Editorial :

Spectaculaire et inattendu !

A l’occasion de la projection du film-documentaire sur les 30 dernières années de la vie de notre Association le samedi 23 novembre 2019 à Sol Béni, nous avons revu avec émotions des images de matchs de l’ASEC Mimosas des années 1990 où les stades étaient bondés et l’ambiance surchauffée. Les spectateurs qui avaient vécu cette période se la remémoraient avec nostalgie  en se disant que c’était le bon vieux temps, la belle époque … et qu’ils n’étaient pas prêts de la revoir !

Les plus jeunes Actionnaires, qui n’ont pas eu la chance de vivre ces moment-là, les observaient, un brin rêveurs et jaloux, en se disant que les plus anciens avaient eu bien de la chance et se demandaient si un jour ils auraient l’opportunité d’assister à de tels évènements.

Si l’on exclut le derby du 20 Mai 2017 disputé à Bouake et dont l’entrée au stade avait été offerte aux supporters par le gouvernement ivoirien, le nombre moyen de spectateurs pour les derbies des 3 dernières saisons tourne autour de 2.500 entrées payantes.

Si ce que nous avons vécu ce samedi lors du derby ASEC / AFRICA comptant pour la 11ème journée de la Ligue 1, saison 2019-2020, ne peut être comparé aux affluences de la période citée, l’engouement qui a traversé la Côte d’Ivoire, comme un éclair, tout au long de la semaine dernière en a surpris plus d’un. Plus que l’affluence en elle-même (que l’on évalue approximativement à 20.000 personnes avec 9.953 entrées payantes), c’est l’ambiance qui a prévalu plusieurs jours avant le match et pendant le match qui a le plus marqué les esprits.

A l’heure où la paternité de cet engouement fait débat sur les réseaux sociaux, tentons de comprendre comment ce phénomène aussi spectaculaire qu’inattendu a pu se produire ! Quels sont les ingrédients qui ont permis à la sauce de prendre et d’en faire un tel succès ? La question étant bien évidemment d’en conserver la recette pour la reproduire le plus souvent possible.

Interrogeons-nous d’abord sur le contexte pour tenter de comprendre ce qui a changé entre les derbies des dernières années et celui de cette saison.

  • Alors qu’il est souvent reproché aux clubs ivoiriens de ne pas attirer de grands joueurs et qu’il s’agit d’une des raisons de leur désaffection des stades, la foule d’Actionnaires et de membres associés a-t-elle affluée au stade pour admirer les exploits d’un joueur en particulier, d’une star ? NON.
  • L’enjeu du match en question était-il exceptionnel pour attirer autant de spectateurs ? NON.
  • Les supporters d’une des deux équipes en particulier ont-ils afflué massivement au stade pour soutenir leur équipe en pleine réussite ? NON car ce qui fut assez remarquable est que les supporters des 2 clubs étaient représentés dans les tribunes du stade.

On observe donc que l’évènement en lui-même ne revêtait aucun caractère différent de celui des années passées. C’est donc ailleurs qu’il faut aller chercher la réponse à la mobilisation et bien évidemment cela nous amène du côté des réseaux sociaux, nouveaux Dieux de la communication et du marketing.

Dans ce nouveau monde qui se dessine chaque jour et dans lequel les hommes et les femmes sont connectés en permanence sur leurs smartphones, pour le meilleur et pour le pire, on sait qu’une étincelle peut désormais enflammer la terre entière. C’est à la fois effrayant et fantastique car cela peut donner lieu à des mouvements spontanés pour dénoncer des scandales, à soulever un peuple contre ses tyrans mais aussi à calomnier, à déverser des « fake news » à longueur de journées, à truquer des élections et à déclencher des guerres. Sacré défi pour les gouvernants et tous les responsables d’institutions qui veulent tenter de contrôler ce phénomène.

A noter que de nouveaux acteurs sont apparus dans ce monde numérique. Appelés « influenceurs », on peut les définir comme « les personnes dont les écrits sur une marque ou un produit sont susceptibles d’influencer le comportement d’un nombre significatif de consommateurs. Version moderne du leader d’opinion, les influenceurs bloguent et tweetent ».

En ce qui concerne notre match, les différents acteurs des réseaux sociaux ont joué un rôle primordial pour rallumer la flamme longtemps éteinte de l’amour pour le « jaune et noir » ou le « vert et rouge » et d’une rivalité inscrite dans les gènes de toutes les familles ivoiriennes. En se positionnant en faveur d’une équipe et en attaquant ceux de l’autre camp, ils ont réussi à ramener le débat « ASEC ou AFRICA » au cœur des discussions ivoiriennes obligeant la plupart des adeptes des réseaux sociaux ivoiriens à prendre une position pour l’un ou l’autre. A l’heure où la popularité d’une personne se mesure aux « likes » qu’il reçoit sur ses « posts » et au nombre d’amis sur sa page Facebook, pour exister, il est impossible de ne pas se prononcer sur un sujet et de ne pas choisir un camp, même sur des sujets que l’on ne maîtrise pas. C’est le cas dans le domaine de la politique qui anime la toile à longueur de journées mais aussi en football où l’on doit absolument être Real ou Barça au risque de disparaître des radars !

Encore une fois précurseur, notre club a compris très tôt le rôle-clé que pouvait tenir la communication digitale dans la mobilisation des supporters. Que ce soit à travers notre page officielle qui réunit à ce jour plus de 300.000 abonnés ou à travers l’activité de ses jeunes Actionnaires réunis au sein du « pôle numérique du CNACO » avec notamment les groupes « ASEC Mimosas Nouvelle Génération » ou « Clash ASEC / AFRICA ».

Nouveau monde, nouvelles réalités et nouvelles stratégies. Les acteurs du football ivoirien doivent s’y adapter s’ils veulent profiter de ces nouvelles tribunes et faire de cet évènement le début de sa renaissance.

 

Benoît YOU