ENTRETIEN AVEC … BEUGRE Ahiba Hermann dit Patceco (Ex-joueur de l’ASEC Mimosas) :

« La friction entre nos deux « Papas » nous a foncièrement perturbés »

Ex-milieu de terrain de l’ASEC Mimosas, issu de la première promotion de l’Académie MimoSifcom, BEUGRE Ahiba Herman fait partie de ses joueurs qui n’ont pas eu la grande carrière escomptée, en raison de leur immense talent. En pleine phase de reconversion au métier d’entraîneur à Sol Béni, RJN l’a reçu dans «Le Salon des Actionnaires» où il est, entre autres, revenu sur cette carrière demi-teinte.

Vous souvenez-vous de vos débuts au football?

J’ai commencé le football à mon enfance dans mon quartier à Yopougon. J’étais déjà une petite « star ». Ainsi, tout le temps, surtout pendant les vacances scolaires, les parents ne nous voyaient pratiquement plus à la maison. Nous étions sollicités non seulement au quartier, mais aussi dans la plupart des communes d’Abidjan, rien que pour jouer au football.

 

Comment êtes-vous arrivés à l’Académie MimoSifcom?

L’Académie MimoSifcom organisait un tournoi des centres de formation des différents quartiers pour recruter les meilleurs joueurs. J’ai donc été recruté à Zoma FC de Yopougon où avait déjà été recrutés PEHE Joss, ZOKORA Didier dit Maestro, YAPI Yapo Gilles, Armando et bien d’autres pensionnaires de l’Académie MimoSifcom. En raison de mon âge un peu avancé, une équipe réserve a été créée pour m’y insérer. Cette équipe a malheureusement fait long feu et j’ai été le seul joueur parmi les 15 qui la constituaient à rester. Devenant ainsi la dernière recrue de la 1ère promotion de l’Académie MimoSifcom, en 1996, juste après TONY.

 

Qu’est-ce qui, selon vous, aura plaidé en votre faveur?

J’avais du talent avec une bonne vision du jeu, une grande précision dans les dernières passes et un acharnement au travail. Tous ces atouts ont fait que le coach Jean Marc GUILLOU n’a pas voulu me voir partir ailleurs.

De la réserve, vous intégrez l’équipe de la première promotion de l’Académie MimoSifcom. Comment s’est déroulé ce changement de groupe ? 

Je n’ai eu aucun mal à intégrer ce nouveau groupe parce que j’étais déjà familier à la plupart des joueurs (Joss, Maestro, YAPI Yapo et autres avec lesquels j’ai disputé le tournoi de l’Académie MimoSifcom). Je n’étais donc pas étranger dans ce groupe. Nous parlions le même langage, celui du football.

 

Vous avez eu une ascension rapide, avec cette apparition explosive en équipe première, le 7 février 1999, lors de la Super Coupe d’Afrique. Mais vous êtes parti de l’ASEC Mimosas en 2003. Quel a été votre parcours après le club jaune et noir?

Après l’ASEC Mimosas, j’ai fait un bref passage au FC Toumodi, avant de signer au KSK Beveren (Jupiler League) où j’ai peu joué, victime que j’étais d’un entraîneur qui est venu tout chambouler dans ce club. Je me suis donc retrouvé en France et j’ai signé au FC Tour (Ligue 2 française). Malheureuse cette équipe avait un problème avec la DNCG (Direction Nationale du Contrôle de Gestion). Avant la clôture du mercato, le Directeur sportif de ce club a réussi à me transférer à Rodez (National 3), un autre club qui devait me servir de tremplin. Malheureusement encore, les choses ne se sont pas bien déroulées. J’ai contracté une blessure des ligaments croisés en janvier 2010 et les soins ont mis plus d’un an, sans succès de guérison totale. Aujourd’hui encore, je ressens encore les séquelles de cette blessure.

 

Madinho, Maestro, Patceco… Quel était le mode d’attribution de vos surnoms à l’Académie MimoSifcom?

Habituellement, en fonction de ton nom ou après avoir réussi certains exercices, on vous attribuait un surnom. Mais, je suis le seul joueur à être entré avec son surnom. Je l’ai reçu lors des tournois de quartiers par mes fans qui disaient que je donnais l’impression de danser lorsque j’étais en dribble. J’ai un ami qui a donc évoqué le nom Patceco qui m’est resté.

 

Vous arrêtez votre carrière de footballeur en 2010, pour une blessure que certains joueurs ont facilement remontée. Vous considérez-vous comme un malchanceux?

Je n’aime pas m’attribuer ce thème. Ce sont des étapes de la vie. Lorsqu’une porte se ferme, une autre s’ouvre. Le football n’est pas une science exacte et chacun a son étoile dans la vie. Nous avons eu la chance de passer à l’Académie MimoSifcom où on nous apprenait à devenir des hommes. Nous sommes allés à l’école, puis dans notre métier, avons côtoyé de grand-hommes. Nous sommes donc outillés pour trouver notre voie. 

 

Qu’est-ce qui vous a le plus marqué durant votre passage à l’Académie MimoSifcom et à l’ASEC Mimosas?

Mon passage à l’Académie MimoSifcom a été une très belle aventure. Je donnerai tout pour la revivre. La dernière fois, je disais aux pensionnaires actuels qu’ils avaient une chance énorme d’être dans ce centre qui leur offre un cadre idéal de travail. J’ai vécu à l’Académie et plus généralement à l’ASEC Mimosas de grands moments de partages, de joies et de convivialité dans une certaine naïveté et d’insouciance. C’est un souvenir inoubliable et intarissable. Si on me dit que j’ai connu le paradis, je dirai que c’était ce moment-là.

 

Quel était le secret de ce groupe de la première promotion?

La chose la plus intéressante vient de la façon dont le coach Jean Marc GUILLOU a fait passer son message. Il nous a fait comprendre certaines valeurs que nous avons développées pour mener une très bonne vie de groupe.

 

Le 7 février 1999 restera à jamais graver dans la mémoire de tous. Une grande révolution avec la mise à l’écart de l’équipe championne d’Afrique au profit de jeunes adolescents de l’Académie MimoSifcom pour disputer la finale de la Super Coupe d’Afrique, face à l’ogre tunisien, l’Espérance de Tunis. L’exploit vous a-t-il surpris

J’ai été surpris comme tout le monde. Pour l’anecdote, j’étais remplaçant au coup d’envoi. Pendant les prolongations, alors qu’il y avait (1 – 1), le coach m’a demandé avec insistance d’accélérer mon échauffement. J’avais peur parce que le match était très tendu dans un stade FHB surchauffé. J’entre enfin et sur l’une de mes premières balles, je fais une fixation et je pique le ballon pour Aruna DINDANE qui déborde et va marquer. Quelques minutes plus tard, je reçois encore le ballon et je sers ZÉZÉTO d’un extérieur du pied qui, lui aussi, va marquer pour plier le match. Ainsi nous sommes entrés dans l’histoire. C’est un très grand souvenir.

 

Qu’est-ce qui vous a le plus négativement marqué?

C’est indéniablement la mort par noyade de notre jeune frère ZOKORA Armando, le frère cadet de Maestro, qui nous a abandonnés pendant une sortie détente. Ç’a été un véritable choc de perdre quelqu’un avec qui on partageait pratiquement tout. 

 

Comment avez-vous vécu la crise entre l’ASEC Mimosas et le coach GUILLOU au début des années 2000?

La friction entre nos deux « Papas », le Président Roger OUÉGNIN et le coach Jean Marc GUILLOU nous a foncièrement perturbés et a énormément pesé sur la suite de ce qu’ils avaient prévu pour nous. C’est un mauvais souvenir à très vite oublier.

 

Quel est votre sentiment sur l’évolution de Sol Béni?

Je suis très heureux de constater que les choses ont progressé et évolué à Sol Béni depuis notre passage. C’est dommage que ce soit seulement à travers l’ASEC Mimosas que ce constat est fait. D’autres clubs auraient pu lui emboiter le pas vu que les résultats sont probants. Cela aiderait à vite professionnaliser notre football. L’ASEC Mimosas est orpheline parce qu’il n’y a pas de concurrence pour l’aider à accélérer son développement.

 

Qu’est-ce qui explique le désintérêt de certains de vos amis formés à l’Académie MimoSifcom à se rapprocher de l’ASEC Mimosas

Après une longue carrière dans le monde du football, on a souvent besoin d’un changement radical pour explorer d’autres domaines. C’est peut-être le cas pour certains d’entre eux. Je pense qu’au moment opportun, ils seront là, parce que je ne crois pas qu’il y a quelqu’un parmi nous qui n’a pas envie de revenir à Sol Béni. On en parle souvent lorsque nous nous retrouvons.

 

 

 

Que pensez-vous de la cuvée 2017-2018 de l’ASEC Mimosas qui vient de dominer la première partie de la Ligue 1?

Il y a beaucoup plus de qualité individuelle dans cette équipe que dans celle de la saison dernière qui a remporté le titre de champion de Côte d’Ivoire. Elle a eu des problèmes au départ parce que le collectif ne s’était pas encore mis en place pour une équipe renouvelée à plus de 65%. Dans deux ou trois ans, on pourra compter sur elle pour nous rapporter la Coupe de la Ligue des champions. Déjà, cette année, elle est en train d’imposer sa suprématie sur le plan national. Mais elle ne crachera pas sur un grand exploit, cette saison.

 

Quel est votre mot à l’endroit des Actionnaires?

Je suis très content de les retrouver au Stade, lors des matchs de l’ASEC Mimosas. Les Actionnaires sont formidables et continuent de l’être même si n’est pas la grande affluence. Je les exhorte à rester fidèles et fiers de l’ASEC Mimosas, le meilleur club de Côte d’Ivoire.