Éditorial :

Opposition ou complémentarité ?

Dans un documentaire intitulé « José MOURINHO : les règles de vie d’un coach », produit, réalisé et diffusé récemment par la plateforme NETFLIX, le célèbre entraîneur portugais déclarait : « Un entraîneur n’est pas là pour apprendre aux joueurs à jouer au football, à Cristiano Ronaldo comment tirer un coup-franc, à Ibrahimovic comment faire un contrôle de la poitrine ou à Drogba comment prendre le premier poteau et marquer d’une reprise de la tête. On leur apprend seulement à prendre leur place dans l’équipe que l’on coache. L’entraîneur professionnel n’entraîne pas des joueurs, il entraîne une équipe ».

Cette affirmation n’est en rien révolutionnaire, mais elle est une bonne base de réflexion sur la mission de l’entraîneur professionnel et celles d’autres techniciens du football. Si une équipe est bien évidemment constituée d’individualités, l’entraîneur doit avant tout être focalisé sur le résultat obtenu par l’agrégation de joueurs que constitue une équipe. En d’autres termes, pour reprendre les mots d’un autre technicien célèbre, Arsène WENGER : « dans le football, la mission de l’entraîneur n’est pas d’avoir les onze meilleurs, mais de mettre sur le terrain le meilleur onze ».

Ces déclarations attirent notre attention sur un autre métier du football, apparemment proche de celui d’entraîneur professionnel mais qui, en réalité, s’en éloigne au niveau de l’objectif et du quotidien puisqu’il devra essentiellement porter son attention sur l’individu (le jeune joueur) et non le collectif : le formateur de joueurs dont la mission première sera de « gagner le joueur » plutôt que de « gagner le match ». Ainsi devra-t-il préparer le jeune athlète en développement à devenir un joueur professionnel en lui apprenant à tirer, à contrôler, à faire la bonne passe et de l’amener à développer ses qualités athlétiques, intellectuelles et mentales, à savoir jouer en zone ou encore à persévérer et s’accrocher dans la difficulté. Le métier de footballeur professionnel s’apprend, comme tout autre métier et tout comme s’apprennent les mathématiques, la physique ou l’orthographe à l’école. La profession de formateur de joueur se rapproche ainsi beaucoup de celui de l’enseignant alors que l’on pourrait comparer celui d’entraîneur professionnel à celui de chef d’entreprise (ou de manager) qui recrute et utilise des joueurs (ou des cadres et des ouvriers pour le chef d’entreprise) pour obtenir le meilleur résultat possible.

Deux métiers et deux missions clairement définies sur le papier mais, comme souvent, la réalité est hybride et la frontière entre eux pas si tranchée. On notera tout d’abord qu’il est rare qu’un entraîneur professionnel ne soit jamais passé par la case de la formation de jeunes joueurs. Il s’agit en effet souvent d’une première étape très utile dans la carrière d’un technicien. De plus, l’on observe que les joueurs intègrent les équipes professionnelles de plus en plus jeunes (16 – 17 ans pour les meilleurs) alors qu’ils n’ont pas encore achevé réellement leur formation. Dès lors, l’entraîneur professionnel ayant ces jeunes sous sa coupe, devra poursuivre l’accompagnement du joueur à travers un travail de post-formation visant à finaliser son développement. Enfin, en fonction du niveau de formation des joueurs dans un effectif, il n’est pas rare que l’entraîneur doive, en Côte d’Ivoire notamment, rappeler certains principes de jeu élémentaires à certains joueurs adultes.

Au sein de notre club, nous vivons bien cette réalité avec nos deux pôles sportifs que sont :

– D’un côté, l’Académie MimoSifcom, notre centre de formation dirigé par le formateur et    ancien entraîneur professionnel Pascal THÉAULT, de 2002 à 2008 et de nouveau depuis 2017,

– De l’autre côté, notre équipe professionnelle, entraînée depuis 2019 par Julien CHEVALIER, ancien responsable de notre centre de formation entre 2011 et 2017 puis sélectionneur adjoint de l’équipe nationale du Togo.

Le parcours de chacun de ces deux techniciens montre la porosité entre ces deux professions, bien évidemment complémentaires et il ne fait point de doute que leur passage, à l’un comme à l’autre, dans l’autre secteur leur est très utile au moment d’accomplir la mission qui est la leur aujourd’hui.

 

Benoît YOU