Editorial :

Grand club / Grande équipe

« Le PSG est une grande équipe, le Bayern Munich est un grand club ». Cette déclaration de l’ancien champion du Monde français, Bixente Lizarazu, aujourd’hui ambassadeur du Bayern Munich nous a interpelé sur ces deux notions que l’on a souvent tendance à confondre. Qu’est-ce qui différencie l’un de l’autre ? Est-ce le palmarès ? L’histoire ? Le nombre de supporters ? Certainement un peu de tout cela.

 

 

L’un des points principaux de différenciation est relatif au temps. On ne devient pas un grand club en quelques mois ni en quelques années. Construire un club, c’est inscrire dans la durée, dans un processus long.

 

 

Le palmarès, la popularité, l’histoire, les grands joueurs et les grands dirigeants sont autant d’indicateurs qui permettent de classer tel ou tel club dans la catégorie des grands clubs et d’en faire une institution. Tous les grands clubs ont ou ont eu, à un moment donné, une grande équipe et une forte base populaire. C’est ce qui leur a permis de devenir des légendes. Deux des plus grandes équipes de tous les temps émanent de grands clubs : le Milan AC d’Arrigo Sacchi et le FC Barcelone de Johann Cruyff ou de Pep Guardiola. Si le FC Barcelone est « plus qu’un club » (« mes que un club » en catalan), l’on pourrait dire qu’un grand club, c’est plus qu’une grande équipe !

 

 

L’inverse n’est pas vrai. Les grandes équipes n’émanent pas toujours de grands clubs. La construction d’une grande équipe est un processus plus court et c’est ainsi qu’il faut lire les mots de Lizarazu. Avec des millions d’Euros, un entraîneur ou un joueur extraordinaire, on peut construire une équipe qui remportera un ou plusieurs trophées.

 

Récemment, Leicester City est devenu champion d’Angleterre, tout comme Leeds United dans les années 90 (aujourd’hui en 2ème division). Sans être de grands clubs anglais, ils ont su bâtir, à un moment donné, une grande équipe capable de rivaliser avec certains des plus grands clubs du monde, tels que Manchester United ou Liverpool. Il s’agit d’un « coup » … souvent sans lendemains. 

 

 

En Côte d’Ivoire, les récents parcours de l’AS Tanda ou du Séwé Sport de San Pedro démontrent que de nombreux clubs peuvent gagner un titre de champion de Côte d’Ivoire. Ils n’en sont pas pour autant devenus des grands clubs ivoiriens. Ceux-ci restent incontestablement l’ASEC Mimosas et l’Africa Sport d’Abidjan, même s’ils connaissent parfois des saisons vierges. 

 

 

L’émergence de trublions qui perturbent le Big Four anglais ou le traditionnel duel Barça / Real ibérique apportent un vent de fraîcheur à ces compétitions et  sont particulièrement utiles au dynamisme d’un championnat. 

 

Et il arrive qu’au fur et à mesure, de grandes équipes deviennent de grands clubs. 

 

A l’inverse, que faut-il penser de cette expression : « Un grand club ne meurt jamais » ? Peut-on dire que Nottingham Forest, le Canon de Yaoundé ou le Hafia de Guinée sont encore des grands clubs ? Ce qui ne meurt jamais, c’est l’histoire de ces clubs.  Elle est inscrite dans la mémoire collective des supporters et des amoureux du football. Et il est vrai qu’au Cameroun, nombreux sont les camerounais à s’identifier encore aujourd’hui au Canon ou au Tonnerre de Yaoundé plutôt qu’à Coton Sport de Garoua leader actuel du football camerounais. Cependant, rien n’est jamais acquis pour l’éternité et leurs difficultés à remonter la pente (sur tous les plans) depuis près de 20 ans risquent de les voir tomber dans les tréfonds de l’histoire !

 

Notre club se bat pour rester un grand club ivoirien mais aussi africain de renommée mondiale. C’est un combat de chaque jour. Sans vouloir paraître présomptueux, encourageons nos chers rivaux à mener ce combat. A trop s’appesantir sur ce statut de grand club, l’on risque de faire partie de la liste, déjà longue, des grands clubs mythiques disparus. Et dans l’intérêt du football africain, nous ne leur souhaitons pas.

 

 

 

Benoît YOU