Éditorial :

Aucune personne n’est plus importante que le club

Cette expression est longtemps demeurée sur le fronton de l’Académie MimoSifcom et son directeur avait voulu que toutes les personnes du club (joueurs professionnels et en formation, encadrants, dirigeants, supporters …) l’intègrent au plus profond d’eux-mêmes.

 

Dans la lignée de cette expression et de notre éditorial paru dans le numéro 1367 titré « Grandes équipes / grands clubs », je voulais partager avec vous quelques passages de l’interview donnée par l’ancien maître du Milan AC, Arrigo SACCHI parue le 9 Mars 2018 dans le quotidien français « L’équipe ». Ils illustrent et complètent de fort belle manière nos propos :

 

« Qu’avez-vous pensé du PSG sur le match contre le Réal Madrid ?

J’ai trouvé que c’était décevant dans l’attitude (…). J’ai toujours considéré Unai Emery comme un très bon entraîneur La question est : est-ce que les joueurs le suivent ?

 

Quelle est votre réponse ?

Je ne sais pas (…) Marco Verratti, je l’ai vu grandir depuis les moins de 17 ans jusqu’aux Espoirs, et quand je vois son attitude l’autre soir … Non, à certains niveaux, on ne peut pas se comporter de cette façon. Et s’il le fait, c’est qu’il y a un problème. Je pense que tous doivent se poser la bonne question au club. Il faut bien comprendre que le club est la partie la plus importante du chantier. Parce que tout part du club, de son histoire, de sa vision, de ses règles et de son leadership. Le club vient avant l’équipe et l’équipe vient avant chaque individu. La sensation que j’ai, c’est que cette hiérarchie de valeurs-là est inversée au PSG.

 

Vous parlez d’histoire. Mais comment écrire une histoire européenne quand on en a moins que les autres ?

Tu ne construis pas une histoire comme celle du Réal en quelques années, c’est vrai, mais tu peux avoir des idées, une vision, une organisation. Le PSG dépense beaucoup mais cela ne peut suffire (…) S’ils veulent vraiment gagner, il faut des idées, et des idées claires. 

 

Vous dites que les joueurs ne suivent pas Emery. Mais n’est-ce pas aussi le rôle de l’entraîneur de se faire respecter par son vestiaire ?

Oui d’accord, mais il faut un club derrière pour l’aider. Sinon, tu deviens un homme seul, et c’est fini. L’entraîneur est le responsable du domaine sportif, et c’est un homme du club (il insiste). C’est l’homme du club. Quand il dit quelque chose, tout le club le dit avec lui.

 

Le projet du PSG, cette saison, était d’acheter Neymar pour aller loin en Ligue des Champions …

Mais un joueur, aussi fort soit-il, n’est pas un projet ! Neymar, ce n’est pas un projet ! Nous avons gagné le championnat en 1998 avec Van Basten qui venait d’arriver et qui sur 30 matchs de championnat n’en a joué que 3 intégralement. SI le projet avait été Van Basten, nous n’aurions rien gagné (…). La musique sans partition, ce n’est pas possible. Berthold Brecht disait que même les plus grands acteurs ont besoin d’un metteur en scène pour s’exprimer pleinement. Le jour où, avec ce qu’ils dépensent, les Parisiens auront aussi une organisation qui part du club, ils avanceront.

 

Quand vous parlez du club, c’est le président et la direction sportive ?

Oui, ce sont ceux qui mettent les règles et qui les font respecter. L’autorité, elle doit venir du club. L’année dernière, il y a l’exemple de la Juventus (…) qui est un grand club avec un vrai leadership. Quand elle a vu que certains joueurs protestaient parce que l’entraîneur les sortait, ou qu’ils devenaient un peu arrogants, qu’a-t-elle fait ? Elle a laissé dehors Bonucci, un cadre de l’équipe, et il est allé s’asseoir en tribune un soir de Ligue des Champions. Puis, l’été suivant, elle l’a vendu au Milan AC. Elle a donné le signal  à tout le monde que, au club, ce ne sont pas les joueurs qui commandent, que l’entraîneur est l’homme  du club en ce qui concerne tous les choix techniques, et que personne ne peut se comporter comme il l’entend sans le respecter (…). Dans le foot, il faut peu d’idées, mais il faut qu’elles soient claires. Sinon, on gaspille son argent ».

 

Que dire de plus ? L’ASEC Mimosas tente depuis bientôt 30 années de mettre en œuvre les règles édictées ci-dessus et c’est ce qui lui a permis de devenir une institution en Côte d’Ivoire et en Afrique. Chacun connait sa place au sein du club et rares ont été les situations où plusieurs voix dissonantes se sont fait entendre, dans les périodes fastes comme lors des moments difficiles. Et ceux qui ont tenté de la jouer en solitaire, ont été éjectés par l’institution.

 

À tous, joueurs, encadrants, dirigeants et supporters, poursuivons unis cette longue marche en ayant toujours à l’esprit les valeurs fondatrices de notre association de solidarité, d’unité et d’excellence. Leur respect est le gage de la réussite de notre projet collectif mais également de celle de chacun des individus qui le composent.

 

 

 

Benoît YOU