Éditorial :

POURQUOI ?

Ce n’est pas que l’actualité soit devenue débordante, mais nous traiterons de deux sujets totalement distincts dans cette rubrique dont l’un desobjectifs premiers est de poser sur la table certains problèmes et d’apporter quelques éléments de réflexion à nos lecteurs.

 

Nous avons titré récemment (n° 1500 du 20 novembre 2020) cette rubrique :

« Jusqu’à quand ? » Nous y sommes toujours et nous pourrions continuer à poser cette question jusqu’à la reprise des compétitions nationales de football. Cette question en entraîne immédiatement une autre : POURQUOI ? La FIFA est montrée du doigt pour avoir suspendu le processus électoral. Mais pourquoi cette suspension entraîne-t-elle la suspension des compétitions ? En quoi ces deux suspensions sont-elles liées dès lors que la fédération ivoirienne de football continue sa mission de gestion, organise les matchs et les compétitions des équipes nationales…

 

N’y a-t-il pas une autre raison expliquant la suspension des compétitions de football en Côte d’Ivoire ? Nous avons notre petite idée sur la question, mais contentons-nous, pour l’instant, de la poser en espérant qu’elle fera naître un débat parmi les acteurs du football et peut-être bouger les lignes qui sont totalement figées actuellement.

 

Allons sur un deuxième terrain pour poursuivre notre éditorial et intéressons-nous aux différentes rubriques sur les anciens joueurs de l’ASEC Mimosas (« parole d’an- ciens », « le salon des Actionnaires » ou « les grandes dates du club ») qui rencontrent un franc-succès dans notre magazine et sur les réseaux sociaux lors de leurs publi- cations. Cela est dû bien évidemment au plaisir de revoir ces anciennes gloires et au fait de se remémorer (ou de découvrir pour les plus jeunes) leurs exploits. Les Actionnaires sont également curieux de savoir ce que sont devenus ceux qui les ont fait rêver maintenant qu’ils ne sont plus sous la lumière des projecteurs, pour la plu- part d’entre eux.

 

Si certains sont restés dans le milieu du football (comme entraîneur, dirigeant, agent de joueur ou encore consultant dans les médias), il est intéressant d’apprendre que d’autres ont coupé les ponts avec ce monde pour plonger dans une nouvelle vie. Et il n’est pas rare d’en retrouver travaillant dans tous les domaines comme le commerce, les assurances ou encore l’immobilier. Il est clair qu’à 33 ans (âge moyen de la fin de la carrière d’un joueur de football professionnel), la vie est encore longue même si ces joueurs restent marqués à jamais par leurs premières années d’adultes.

 

Le récent décès de Diego MARADONA a entraîné la programmation de nombreux documentaires relatant sa vie extraordinaire (dans le sens « qui sort de l’ordinaire »). Son parcours illustre, à l’extrême, la difficulté de ce métier de footballeur profession- nel ainsi que les dangers auxquels les plus fragiles peuvent être confrontés. Être adulé telle une divinité, à peine sorti de l’adolescence, sans filet de protection, telle une proie livrée à des prédateurs, puis se retrouver jeté en pâture tout aussi violemment ne peut laisser indifférent. Sans vouloir le disculper de ses erreurs et même si d’autres y sont arrivés mieux que lui, comment, avec les armes dont il disposait, aurait-il pu résister à la folie qui s’est créée autour de lui ?

 

En tant que club formateur de joueurs de football professionnel, il en va de notre responsabilité de préparer au mieux ces futurs adultes, sur tous les plans, sportif bien évidemment, mais aussi psychologique ou moral. Il s’agit d’une lourde responsabi- lité, car s’ils aspirent tous à devenir les nouveaux Yaya TOURÉ, Didier DROGBA, Lionel MESSI ou Cristiano RONALDO, aucun n’entrevoit les difficultés qu’il faudra affronter. Sous la lumière des projecteurs se cache un monde cruel dans lequel nous ne voulons pas les dissuader d’entrer, mais dans lequel ils ont besoin d’être bien préparés et bien accompagnés. De plus en plus de reportages évoquent la violence de ce monde du sport professionnel pour les jeunes adolescents. Ainsi a-t-on appris récemment le suicide d’un jeune pensionnaire du centre de formation de Manchester City à l’annonce de la non-reconduction de son contrat. À ce sujet, nous vous recom- mandons la lecture d’un article publié par le magazine mensuel français « So Foot »

(https://www.sofoot.com/deprime-a-la-jeunesse-quand-les-recales-des-centres-de-formation-tombent-dans-la-depression-491698.html

) qui explique bien ce phéno- mène et la nécessaire prise en charge psychologique de ces jeunes.

 

Bien qu’ils soient doués pour une activité (sportive, culturelle ou autre), n’oublions jamais qu’il s’agit de jeunes garçons qui ont avant tout besoin d’un équilibre affectif, d’une éducation et de valeurs.

 

Et pour cette raison, c’est un véritable plaisir de lire les rubriques citées plus haut et d’y apprendre qu’après leur carrière, ils sont devenus des hommes responsables et ont su mener une vie équilibrée. Peut-être devrait-il s’agir de notre principal motif de fierté.

 

Benoît YOU