ÉDITORIAL :

Souvent oubliés ou brulés, mais … indispensables !

ETO’O, Didier DROGBA, Emmanuel ADEBAYOR, Frédéric KANOUTÉ, El Hadji DIOUF, Patrick M’BOMA, Nwankwo KANU, Mustapha HADJI, Victor IKPEBA, George WEAH, Abedi Pelé, Roger MILLA… Parmi ces joueurs nommés meilleurs joueurs africains des 30 dernières années, cherchez l’intrus ! Il n’y en a pas !

 

Lionel MESSI, Cristiano RONALDO, Luka MODRIC, Kaka, Fabio CANNAVARO, Ronaldinho, Andriy CHEVTCHENKO, Pavel NEDVED, Ronaldo, Michael OWEN, Luis FIGO, Rivaldo, Zinedine ZIDANE, Mathias SAMMER, George WEAH (encore), Hristo STOICHKOV, Roberto BAGGIO, Marco VAN BASTEN, Jean-Pierre PAPIN, Lothar MATTHÄUS… Parmi ces ballons d’Or des 30 dernières années, cherchez l’intrus ! Toujours aucun !

 

Serey DIÉ, Éric BAILLY, Wilfried KANON, Kolo TOURÉ, Salomon KALOU, Yaya TOURÉ, DOUMBIA Seydou, Serge AURIER, Junior TALLO, Wilfried BONY. Un joueur manque à cette liste des joueurs ayant débuté la Finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2015 victorieuse pour la Côte d’Ivoire, sans lequel les Éléphants n’auraient jamais soulevé un deuxième trophée continental. Lequel ?

 

Les plus fins observateurs auront remarqué que les trois lignes sont représentées parmi les lauréats des différentes distinctions de meilleur joueur (défenseurs, milieux de terrain et surtout attaquants). Par contre, ils auront également souligné qu’aucun portier n’y figure, sauf à remonter à l’exception très lointaine du grand gardien camerounais Thomas N’KONO distingué du trophée du meilleur joueur africain… en 1979 et en 1982.

 

En ce qui concerne l’équipe des Éléphants vainqueurs du Ghana, le 8 février 2015, il manque bien évidemment notre sauveur, Coppa BARRY, qui, en plus d’avoir été héroïque dans ses perches, aura également marqué le tir au but de la victoire.

 

Alors que la Coupe d’Afrique bat son plein, les goals ne sont pas tous à la fête. Profitons-en pour leur rendre un hommage mérité, car sans eux, pas de victoire ni de titre possible !

 

 

 

 

«Le goal»

 

«On l’appelle aussi gardien de but, et même, en Amérique latine, portier, Cerbère ou garde-barrière, mais on pourrait bien l’appeler martyr, payeur de pots cassés, pénitent ou gugusse. On dit que là où il met les pieds, l’herbe ne repousse pas.

 

C’est un solitaire. Il est condamné à regarder la partie de loin. Sans bouger de sa cage, il attend dans la solitude, entre ses poteaux, son exécution. Jadis, il était en noir, comme l’arbitre. Maintenant, l’arbitre ne se déguise plus en corbeau et le goal charme sa solitude avec une fantaisie de couleurs.

 

Lui, il ne marque pas de buts. Il est là pour empêcher qu’on en marque. Le but, fête du football : le buteur fait exploser la joie, le gardien, ce trouble-fête, l’étouffe.

 

Il porte dans le dos le numéro un. Le premier à toucher son salaire? Le premier à payer. Tout est toujours la faute du gardien. Et si ce n’est pas sa faute, il paye quand même. Quand un joueur quelconque fait une faute, c’est toujours lui qui est puni : on le laisse là, tout seul face à son bourreau, dans l’immensité de la cage vide. Et quand son équipe passe un mauvais après-midi, c’est lui qui est le dindon de la farce, sous une pluie de tirs au but, et qui expie les péchés d’autrui.

 

Les autres joueurs peuvent se tromper lourdement une fois ou même plusieurs, mais ils se rachètent par une feinte spectaculaire, une passe magistrale, un tir réussi : lui non. La foule ne pardonne rien au goal. A-t-il fait une mauvaise sortie? Plongé à côté? A-t-il laissé échapper le ballon? Ses doigts d’acier sont-ils soudain de soie? Par une seule bévue, le gardien de but fiche en l’air une partie ou perd le championnat, et alors le public oublie subitement tous ses exploits et le condamne à la disgrâce éternelle. Cette malédiction le poursuivra jusqu’à la fin de ses jours»*.

 

*Extrait de «Le football, ombre et lumière», Eduardo Galeano, 1995.