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Editorial

VIE ET PASSION D’UN ACTIONNAIRE

Lundi dernier, je me suis retrouvé à l’Eglise Saint Pierre de Blockhauss pour une veillée funèbre. À mon arrivée dans cette belle enceinte religieuse, j’ai été frappé par la couleur jaune portée par les membres de la famille du défunt. Je me suis alors souvenu que celui-ci se faisait appeler Actionnaire.

 

DIAGOU Yapouadou Christophe dit Actionnaire – c’est de lui qu’il s’agit – était connu et reconnu de tous à Blockhauss pour son appartenance à la famille de l’ASEC Mimosas. Le curé de la paroisse Saint Pierre, parlant de lui, a rappelé qu’il avait l’habitude de faire la quête dans l’église, un sifflet à la bouche, habillé aux couleurs de son Club, ce qui ne manquait pas de faire rire les fidèles et de détendre l’atmosphère. Son Éminence Jean-Pierre Cardinal KUTWA, proche du défunt, a confié qu’en 1995, après la finale perdue face à Orlando Pirates, « Actionnaire » avait oublié sa voiture au stade. Il était rentré chez lui à pied et s’était enfermé dans sa chambre durant trois jours pour faire le deuil de son équipe défaite…

 

En écoutant ces témoignages la veille de la rencontre devant nous opposer à l’Africa Sports d’Abidjan, notre cher rival, je me suis interrogé sur le lien particulier qui peut naître et exister tout au long d’une vie entre un supporteur et son Club. Je vous livre ici quelques-unes de mes réflexions sur la place et l’apport du Supporteur.

 

Le Supporteur est le détenteur de l’âme du Club. Il vit, écrit et raconte l’histoire du Club. C’est aussi un ambassadeur du Club, chargé bénévolement d’assurer la promotion de ses valeurs et de défendre son image. Enfin, c’est un agent de transmission de la passion suscitée par le Club, ce qui fait de lui un recruteur d’un genre particulier puisqu’il ne s’occupe pas de dénicher des talents mais permet, par son enthousiasme communicatif, d’attirer de nouveaux supporteurs. Toutes ces fonctions confèrent au Supporteur le statut d’un véritable garant de la pérennité du Club. Il joue parfaitement son rôle en donnant de son temps, de son énergie et parfois de son argent pour la vie et les activités de son Club. Ce sont toutes ces facettes qui ont été réunies dans l’appellation Actionnaire. Elle traduit parfaitement l’idée selon laquelle le Supporteur est la première richesse du Club jaune et noir.

 

En Côte d’Ivoire, l’ASEC Mimosas a su établir des liens particulièrement forts avec ses supporteurs. Ceux-ci ont été de tous les combats du Club, ne l’abandonnant jamais malgré les vicissitudes de la vie politique et économique de notre pays. Par leur présence et leur attachement, les supporteurs ont permis à l’ASEC Mimosas d’acquérir une popularité inégalée en Afrique de l’Ouest. C’est cette popularité qui attire les sponsors et donne à notre Club une place à part dans le paysage sportif et social ivoirien. Elle est le moyen par lequel les supporteurs apportent un soutien humain, transformé ensuite par les dirigeants en soutien économique.

 

Il apparaît ainsi indéniable que les supporteurs jouent un rôle de premier plan dans le développement d’un Club. L’ASEC Mimosas en est la preuve. Quand le président Roger OUÉGNIN délaisse la tribune présidentielle pour s’installer auprès des supporteurs, comme il l’a fait lors du match face à l’AFRICA Sports d’Abidjan, il pose un acte plein de messages. Je lis dans son geste un témoignage de reconnaissance envers ses supporteurs et une déclaration de confiance par lesquels il leur rappelle qu’il est l’un des leurs et qu’il ne peut rien sans eux. J’y vois une leçon d’humilité pour les dirigeants que nous sommes, et aussi le retour au plaisir simple de se retrouver au milieu de visages amis, attachés à la même institution, l’ASEC Mimosas, pour partager la joie de remporter le derby d’Abidjan. Un grand dirigeant doit aussi être un grand supporteur…

 

« Actionnaire » a été enterré hier mercredi à Blockhauss, après une victoire de l’ASEC Mimosas, son Club qu’il a aimé avec passion durant toute sa vie. Nous pouvons lui dire au revoir en affirmant que son Club lui survivra. Parce que, comme Pierre l’a été pour l’Église, les Actionnaires sont la pierre sur laquelle est édifiée l’ASEC Mimosas.

 

 

Par Léonce YACE , Président-Délégué de l’ASEC Mimosas

 

Extrait du Mimosas Magazine N°1308 du 12 janvier 2017

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Actu Editorial

UN ACCIDENT DE PARCOURS SALUTAIRE

L’ASEC Mimosas a commencé 2017 d’une façon plutôt inattendue. Ce qui était redouté depuis le début du championnat de Ligue 1 a fini par se produire lors du premier match de la nouvelle année. Les Mimos ont trébuché face aux joueurs de l’AFAD. Cet accroc survient après une série de sept matchs sans défaite. Il peut être déploré et regretté. Je pense cependant qu’il ne doit pas tout remettre en cause. J’ai même tendance à croire qu’il s’agit d’un accident de parcours salutaire. C’est ce que je vais tenter d’expliquer ci-après.

L’invincibilité préservée au cours des sept premières journées de Ligue 1 avait installé les Actionnaires dans une douce euphorie. Les scores-fleuves, les buts venus d’ailleurs, les égalisations de dernière minute, les gestes techniques, tout ce récital servi aux amateurs du style Mimosas avait séduit les Actionnaires. Ceux-ci, trop longtemps sevrés des joies procurées par la place de leader du championnat de Ligue 1, ont salué le retour des Enfants qui s’amusent et qui gagnent. Il suffit de consulter les réactions des Actionnaires sur la page Facebook du Club pour mesurer la satisfaction et la confiance qui s’étaient emparées d’eux.

Cette mélodie, douce aux oreilles des Actionnaires, avait pourtant de quoi rendre prudent. Ne portait-elle pas en elle ce travers insidieux qui s’appelle l’excès de confiance ?

 C’est peu dire que l’excès de confiance avait gagné nos joueurs. On ne les a pas reconnus ce mercredi devant l’AFAD. Leur belle entame de match, rapidement confirmée par l’ouverture du score, avait cédé le pas à une prestation de sénateurs, sûrs de leur force et de leur bonne étoile.

C’est très justement que cette attitude inhabituelle des joueurs mimos, proche d’un manque de respect pour l’adversaire, a été sanctionnée par une défaite. Les Mimos, auteurs de plusieurs ratés sur des occasions nettes de but, ont ouvert grand les bras à cette première défaite. À eux maintenant de faire leur examen de conscience avant de repartir au combat dès ce dimanche, contre l’Africa Sports d’Abidjan.

Certains d’entre nous sont évidemment abattus. Ils craignent sans doute de revivre les mécomptes des saisons dernières au cours desquelles l’ASEC Mimosas avait été souvent en tête avant de se faire distancer par ses adversaires dans les derniers moments du championnat. Je peux comprendre ceux qui pensent ainsi, mais je ne partage pas leur avis. Je considère que la défaite de ce mercredi est un mal nécessaire. Un mal parce que nous venons de perdre la place de leader. Nécessaire parce que le revers subi va forcément entraîner une remise en question des joueurs et de tout le staff du côté de Sol Béni. Combien de fois dois-je répéter que le championnat ne se gagnera que match après match ? Dans ces matchs successifs, notre équipe ne peut se permettre de prendre de haut ses adversaires. Le staff technique, investi de la confiance des dirigeants et des Actionnaires, doit faire les bons choix techniques, tactiques et humains, sans hésiter à prendre des risques. C’est son rôle, et personne ne lui en voudra d’essayer de tirer le meilleur du groupe en donnant leur chance à tous les joueurs.

La défaite est salutaire parce qu’elle nous offre un bon moyen de prévention contre l’excès de confiance qui guettait le groupe Jaune et Noir. Le match de dimanche constitue une excellente occasion pour relever la tête. Face au club rival, les joueurs Mimos devront retrouver la cohésion, la présence physique, l’efficacité et la rage de vaincre qui leur ont fait défaut devant l’AFAD. 

Les Actionnaires seront là, nombreux, pour encourager leur équipe et la pousser à la victoire. Mais la victoire ne sera possible que si, au laboratoire de Sol Béni, les ingénieurs du football tirent les leçons de la défaite de mercredi. « La victoire ne viendra jamais à vous, disait Napoléon Bonaparte. C’est à vous d’aller la chercher. » C’est exactement cela, l’impératif que nous devons mettre en œuvre dès dimanche.

Bon match !

Par Léonce YACE , Président-Délégué de l’ASEC Mimosas

Extrait du Mimosas Magazine N°1307 du 07 janvier 2017

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Actu Editorial

IMPOSSIBLE N’EST PAS ASEC !

« Impossible n’est pas ASEC » : il pourrait s’agir du slogan d’une campagne de mobilisation du CNACO ou encore du titre d’une nouvelle chanson de Gadji Celi pour le club dont il a été le capitaine pendant quatre années, mais il n’en est rien. Il s’agit plutôt de l’un des enseignements, tirés par Philippe TROUSSIER, de l’exploit historique réalisé par son équipe victorieuse de l’ASANTE KOTOKO de Kumasi, le dimanche 20 septembre 1992. Il l’a rappelé dans une interview pleine d’émotion, parue dans le magazine Mimosas de la semaine dernière.

Impossible n’est pas ASEC. À la lecture de cette affirmation du «sorcier blanc», je me suis interrogé sur son fondement et sa pertinence, et ce sont les résultats de ce questionnement que je souhaite partager avec vous ici.

Pour commencer, il faut se souvenir qu’à l’arrivée de Philippe TROUSSIER en 1989, l’ASEC était habitué aux lots de consolation dans les compétitions nationales et ne brillait pas davantage dans les compétitions africaines. Battre le grand rival, l’AFRICA SPORTS d’Abidjan, et être champion de Côte d’Ivoire relevaient alors d’une mission impossible. L’équipe de Philippe TROUSSIER a remis l’ASEC MIMOSAS à la première place du championnat national, avec en sus un record d’invincibilité et de belles victoires dans les derbys de Côte d’Ivoire. Ce nouvel élan s’est étendu à la coupe d’Afrique des Clubs Champions, compétition dans laquelle l’équipe de TROUSSIER a remporté des victoires marquantes, dont la plus mémorable reste la qualification contre l’ASANTE KOTOKO de Kumasi. Le même élan s’est poursuivi après le départ de TROUSSIER et a permis à l’ASEC de collectionner les titres de champion de Côte d’Ivoire, avant de gagner la Ligue des Champions de la CAF en 1998. En se basant sur ces données sportives, il n’est pas faux d’affirmer qu’impossible n’est pas ASEC.

Cette affirmation se vérifie également au plan de la gouvernance. En effet, autrefois habitué aux changements fréquents d’équipes dirigeantes et aux putschs de toutes sortes, l’ASEC est aujourd’hui un club à la stabilité remarquable, reconnue de tous. Alors qu’il lui était impossible de travailler sur le long terme, l’ASEC est aujourd’hui doté de règles de gouvernance et d’organes de décision et de direction, qui lui garantissent la stabilité propice à la conduite de ses grands projets. Il suffit d’observer les crises qui minent certains acteurs du football ivoirien pour réaliser que, dans ce domaine aussi, l’ASEC a fait la preuve qu’impossible n’est pas ASEC.

Un dernier point a fini de me convaincre de la justesse de l’affirmation de Philippe TROUSSIER. Il concerne l’Académie MimoSifcom. Quand le PCA, Me Roger OUEGNIN, a exposé ce projet en 1994, bien des observateurs l’ont pris pour un vendeur d’illusions. La victoire de l’ASEC en super coupe d’Afrique en 1999, avec une équipe exclusivement composée des jeunes de la première promotion de l’Académie, lui a donné raison. Quand des difficultés relationnelles ont ébranlé l’édifice de l’Académie, certains ont pensé que les illusions rattrapaient celui qui les avait vendues. Avec patience et doigté, Me OUEGNIN a remis l’Académie dans le bon chemin. Pour s’en rendre compte, il faut s’intéresser à la composition de la dernière sélection cadette ivoirienne qui comprenait sept joueurs titulaires issus de l’Académie MimoSifcom. Après 22 ans, l’Académie demeure un centre de formation au savoir-faire intact. Ce qui était un doux rêve en 1994, une entreprise impossible à réussir, est devenu une réalité à Sol Béni, sous la conduite de Me OUEGNIN. Je ne saurais passer sous silence le fait que le club nomade, sans domicile fixe, qu’était l’ASEC est devenu le seul club ivoirien disposant d’un centre d’entraînement moderne et qui s’apprête à se doter d’un deuxième complexe sportif baptisé GBORO GBATA. Là aussi, la preuve est faite qu’impossible n’est pas ASEC.

À l’aube de la saison 2016-2017, et alors que le titre de champion de Côte d’Ivoire fuit l’ASEC MIMOSAS depuis six ans, les actionnaires s’interrogent et se demandent comment l’ASEC compte s’y prendre pour retrouver sa place de leader incontesté. Je veux les inviter à méditer l’affirmation de TROUSSIER et à se souvenir qu’impossible n’est pas ASEC. Et puisqu’ils se demandent pourquoi ce qui n’a pas marché depuis six ans devrait permettre à l’ASEC de renouer avec le succès cette saison, je suis tenté de leur confier que le secret du succès à venir est la persévérance, cette vertu dont Léon Trotsky disait qu’elle est « ce qui rend l’impossible possible, le possible probable et le probable réalisé ».

Je voudrais terminer en vous confiant ma conviction que la saison 2016-2017 sera celle de la reconquête de tous nos titres. Parce que, justement, impossible n’est pas ASEC.

Par Léonce YACE Président-Délégué de l’ASEC Mimosas

Extrait  du N°1298 du Mimosas Magazine paru le jeudi 3 novembre 2016

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Actu Editorial

Devoir d’exemplarité

La saison 2016/2017 aura un parfum particulier, une senteur différente des précédentes, pour plusieurs raisons, au premier rang desquelles se situe l’exceptionnelle exposition médiatique offerte au championnat national Ligue 1 par le nouveau diffuseur, Canal +.

Cette nouveauté pour le football local suscite de nombreux commentaires dont la tonalité et le contenu varient en fonction de leurs auteurs.

A l’ASEC Mimosas, il nous plaît de penser qu’il s’agit d’une initiative heureuse, qui va dans le bon sens et est de nature à nous aider à sortir de la culture de l’à-peu-près, trop souvent répandue dans nos pays.

Le point sur lequel il nous semble important d’insister, c’est que la diffusion de notre championnat Ligue 1, dans 23 pays, par Canal +, au-delà de l’aubaine qu’elle représente, constitue un défi et une exigence pour tous les acteurs du football ivoirien.

Le défi est d’abord d’ordre organisationnel et il concerne la FIF et les clubs engagés dans ses compétitions. En effet, le spectacle retransmis par Canal + devra respecter certains standards relatifs à la programmation des matchs, aux aires de jeux, aux directeurs du jeu, nos chers arbitres, aux stades retenus ; la liste pourrait être longue. Inutile de rappeler que sur tous ces sujets, l’à-peu-près ne peut plus avoir droit de citer dans notre championnat.

Ce défi n’est pas insurmontable. Il demande à tous les acteurs d’avoir le même souci de l’excellence et de rechercher, dans la concertation permanente, et le respect des règles établies, le meilleur pour notre Football…sans la personnalisation qui nuit à la réflexion.

L’exigence est l’autre facette de cette nouveauté apportée par Canal +. Les clubs, les dirigeants, les encadreurs et enfin les joueurs, vont devoir être exigeants, d’abord envers eux-mêmes, pour être à la hauteur de la formidable visibilité que Canal+ vient de leur offrir. Il s’agira de donner, en toutes circonstances, la meilleure image de la Côte d’Ivoire sportive.

A l’ASEC Mimosas, cette exigence prend la forme d’un devoir d’exemplarité. Nous nous devons d’être à la hauteur de la réputation de sérieux et d’excellence qui accompagne notre légende. Nous nous plaisons à rappeler à nos détracteurs que l’ASEC Mimosas est la locomotive du football ivoirien, sa vitrine la plus belle. Ces affirmations doivent être confirmées devant les caméras de Canal + et sur les écrans des millions de téléspectateurs qui nous regarderont désormais dans 23 pays.

Le devoir d’exemplarité va donc concerner nos dirigeants. Ceux-ci devront confirmer leur savoir-faire, leur sens du management et leur sens des responsabilités, notamment en restant dignes et exemplaires à tout moment. Qu’il me soit permis de rajouter en pensées, en paroles et en actions.

Nos supporters, à la passion reconnue dans le monde entier, devront prouver leur attachement pour leur club et jouer leur rôle de pilier de la maison jaune et noire. Pour la prochaine saison, ils se doivent d’être un vrai 12ème homme pour leur équipe en étant nombreux et bruyants dans tous les stades où leur équipe aura à évoluer. Il pèse sur eux aussi un vrai devoir d’exemplarité.

Les encadreurs et les joueurs, qui ont des destins liés, sont également concernés. Ils doivent être performants et veiller à véhiculer une excellente image de l’ASEC Mimosas, sur le terrain et en dehors. Ils le doivent d’abord à eux-mêmes, puis aux supporters qui font beaucoup de sacrifices pour les suivre, et enfin à l’ASEC Mimosas qui les met dans les meilleures conditions de vie et de travail. Etre exemplaires dans la discipline, le travail, la performance individuelle et collective, ce sont là les obligations que Canal + vient rappeler à nos encadreurs et joueurs.

Au terme de cet édito, on peut être tous d’accord sur un point : Canal+ va ouvrir une nouvelle ère qui appellera des comportements nouveaux, avec un incontournable devoir d’exemplarité, pour tous. C’est un chantier passionnant qui s’annonce et pour lequel nous devons tous penser, comme Charles de Gaulle, grand parmi les grands hommes, qu’« on ne fait rien d’extraordinaire sans hommes extraordinaires et les hommes ne sont extraordinaires que s’ils sont déterminés à l’être ».

 

Par Léonce YACE Président-Délégué de l’ASEC Mimosas

Extrait du N° 1297 de ASEC Mimosas magazine du jeudi 27 octobre 2016