Éditorial :

Parler ou se taire, si l’on n’a rien à dire ?

La période actuelle est marquée par une immense incertitude quant à l’avenir, qu’il soit proche ou lointain. Que se passera-t-il demain, après-demain, la semaine prochaine ? Quand sortirons-nous de cette situation inédite ? Quand nos enfants pourront-ils retourner à l’école ? Quand pourrons-nous de nouveau nous retrouver entre amis dans un maquis ou un restaurant ? Quand pourrons-nous de nouveau rendre visite à nos parents au village ? Quand pourrons-nous retourner au stade, voir les matchs de l’ASEC Mimosas ? Le monde d’avant cette crise était un monde où nous disposions de réponses à toutes ces questions. Un monde fait de certitudes (vraies ou fausses) dans laquelle la vie était planifiée, organisée entre le travail, la vie de famille et les loisirs.

Donnez-nous des réponses, ordonnent les citoyens, chefs d’entreprises ou parents d’élèves que nous sommes !

Mais qui est en mesure aujourd’hui d’y apporter des réponses immédiates, sans prendre le risque de se tromper et de se le voir reprocher plus tard? Personne ! Ni les scientifiques, ni les politiques, ni les intellectuels, préférant logiquement respecter le principe de précaution.

La nature humaine ayant horreur du vide, nombreux sont ceux qui saisissent cette opportunité pour crier leur vérité et offrir des solutions ! Ainsi voit-on naître des théories plus ou moins farfelues, notamment sur les réseaux sociaux où la parole est libre et sans contrôle. Tel scientifique assurant avoir trouvé le remède miracle contre le COVID-19, tel homme politique affirmant que le confinement n’était d’aucune utilité ou tel apprenti sorcier criant au complot venant d’on ne sait où !

Faut-il cependant condamner le flot ininterrompu de mots publiés sur la toile ou échangés par téléphone avec un parent ou un ami ? Ne doit-on pas y voir un moyen de se rassurer face à tant d’inconnu ? Parler ou écrire pour ne pas devenir fou, pour ne pas tomber en dépression, pour rester en contact même si l’on n’a pas grand-chose à se dire! Voilà l’une des fonctions essentielles de la parole et sachons l’utiliser comme il se doit, la plus grande difficulté demeurant d’être capable de discerner le faux du vrai et de démasquer les imposteurs !

Dans le domaine du football, l’inconnu face à l’avenir est bien évidemment lui aussi total, ce qui n’empêche pas ses dirigeants (FIFA, CAF, UEFA, clubs …) d’émettre des avis tout en se rangeant au final aux décisions des autorités politiques. Ainsi a-t-on vu quelques ligues poursuivre leurs compétitions (Ouganda, Biélorussie, Nicaragua …) quand la plupart se sont arrêtées. Parmi ces dernières, certaines envisagent une reprise rapide des compétitions (Allemagne, Suède …) quand d’autres ont déjà décrété la fin du championnat (Pays-Bas et peut-être bientôt la Belgique). Le gouvernement français a quant à lui interdit toute reprise avant plusieurs mois malgré la volonté des clubs de reprendre au plus vite pour des raisons économiques.

A chaque pays, ses réalités.

Qu’en est-il en Côte d’Ivoire ? Les instances dirigeantes du sport et du football sont bien discrètes en ce moment, choisissant d’attendre la décision des autorités politiques et sanitaires en charge de la gestion de cette crise pour envisager ou non la reprise des compétitions nationales. En attendant, plus d’informations sur le soutien aux entre- prises et associations sportives seraient les bienvenues, à l’image de ce dont bénéficient d’autres secteurs de la vie sociale (Presse, PME …).

Benoît YOU