Éditorial :

Le modèle du sport US : Concurrents et partenaires

Dans tous les domaines d’activités, il est toujours utile d’observer les meilleures pratiques afin de les comparer aux siennes, de s’en inspirer sans obligatoirement avoir à les copier. J’ai eu l’opportunité de séjourner récemment aux Etats-Unis dans le cadre de la formation dispensée par l’Association des Clubs Européens afin de mieux comprendre le fonctionnement si particulier du sport professionnel dans ce pays. Il est peu de dire que nous sommes à des années lumières de ce qui se passe chez l’Oncle Sam mais là n’est pas la véritable question. S’il est utile de savoir où l’on est, il l’est encore plus de savoir où l’on veut aller. 

 

Il faut tout d’abord insister sur le caractère unique du système du sport américain. 4 grandes ligues se répartissent le marché du sport professionnel : La NFL (Football américain), la MLB (Base-ball), la NBA (Basket Ball) et la NHL (Hockey sur glace). Vous noterez que le « soccer » (notre football) n’y figure pas. S’il y a une volonté de développer l’intérêt de ce sport auprès du public à travers la création de la MLS (Major League Soccer), il y a encore beaucoup de travail à faire pour arriver à la cheville des sports majeurs et l’attribution de l’organisation de la Coupe du Monde FIFA 2026 au sous-continent nord-américain intervenue ce mercredi à Moscou s’inscrit dans ce processus.

 

Les caractéristiques des sports US sont les suivantes :

 

– Les clubs sont des sociétés appelées « franchises » qui appartiennent toutes à des hommes d’affaires. Elles ne sont pas liées à un territoire ni à une communauté et peuvent changer de ville en fonction du marché et des intérêts des investisseurs.

– Il n’y a pas de système de relégation / promotion. Afin d’assurer aux propriétaires des revenus garantis, un club ne risque pas de descendre en division inférieure.

– Le système de la « Draft » donne l’opportunité au club le moins bien classé d’avoir le 1er choix dans le recrutement des jeunes joueurs issus du système universitaire. L’objectif de ce système est de renforcer les moins forts et leur permettre de rivaliser avec les meilleurs.

– Le « Salary Cap » est un système de plafonnement de la masse salariale du club et des joueurs. Ainsi la Ligue fixe le montant maximum des salaires à payer aux joueurs qu’il est interdit de dépasser. Le joueur est en mesure de toucher le même salaire dans n’importe quel club et fera donc son choix sur d’autres critères. 

– L’université est le lieu de formation des joueurs américains. La formation n’a donc pas lieu dans les centres de formation des clubs. Le championnat universitaire est presque aussi populaire que le championnat professionnel et les grandes universités du pays se battent pour engager les meilleurs jeunes joueurs et ainsi gagner en notoriété.

– Les phases finales se disputent sous forme de Play-Off au meilleur des 7 matchs. Ce système permet aux clubs de multiplier les matchs entre les meilleures équipes et de disputer parfois plus de 100 matchs par saison, pour le plus grand bonheur des fans, des TV, des sponsors … et des propriétaires.

– La ligue, dont le capital est détenu à part égale par les franchises, est le cœur du système. C’est elle qui a pour mission de faire gagner de l’argent aux franchises dont l’objectif est de générer des profits avant même de remporter des titres. Le sport US est avant tout un business et tout est mis en œuvre pour permettre aux propriétaires de gagner le plus d’argent possible. 

 

        o Négociation collective des droits TV et des sponsors,

        o Les joueurs sont sous contrat avec la Ligue et sont payés par elle,

        o Redistribution des revenus aux clubs par la Ligue,

        o Choix des nouvelles franchises en fonction du quadrillage du territoire et des moyens des propriétaires. Aucune autre franchise du même sport ne peut se développer dans un rayon de 75 km afin de permettre à chaque franchise de disposer d’un marché suffisant pour se développer. 

 

Le principe central est le suivant : « Concurrents sur le terrain, partenaires en dehors ». 

 

Si tout le système du sport américain est difficilement exportable pour des raisons culturelles et historiques, ce dernier principe de fonctionnement collaboratif des franchises américaines, pourrait inspirer les clubs de football ivoiriens. En effet, il est temps que les clubs se prennent en main et comprennent qu’ils ont intérêt à travailler ensemble sur de très nombreux dossiers afin de faire fructifier le produit que constitue la Ligue 1. Une ligue forte qui serait la propriété des clubs pourrait être le garant du développement de l’économie de ces clubs grâce à un cahier des charges précis mis en place par eux, d’un commun accord mais aussi avec des missions de promotion de la Ligue et des clubs (création de site internet pour chaque club, organisation d’évènements …), la négociation collective avec les sponsors et les distributeurs de programmes TV mais aussi assurer certaines tâches comme le règlement des salaires ou l’organisation de formations.

 

L’une des critiques que font souvent les dirigeants de clubs de football aux dirigeants de la Fédération est leur méconnaissance des réalités des clubs ainsi qu’un intérêt plus important porté à l’équipe nationale A. C’est une réalité et c’est pourquoi les clubs devraient prendre leurs responsabilités en s’unissant autour d’une Ligue indépendante qui œuvrerait dans l’intérêt du développement du football national.

 

 

Benoît YOU