Éditorial :

Business et arnaque : Et la jeunesse dans tout ça !

La victoire de notre équipe réserve en 1/16ème de finale de la Coupe de la Ligue était bien prémonitoire en ce qu’elle a précédé de quelques jours celle de notre première équipe dans le derby contre l’Africa Sports d’Abidjan.

 

La participation de notre équipe réserve à la Coupe de la Ligue est très utile à ces jeunes joueurs, pour la plupart formés à l’Académie MimoSifcom. Elle cache cependant une grave carence : l’absence de championnat pour les équipes réserves. Si l’absence de championnat de jeunes est une catastrophe pour la préparation des futures générations de footballeurs, l’absence de championnat réserve en est une autre pour la progression des joueurs qui sont aux portes de l’élite.

 

Quelques tentatives avaient été amorcées, mais vite avortées par l’équipe dirigeante précédente de la FIF. Quant aux responsables actuels de notre « maison de verre », ils ont admis la nécessité d’une telle compétition, mais n’ont jamais fait l’effort de la mettre en œuvre. La mise en place d’un championnat U20 fut une fausse bonne idée et a été heureusement rapidement enterrée, car elle ne correspondait en rien aux besoins des clubs qui n’avaient d’ailleurs jamais été consultés.

 

Un effectif professionnel en Ligue 1 est composé de 25 à 30 joueurs. Un maximum de 14 d’entre eux participent à chaque match, soit environ 50% de l’effectif. Qu’en est-il des autres 50% ? Comment font-ils pour se maintenir au niveau et être prêts lorsque le coach leur fera appel ? D’autant plus que ceux qui ont le moins de temps de jeu sont souvent les plus jeunes qui composeront les effectifs de demain. 

 

 

Puisque nous parlons du football des jeunes joueurs, deux faits marquants ont été révélés par les fameux « Football Leaks » la semaine dernière concernant le football africain :

 

 

              – Le premier concerne le projet Qatari dénommé ASPIRE qui consiste depuis une quinzaine d’années à enrôler de jeunes joueurs mineurs dans le monde entier et particulièrement en Afrique de l’Ouest puis à les former au Sénégal ou au Qatar avant de les envoyer sur le marché européen dans des clubs filiales. 

 

 

              – Le second concerne l’Académie « Right to dream » basée au Ghana et liée à Manchester City qui prospecte dans les pays d’Afrique de l’Ouest pour recruter des joueurs de 10 à 18 ans, en toute illégalité.

 

Dans ces deux cas, on observe que des stratagèmes chaque jour plus sophistiqués sont mis en œuvre pour contourner les réglementations internationales visant à protéger les mineurs et l’intégrité du football.

 

Si aucun cas n’a été révélé par « Football Leaks » concernant la Côte d’Ivoire, nous dénonçons depuis plusieurs semaines des agissements similaires de la part d’acteurs du football ivoirien sous la couverture officielle de la FIF, l’organe national chargé de garantir la mise en œuvre et l’application de la règlementation de la FIFA :

              – L’Administrateur général du « projet fédéral » C-jeune pratique depuis plusieurs années le trafic de mineurs ivoiriens vers le Mali via sa société JMG alors que cela est totalement interdit par les règlements de la FIFA.- Le même administrateur général et son adjoint déclarent, en toute impunité et en violation complète des règlements de la FIFA, pour appâter les Mairies et les responsables de centres de formation, que:

                             o Le projet C-jeune est « un investissement pour la Mairie puisqu’en payant l’adhésion des jeunes, elle devient propriétaire des droits des joueurs » (Article publié dans Fraternité Matin du 24/08/2018).

                             o «Il y aura désormais des textes mis en place qui permettront aux centres de formation d’être pris en compte sur les retombées financières avant l’âge de 12 ans » (Article publié dans Fraternité Matin du 02/11/2018).

 

 

Que des structures privées ou des particuliers tentent de faire du business (terme employé par M. Eric Tiacoh, Administrateur général adjoint du projet C-jeune dans une interview publiée le 06/11/2018 dans le quotidien « Le Patriote») en violant les règlementations internationales est une chose qu’il faut dénoncer. Que l’instance faîtière du football national soit partie prenante dans ce système, au vu et au su de tous en est une autre, beaucoup plus grave.

 

 

Maître Roger OUEGNIN