Éditorial :

Sport et politique

A quelques jours du démarrage de la grand-messe du football mondial que constitue la Coupe du Monde de la FIFA qui se déroulera pour cette édition en Russie, c’est l’occasion de revisiter l’étroite relation qui existe entre le sport et la politique.

Les Etats-Unis d’Amérique furent pendant plus de 40 années en guerre – froide – avec le pays organisateur de la prochaine Coupe du Monde. Le sport a été un outil important utilisé par ces deux grandes nations pour tenter de démontrer la supériorité de l’une sur l’autre. Le paroxysme de cette période fut atteint lors des Jeux Olympiques de 1980 puis de 1984 où chacun a boycotté cette fête du sport organisée par l’autre (A Moscou en 1980 et à Los Angeles en 1984).

Le choix du pays organisateur de ces grands évènements dépasse d’ailleurs toujours des enjeux purement sportifs. Qu’il s’agisse de la Russie, du Qatar pour 2022 ou de l’organisateur de la Coupe du Monde 2026. Le Task-Force de la FIFA a rendu vendredi 1er juin son verdict en ce qui concerne la recevabilité des candidatures pour cette compétition dont le vote final aura lieu jeudi 13 Juin prochain à Moscou. Il est heureux que les deux candidatures aient été validées. Elles sont toutes les deux porteuses d’un projet particulier. S’il y avait peu de doute sur celle du trio Mexique / USA / Canada, des inquiétudes existaient quant à l’avenir de la candidature du Royaume du Maroc.

Le Royaume chérifien peut donc poursuivre son rêve et celui de tout un continent d’organiser la Coupe du Monde de football, qui, au-delà du jeu sportif, revêt des enjeux politiques et stratégiques réels. Qui sera choisi ? Le continent nord-américain avec en son cœur les Etats Unis, pays où le sport est omniprésent mais constitue avant tout un business, ou le continent africain, représenté par le Maroc, où la passion pour le football est exceptionnelle et qui garantirait une ferveur sans commune mesure avec celle que l’on peut attendre lors de la Coupe du Monde qui la précédera au Qatar en 2022 ?

Les plus hauts personnages de ces puissances sont à pied d’œuvre pour obtenir cette organisation. Le choix des membres de la FIFA sera un message fort au monde en cette période de fortes tensions politique, économique et communautaire. Et là, il est à craindre que d’autres dimensions entrent en jeu, vu, notamment l’énorme puissance économique que représente l’Amérique du Nord ! Wait and see !
L’attribution de l’organisation des Jeux de la Francophonie en 2017 et de la Coupe d’Afrique des Nations 2021 à la Côte d’Ivoire a également été un choix politique afin d’accompagner le retour de la Côte d’Ivoire dans le concert des nations africaines. Elles démontrent la capacité de ce pays à mobiliser les énergies autour d’un grand projet et ce sont de formidables opportunités tant pour participer à l’amélioration de l’image de la Côte d’Ivoire que pour le développement du sport. Gageons que les acteurs du sport soient impliqués dans ce processus afin de s’inscrire dans la durée et assurer un héritage pour permettre une meilleure pratique du sport pour les générations futures. Les exemples de la Grèce (Jeux Olympiques d’Athènes en 2004) et du Brésil (Coupe du Monde 2014) sont assez édifiants des effets de l’absence de coopération entre le monde sportif et le monde politique dans la préparation de l’évènement. Cela s’est traduit par la construction d’infrastructures qui ont couté énormément d’argent au contribuable pour satisfaire les choix de leurs dirigeants tout en étant totalement inadaptées au besoin du monde du sport de ces pays. Après un mois d’utilisation pour ces compétitions, ces installations sont tombées en ruine, faute de moyens pour les entretenir. Espérons que la Côte d’Ivoire saura ne pas tomber dans ce piège.

Me Roger OUEGNIN