Éditorial :

Sport et élections

Les campagnes des élections municipales et régionales se sont achevées ce week-end avec le vote des électeurs sur tout le territoire ivoirien. A l’image des soirées de championnat de football où tous les amateurs du ballon rond attendent avec impatience les résultats de leur équipe favorite, le verdict de ces échéances électorales est tombé au compte-goutte depuis dimanche faisant le bonheur des heureux élus.

 

En recherchant quelques similitudes entre les joutes politiques et les joutes sportives, on retrouvera les deux temps bien distincts de la préparation et du match. Ainsi pourrait-on assimiler la période de la campagne à celle de la préparation ou des entraînements, et le jour du vote à celui du match. 

 

Cette longue période de préparation auxquels Hommes politiques et sportifs doivent faire face nécessite certains traits de caractère, notamment la persévérance et la volonté féroce de gagner. L’expérience du sport de très haut niveau est certainement un atout pour les sportifs qui se lancent de plus en plus nombreux dans cette activité. S’ils bénéficient dans leur immense majorité d’une image positive auprès des populations après leur carrière, ce qui est fort utile pour se faire élire, cela n’a pas toujours été suffisant pour leur permettre de faire un parcours mémorable dans ce domaine. L’un des premiers sportifs (et le plus célèbre) qui tenta l’aventure dans cette arène fût le roi Pelé qui devint Ministre des Sports du Brésil en 1995. Sa notoriété lui fût fort utile mais pas suffisante pour résister aux arcanes particulières de ce monde politique où les adversaires ne sont pas toujours aussi fairplay que sur le terrain.

 

La récente élection de Mister Georges Weah à la magistrature suprême du Libéria est certainement le plus grand succès d’un ancien sportif dans le monde politique. Ce résultat a été obtenu après plusieurs défaites et tel un grand champion, il a su apprendre de ses échecs pour se relever plus fort et atteindre son graal. Malgré tout l’amour que les libériens portent pour l’unique ballon d’or africain de l’histoire, il sera jugé sur les résultats qu’il parviendra à obtenir pour le développement de son pays. Et c’est bien mieux ainsi !

 

S’il ne fût pas un sportif, le parcours politique de l’homme d’affaire italien Silvio Berlusconi est intéressant à regarder en ce qu’il a su utiliser la formidable notoriété acquise pendant sa présidence du club de football légendaire du Milan AC pour arriver au sommet de l’Etat italien et y rester de nombreuses années. L’homme d’affaire français Bernard Tapie a tenté d’imiter ce parcours avec moins de succès que son homologue italien.

 

Le sport et le football en particulier sont tellement populaires qu’ils permettent à leurs leaders d’obtenir une côte d’amour et une notoriété dont les Hommes politiques sont jaloux. En 2018, Cristiano Ronaldo ou Lionel Messi figurent parmi les personnes les plus connues dans le monde. Beaucoup plus que la plupart des Hommes politiques, qu’ils fussent Présidents de n’importe quelle République. Les Hommes politiques ne s’y trompent pas en les invitant régulièrement dans leurs palais après des victoires ou en s’affichant à leurs côtés lorsqu’ils sont au sommet. La chasse aux soutiens de ces stars du sport rond est un sport qui ne cesse de se développer. 

 

Ainsi en va-t-il de notre monde. Reste aux sportifs qui deviennent des élus ou qui apportent leurs soutiens aux Princes, de ne pas oublier ce qui leur a permis d’atteindre ces sommets de popularité. Si les Hommes politiques ont parfois besoin du sport et de ses grands sportifs pour atteindre leurs objectifs, il faut retenir que le monde du sport (professionnel ou amateur) a aussi besoin d’un retour de la part des dirigeants politiques pour qu’il se développe et forme toujours plus de nouveaux champions et de futurs citoyens épanouis. 

 

Benoît YOU