Éditorial :

La Victoire et la défaite : deux menteurs !

Après le triplé réalisé au cours de la saison, nos joueurs ont eu droit à une courte période de repos avant d’aborder, dès cette semaine, la préparation pour les prochains matchs de Coupe de la Confédération qui se joueront les 18 et 29 juillet prochains contre les Marocains du RAJA de Casablanca.

 

Ils auront certainement profité de ces quelques jours de repos pour regarder les matchs de la Coupe du Monde et notamment ceux des sélections africaines qui ont malheureusement toutes été éliminées au premier tour de la compétition.

 

Cette déconvenue continentale a permis à de nombreux experts de faire leurs analyses implacables sur le recul du football sur le continent africain.  En effet, depuis 1982, l’Afrique a toujours eu au moins un représentant en 1/8ème de finale. Si cette année, aucune sélection africaine n’a pu passer cette phase de groupes, cela permet-il de juger pour autant le niveau du football africain ?

 

Dans un premier temps, il est utile de bien définir ce que l’on entend par le niveau du football d’un pays. Les résultats obtenus lors d’une Coupe du monde, d’une CAN ou encore le classement FIFA d’une nation sont-ils les bons baromètres pour déterminer ce niveau ? 

 

Nous ne le croyons pas ! Au contraire, ces compétitions internationales sont de très mauvais indicateurs et ne permettent de juger que le niveau des sélections nationales à un moment donné. En effet, si l’on emprunte ce chemin, doit-on conclure qu’une qualification du Sénégal (éliminé au nombre de cartons jaunes) aurait signifié que le football sénégalais ou africain est en bonne santé ou en amélioration ? 

 

Dans le même ordre d’idée, faut-il déduire de la participation de la Côte d’Ivoire à 3 Coupes du monde d’affilée que le niveau de son football était excellent ? Ces succès ont-ils été le résultat de la mise en place d’une bonne politique technique nationale ou plutôt d’une situation exceptionnelle rendue possible grâce au travail d’un club (l’ASEC Mimosas) mêlée à l’éclosion d’un joueur fantastique formé à l’étranger (Didier Drogba) ? Nous optons bien évidemment pour le second point de vue qui a permis à la Côte d’Ivoire d’être classée pendant plusieurs années parmi les 20 premières nations mondiales et la meilleure nation africaine au classement FIFA. Pour ceux qui connaissent les réalités du football en Côte d’Ivoire et dans le monde, quelle dangereuse illusion de croire que le football ivoirien a un jour été parmi les meilleurs du monde ! 

 

Pour faire une juste analyse dénuée d’émotions, il apparaît donc essentiel de bien distinguer deux choses : les résultats obtenus par l’équipe nationale d’une part et le niveau de développement et d’organisation du football dans notre pays d’autre part. 

 

La Coupe du Monde est un formidable évènement et une grande fête pour le football. Profitons-en chaque jour qui passe car on ne la retrouvera que dans 4 ans. Cependant, gardons-nous de tirer des conclusions trop simplistes du résultat d’un match qui tient parfois à bien peu de choses. Quelle que soit l’équipe qui remportera ce trophée tant convoité, la situation du football dans chaque pays n’aura pas fondamentalement changée. Seul le travail et une vision sur le long terme sont les gages de bons résultats futurs, même s’il y aura toujours, qu’on le veuille ou non, des victoires à fêter et des défaites à pleurer. Ainsi va le football ! 

 

 

Maître Roger OUEGNIN