Droit au but du lundi 29 avril 2019 :

Comme prêcher dans le désert du Sahara

En sa qualité de dernier des Mohicans, c’est-à-dire cette race de dirigeants passionnés, emblématiques, dont la parole, sans être d’Evangile, n’en est pas moins pleine de bon sens et riche en enseignements, l’inamovible président de l’ASEC Mimosas, Me Roger OUÉGNIN, a, une fois de plus, pointer du doigt l’état de décrépitude avancé du football ivoirien, éjecté du Top 12 du classement quinquennal des Fédérations de la CAF. Désormais reléguée à la 13ème place du classement, la Côte d’Ivoire n’aura plus 4 clubs engagés dans les compétitions interclubs, mais bien deux, au cours de l’exercice 2020-2021. Parfois, on se demande où ce dirigeant tire son énergie pour être aussi passionné et critique à la fois, alors qu’il a mieux à faire que d’être toujours le Lucky Luke du football ivoirien ? Alors que ses autres collègues sont assis, dans la spéculation, dans l’intrique et dans la tactique. Parfois dans la compromission. Mais passons. Ceci étant, aucun acteur ne peut reprocher à Me Roger OUÉGNIN, de n’avoir pas eu tort d’avoir vu juste trop tôt. Depuis longtemps, son bâton de pèlerin en main, l’homme ne fait qu’alerter la classe sportive sur le danger qui guette le football ivoirien. Notamment par cette absence de résultats dans les compétitions interclubs. Il l’a d’ailleurs  rappelé dans l’excellent Edito publié la semaine dernière dans le journal « Asec Mimosas ». Et le titre « au fond du trou ! », résume à lui seul l’état chaotique dans lequel se trouve le foot ivoirien depuis presqu’une décennie.

 

Faut-il, en vérité, s’en étonner ? Bien sûr que non. Car, tôt ou tard, le football ivoirien allait payer cash, en aller sans retour, cette crise de résultats de ses clubs. Et son éjection du Top 12 n’est que la suite logique de sa dégringolade au classement FIFA où elle est passée à la 65ème place. En fait, ce que Me Roger OUÉGNIN, dit n’est pas nouveau. Et nous savons tous comme lui que notre football va de mal en pis. Car, tous les résultats globaux, sélections nationales comme clubs, sont catastrophiques. Tout le monde le voit. Tout le monde le sait. Tout le monde le déplore. Mais tout le monde laisse faire. Ou du moins, ils passent par pertes et profits. Triste. Car, dans une société de foot qui fait de la compétition sa profession de foi, il ne devrait pas y avoir de la place, à l’à peu près, au bricolage et à l’amateurisme. Mais, comme s’il était possédé par le diable, c’est-à-dire frappé par une malédiction depuis son sacre continental en 2015 en Guinée Equatoriale, le football ivoirien est aujourd’hui otage du mensonge. Et tout va à vau-l’eau sous le regard impuissant de ses principaux acteurs. Et dans l’indifférence coupable du politique. On a donc beau retourner le problème dans tous les sens, chercher les raisons du manque de compétitivité du football ivoirien sur la scène continentale, la réponse ne varie pas d’un clou : la mauvaise gouvernance à la tête de la FEDE. En fait, le football ivoirien nous a habitués à une chose : à prendre des vessies pour des lanternes. Sinon, n’est-il pas aberrant que les clubs ivoiriens soient aujourd’hui à se contenter de rapide, alors que jamais une fédération n’a disposé d’autant de ressources financières ? Car, au regard des droits télé, chiffré à 7 milliards sur 5 ans, la parafiscalité estimée à 2 milliards en 2018, en plus d’autres sources de financement venant de l’Etat pour les Equipes nationales, les clubs engagés en Coupes africaines, de la FIFA et de la CAF, ainsi que d’autres partenaires, on ne peut pas dire que la FIF n’est pas riche. En revanche, les clubs sont pauvres. C’est justement ce que dit Me Roger OUÉGNIN,. Aussi, pour se dédouaner de ces accusations, la faîtière a-t-elle cru bon se justifier dans une publication, aux allures de tract, parue sur sont site et signée curieusement de son service de communication. Mais non du N°1, ni même du N°2, pourtant mandataires des clubs, ni non plus par ordre du DEX de la FIF. Et elle milite pour la tenue des états généraux. Il est cependant bon de rappeler que Etats généraux ne seront ni une panacée, ni un remède miracle si les dirigeants fédéraux n’ont aucune vision. Car, seule une bonne politique d’optimisation des ressources, de répartition de la richesse, en un mot de la bonne gouvernance pourraient permettre de redonner une certaine attractivité économique aux compétitions domestiques. En plus de permettre aux clubs de retrouver leur compétitivité sur la scène internationale. Dès lors, même si tout le monde à sa part de responsabilité dans cette crise de résultat, la FIF ne saurait cependant s’exonérer des échecs répétés des clubs ivoiriens sur la scène internationale. Elle est même la principale coupable. Et c’est justement ce que dit Me Ouégnin. Mais comme nul n’est prophète chez soi, voilà pourquoi il ne fait que prêcher dans le désert. Du Sahara. Parce que nous nous sommes tous bouchés les oreilles. Comme des hypocrites. Et des peureux.

 

 

KAMBIRÉ Elie