Éditorial :

C’est officiel !

C’est officiel ! Malgré tous nos efforts, l’ASEC Mimosas ne sera pas le prochain club de Lionel MESSI qui a décidé de s’engager avec le Paris-Saint-Germain. Lancé avec humour le 1er juillet dernier par notre Community Manager Ali DAO, cette plaisanterie a connu un certain succès sur les réseaux sociaux et a été reprise par de nombreux clubs dans le Monde.

 

Pour conclure notre série de textes sur le football, nous vous proposons celui-ci intitulé « Lionel et Diego » de l’auteur français Olivier GUEZ, publié dans le journal quotidien français « Le Monde », le 27 juin 2018, pendant la Coupe du Monde 2018 quelques jours avant le ¼ de finale France-Argentine. Nous l’avons trouvé intéressant, car il met en parallèle l’histoire sous le maillot argentin de deux des plus grands génies de l’histoire du football qui ont été dans l’actualité cette année, pour des raisons diverses. Excellente lecture à vous.

 

« Sous le maillot de l’Argentine, Messi n’a jamais réussi à se libérer. Depuis 13 ans, il joue à l’ombre du génie de Villa Fiorito, le bidonville de Buenos Aires où Maradona a grandi, sans eau courante ni électricité. Au Mexique en 1986, il a remporté la Coupe du monde à lui tout seul. Au terme d’un invraisemblable slalom, Maradona a marqué le but du siècle contre l’Angleterre, l’ennemi héréditaire, qui venait d’humilier l’Argentine dans la guerre des Malouines. Quelques minutes plus tôt, il avait mystifié le monde entier en inscrivant un but de la main.

 

En Italie, quatre ans plus tard, il délivra la passe décisive qui permit à Caniggia, la flèche blonde, d’éliminer le grand rival brésilien. Qui doute de soi doit visionner l’entrée sur la pelouse de Maradona, à Naples, en demi-finale contre l’Italie. Maradona, œil noir et torse bombé, orgueil et panache, rage de vaincre et fourberie : jamais aucun joueur n’a porté si haut les couleurs albiceleste sur un terrain de football. L’Argentine est un pays de chimères, mais grâce à Maradona, elle a réalisé ses rêves de gloire.

 

À son propos, le Nobel de littérature péruvien Vargas Llosa a écrit : « Admirer un tel champion, c’est admirer la poésie, l’art abstrait, la forme pour la forme, sans aucun contenu rationnel, identifiable. » Si brillant sous les couleurs de Barcelone, il est impossible d’en dire autant de Messi en sélection. En Russie, il participe à son quatrième mondial, mais n’en a marqué aucun de son empreinte – pour l’instant, 2014 devait être sa Coupe du monde. Pourtant, après des débuts flamboyants (quatre buts), Messi s’est éteint progressivement et l’Argentine a échoué en finale contre l’Allemagne puis contre le Chili, en finale de la Copa America, à deux reprises, en 2015 et en 2016. Maradona galvanisait ses coéquipiers, Messi semble parfois les inhiber.

 

Messi est un génie mystérieux. Homme-sandwich amateur de sociétés-écrans et de paradis fiscaux, il est fan de l’acteur Ricardo Darin, de Milanesas (les escalopes de bœuf dont raffolent les Argentins), et de pizzas au fromage qu’il arrose de Sprite après les rencontres. Il n’a jamais rien dit d’intéressant. Maradona, lui, a la langue bien pendue et le sens de la formule. Sa vie est un roman, émaillé de bagarres en discothèques, d’amours tumultueuses, de lignes de cocaïne et de cures de désintox chez Fidel Castro à Cuba. Il s’est marié en la cathédrale de Buenos Aires et fraya avec le clan Giuliano de la Camorra lorsqu’il jouait à Naples. Longtemps, il présenta un pénis en plastique rempli d’urine d’un coéquipier aux contrôles anti-dopage.

 

Maradona sera toujours un pibe, un sale gosse issu des potreros, les quartiers malfamés de Buenos Aires, qui a tracé son chemin grâce à son charme et sa malice. Il est la voix des déshérités d’Argentine comme Eva Peron le fût à la fin des années 1940, un ange friable auquel les Argentins s’identifient. Messi a dû s’exiler en Catalogne à l’âge de 13 ans pour soigner des problèmes de croissance. Il n’a jamais joué dans un club argentin, et ses compatriotes lui reprochent de ne pas s’engager suffisamment en sélection. Taciturne, introverti, il est trop européen à leur goût.

 

Des psychologues ont prétendu que Messi éprouverait de la rancœur à l’encontre de son pays parce qu’il n’a pas su le soigner enfant. Messi s’est fait violence contre le Nigeria. Il lui reste maintenant à tuer le père, le Dieu vivant des Argentins, en guidant son équipe bancale jusqu’à la victoire finale, le 15 juillet à Moscou. Le temps presse, il a 31 ans. Les Français sont prévenus. Il faut se méfier des grands fauves blessés. De l’orgueil des géants. »

 

Depuis la publication de cet article, Maradona est décédé le 25 novembre 2020 et Lionel Messi a remporté la Copa America contre le Brésil, le 11 juillet 2021. De notre côté, si le génie de Rosario ne figurera pas dans notre effectif, soyez rassuré, le recrutement se poursuit pour présenter une équipe compétitive dans toutes les compétitions auxquelles nous participerons.

Par Benoît YOU