Éditorial :

Une bien triste semaine

Alors que nous pensions que l’année 2020 nous avait apporté tout son lot de surprises et de mauvaises nouvelles, les derniers jours nous ont montré que nous n’en avions pas fini avec cette période malheureuse en nous annonçant successivement le décès de M. Augustin Sidy DIALLO (Paix à son âme), Président de la Fédération Ivoirienne de Football (FIF), la suspension de toutes activités liées au football pour 5 années de M. Ahmad Ahmad, Président de la Confédération Africaine de Football (CAF), puis la disparition de l’un des plus grands joueurs de l’histoire du football, l’Argentin Diego Armando MARADONA (Paix à son âme). Si ces évènements n’ont rien à voir les uns avec les autres, leur proximité dans le temps nous amène à les citer dans le même article.

 

Avant de revenir sur la « Mort de Dieu » (comme le titrait le quotidien français l’Equipe jeudi matin) et pour jeter un regard rapide sur le football national, un étrange mercato se termine aujourd’hui, vendredi 27 novembre 2020. Habituellement, pendant cette période de 12 semaines d’enregistrement des joueurs, le staff technique construit progressivement son effectif, le corrige au fil des matchs amicaux puis, de la compétition qui démarre et le boucle définitivement dans les derniers jours. Cette fois-ci, cette période s’achève sans que notre staff ait pu évaluer le niveau des joueurs, au cours de matchs officiels, certains étant privés de toute compétition depuis 6 mois en raison de la pandémie. Exercice difficile, mais que nous espérons réussir. Ainsi, comme à l’accoutumée, ces derniers jours ont vu notre équipe professionnelle se renforcer de deux joueurs pour compléter un effectif riche et avide de se frotter à ses adversaires sur le terrain. 

 

Le grand écrivain uruguayen Eduardo GALEANO avait écrit de nombreux textes sur le « Pibe de Oro », l’enfant génial de Lanus (Province de Buenos Aires) et nous avons retenu, pour lui rendre hommage, le moins connu de tous, qui relate les premiers exploits de ce joueur exceptionnel alors qu’il n’avait que 12 ans :

 

« But de Maradona »

 

« C’était en 1973. Deux équipes de jeunes des clubs Argentinos Juniors et River Plate étaient aux prises.

 

Le numéro 10 d’Argentinos reçut la balle de son gardien, dribbla l’avant-centre de River et prit sa course. Plusieurs joueurs vinrent à sa rencontre : il en passa un en le lobant, un autre en lui faisant un grand pont, et le troisième d’une talonnade. Puis, sans s’arrêter, il cloua sur place les arrières et le gardien, qui était au sol, et entra en marchant avec le ballon dans le but adverse. Sur le terrain, il y avait six garçons complètement baba et quatre qui ne pouvaient plus fermer la bouche.

 

Cette équipe de gosses, appelée les Gamins, était invaincue depuis cent matchs, et avait attiré l’attention des journalistes. L’un des joueurs, le Poison, qui avait treize ans, déclara :

 

– Nous, on joue pour s’amuser. On ne jouera jamais pour de l’argent. Quand il y a de l’argent, tout le monde se tape dessus pour devenir des stars, et alors tout le monde est jaloux et égoïste.

 

Il parlait en tenant par le cou le joueur le plus aimé de tous qui était aussi le plus gai et le plus petit : Diego Armando Maradona, qui avait douze ans et venait de marquer cet incroyable but.

 

Maradona avait l’habitude de tirer la langue quand il était en pleine course. Tous ses buts, il les avait marqués langue pendante. La nuit, il dormait en serrant un ballon dans ses bras et le jour, il faisait des prodiges avec lui. Il vivait dans une maison pauvre d’un quartier populaire et voulait être technicien dans l’industrie ».*

*« LE FOOTBALL – Ombre et Lumière » de Eduardo GALEANO, 

publié aux éditions LUX.

 

Benoît YOU