DIENG Ousseynou, Lamine DJIBO, Francis OUEGNIN dit Bernard Tapie et évidemment Maître Roger OUEGNIN, et je mesure le chemin parcouru grâce à l’ASEC Mimosas.

Que direz-vous pour clore cet entretien ?

Évidemment, je remercie sincèrement, du fond du cœur, tous ceux qui m’ont permis de grandir pour devenir un entraîneur reconnu et respecté. Je rends hommage à Maître Roger OUEGNIN pour son œuvre à la tête du club des Actionnaires, fidèle au poste malgré les aléas et les accidents qui ont frappé le peuple ivoirien, toujours vaillant pour défendre le blason et porter haut les couleurs jaune et noire. Je suis fier d’être Ivoirien.

Interview réalisée par KONE Ismaël.

 Extrait du N° 1297 de ASEC Mimosas magazine paru le jeudi 27 octobre 2016.