Éditorial :

La santé, l’économie et le sport

Pour l’une des premières fois dans l’histoire du monde moderne, la plupart des États de la planète ont pris des décisions exceptionnelles, sacrifiant leur économie au profit de la santé de leurs citoyens. Si les décisions prises semblent naturelles, elles n’en demeurent pas moins exceptionnelles au regard de leurs conséquences financières et donc sociales à venir. Elles traduisent également une évolution démocratique où les gouvernants sont de plus en plus obligés de prendre en compte les inquiétudes des citoyens. On a d’ailleurs vu au début de la crise certains régimes autoritaires et gouvernements populistes, prêts à sacrifier la santé des plus faibles pour maintenir leurs économies à flot. Face à l’ampleur de la menace sanitaire, ils se sont rapidement ravisés. Fort heureusement !

Avec quelques semaines de recul et avant qu’un bilan définitif ne soit opéré pays par pays, on peut donc saluer la priorité donnée à la santé avant toute autre considération. Une amélioration apparente de la situation sanitaire semble se produire dans certaines régions du monde (Asie, Europe, Afrique) et amène avec elle la question de la reprise d’un cours normal de la vie.

Nouveau dilemme cornélien pour les gouvernants pris entre l’étau de la santé et l’enclume de l’économie.

En Côte d’Ivoire, le gouvernement a, dès le 1er avril 2020, pris la mesure de la situation et a adopté un plan de riposte sanitaire complété par un plan de soutien économique, social et humanitaire évalué à 1 700 Milliards de FCFA.

Ainsi, lors de son allocution du 1er avril 2020, le 1er Ministre ivoirien a indiqué que « de nombreux secteurs clés de notre économie sont touchés, notamment, les exportations en particulier agricoles, les importations, les BTP, le Tourisme, le Commerce, l’Hôtellerie, la Restauration et le Transport ».

Nous espérons que ces plans seront suffisants pour permettre de réduire le choc pour les entreprises et les populations. S’il est logique de citer les secteurs prioritaires et les plus touchés, il est notable de remarquer que, comme souvent, il n’est pas fait mention du secteur du sport (tout comme celui de la culture). Selon les informations reçues à ce jour, les associations sportives n’ont pas été incluses dans le dispositif de soutien mis en place par le gouvernement.

Une situation similaire s’est produite en France où la Ministre des Sports a créé un grand émoi en déclarant, le 23 avril dernier, que « le sport ne sera pas prioritaire dans notre société » comme « il n’est pas prioritaire aujourd’hui au sein des décisions qui sont prises dans le gouvernement ».

Ces propos ne sont pas nouveaux et renvoient à un sentiment bien ancré que le sport est souvent la dernière roue du carrosse. À l’école, il est toujours considéré comme « une matière, mais… », à l’instar des arts plastiques ou de la musique. Pourtant, le sport fait vivre, directement ou indirectement, tout un écosystème, des petites et grandes entreprises, des associations comme la nôtre et des salariés. On ne peut pas envisager la tempête qu’ils affrontent avec désintérêt. Le sport tisse des liens entre nous et contribue à l’éducation bien au-delà du cadre étroit de l’éducation nationale.

Qu’il ne soit pas la priorité en ces temps de pandémie se conçoit aisément. Il n’en est cependant pas moins important que le commerce, le tourisme ou d’autres secteurs à l’arrêt et en angoisse d’avenir. C’est pourquoi, s’il s’agit d’un oubli, serait-il bienvenu que nos structures (sport, culture…) qui contribuent tout autant à l’équilibre de notre société, qui ont une incidence sur la santé et le bien-être des ivoiriens et qui font si souvent la fierté de notre chère patrie, soient réhabilitées et prises en compte au même titre que les PME ou les acteurs du secteur informel. C’est évident, l’après COVID-19 ne saurait être sans LE SPORT, donc sans les entreprises et associations sportives !

Maître Roger OUEGNIN