Éditorial  :

Check-up

Sénégal/Algérie, voilà l’affiche de la finale de la 32e édition de la Coupe d’Afrique des Nations et avant même cet évènement, les premières analyses vont bon train sur cette compétition et l’état de santé des footballs dans les différents pays y ayant participé. Ainsi, comme lors de chaque compétition de ce type, avons-nous vu des «petits» battre des «gros», de «grands pays de football» décevoir et d’autres tenir leur rang de favori. Rien de nouveau sous le soleil pour l’instant.

 

Le passage à 24 équipes était l’une des nouveautés de la CAN 2019 et elle a logiquement permis à des pays peu habitués à ces joutes de faire partie de la fête. C’est la tendance actuelle puisque la Coupe du Monde passera, quant à elle, à 48 nations à partir de 2026. Logique économique en ce que cette formule permet d’intéresser les populations d’un plus grand nombre de pays et donc de mieux vendre les droits TV et marketing. Elle a également une logique de développement en ce que la CAF redistribuera plus de fonds aux pays participants pour le développement de leur football. Au niveau sportif, on aura noté qu’à l’issue du 1er tour, aucune grande nation n’avait été éliminée. Ce n’est qu’à partir des matchs à élimination directe que la compétition a vraiment débuté.

 

L’analyse de l’état de santé du football des pays participants au regard de leur parcours lors de cette CAN est beaucoup plus problématique. Qui osera dire que le football camerounais était en bonne santé à l’issue de la CAN précédente qui l’a vu remporter le trophée? À quel acteur du football sénégalais fera-t-on croire que le football de ce pays se porte bien, en raison de sa présence heureuse en finale de la CAN en Égypte? À l’instar du corps humain dont les examens du cœur ne sont qu’un seul indicateur de l’état de santé d’un individu et n’indiquent pas son état de santé global, les résultats à la CAN ne sont qu’un indicateur parmi de très nombreux autres. Ainsi, pour faire un véritable check-up, faut-il analyser tous les domaines que l’on peut lister comme suit, de manière non exhaustive : 

 

              – Résultat des équipes de club dans les compétitions internationales,

              – Fréquentation moyenne des stades,

              – Nombre de licenciés dans le pays,

              – Organisation de compétitions pour les jeunes, pour le football 

              feminin et pour le football amateur,

              – Budget moyen des clubs professionnels,

              – Salaires moyens des joueurs professionnels,

              – Montant des droits TV,

              – Montants investis par les sponsors nationaux dans les clubs, 

              – Nombre de stades de football homologués,

              – Nombre de clubs disposant d’un centre de formation de haut 

              niveau et d’un centre d’entraînement,

              – Nombre de joueurs formés dans le pays en équipe nationale,

              – Nombre de clubs respectant le système de licence de clubs national,

              – …

 

À ce niveau, on s’aperçoit que la hiérarchie peut être différente. S’il pourrait être logique qu’une bonne organisation du football national rime avec résultats sportifs, ce n’est pas toujours le cas tant les résultats sportifs peuvent être aléatoires à court terme. Cependant, sur le long terme, nul doute que la corrélation entre les deux est inéluctable. 

 

 

L’élimination de la Côte d’Ivoire en ¼ de finale de cette édition ne change rien à l’état de santé du football ivoirien et il en eut été de même en cas d’élimination au 1er tour ou en cas de victoire finale. Les résultats des Éléphants entre 2006 et 2015 ont longtemps été l’arbre qui cachait la forêt. Sachons passer à autre chose, en pensant d’abord au développement du football ivoirien. Les résultats suivront forcément. Dans le cas contraire, continuons à compter sur la chance de voir émerger une pépite de temps en temps pour croire que tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Nous savons que pour se classer au niveau des meilleurs, il faut bien plus…

 

 

Maître Roger OUÉGNIN