Éditorial :

RESISTER

J’ai eu une opportunité exceptionnelle, la semaine dernière, de suivre une formation sur l’organisation sportive des plus grands clubs européens. L’autre chance fut que cette rencontre avait lieu à Bilbao, en Espagne, dans l’antre de ce grand club basque, le stade de San Mames.

 

Comme beaucoup d’amateurs de football le savent, ce club est unique au monde, car il a comme particularité de ne jouer qu’avec des joueurs originaires du pays basque, région franco-espagnole de 3 millions d’habitants tout au plus. Depuis des décennies, ce club phare de la Liga a érigé cette philosophie comme règle intangible et a su s’y tenir malgré les contraintes qu’elle exige.

 

A l’heure où certains clubs évoluent sans aucun joueur du pays dans lequel se dispute le championnat (il arrive de plus en plus souvent que des équipes anglaises démarrent un match avec 11 joueurs non anglais), l’Athletic Bilbao a fait un choix différent, à contre-courant de la plupart des autres clubs en résistant à toutes les tentations extérieures. Et avec des résultats encourageants puisqu’il est le seul club, dans l’histoire du football espagnol, avec le FC Barcelone et le Real Madrid, à ne jamais être descendu en 2ème division.

 

Ce qui est remarquable dans ce projet, c’est la capacité de ses dirigeants et de toute une région à résister à un mouvement (voire une tornade) d’ampleur mondiale en s’accrochant vaille que vaille à ce à quoi ils croient. Le plus simple est en effet souvent de suivre la tendance. Malheureusement, en se laissant porter par le courant, le danger est d’y perdre son identité. Et avec son identité, ses valeurs, ses croyances et finalement ses soutiens (supporters, sponsors …) qui ne savent plus très bien à quoi s’accrocher.

 

Pour revenir à notre club, il dispose également d’une identité forte construite au fil des années. Qui croyait au projet développé par le jeune Président du Conseil d’Administration de l’ASEC Mimosas en 1989, basé sur les principes de la construction d’un club, de l’excellence et du respect de ses valeurs fondatrices (le beau jeu avec la reprise du slogan « les enfants s’amusent », l’esprit de famille avec le soutien des fondateurs du club et de la création de l’AAFAAM et la reprise du nom Sol Béni …) ? Qui croyait en la possibilité de construire et de gagner en même temps ? Il fallait être fou ! Non, il fallait surtout du courage, de la force et des convictions. Et convaincre un par un les Actionnaires du bien-fondé de ce projet. Puis résister à tous les obstacles qui se poseraient sur le chemin !

Dans toutes les grandes aventures, tout n’est pas toujours facile. Mais c’est dans la tempête que l’on mesure la force de ses dirigeants. Lors des traversées du désert où l’on compte ses soutiens sur le doigt d’une main, où l’on a l’impression que tout le monde vous abandonne (même la chance), il faut être très fort et avoir une confiance inébranlable en son étoile. Et si le projet est juste, d’autres vous rallieront.

 

Il n’est pas tous les jours aisés d’avoir raison avant les autres ou de voir les choses différemment. C’est le propre des visionnaires, des grands artistes ou des chercheurs. Les plus grands de ceux-là sont rarement reconnus de leur vivant.

 

En pleine déroute des alliés pendant la 2nde guerre mondiale, Winston Churchill, tout nouveau premier ministre anglais se battant pour sauver l’Europe du péril nazi écrivit cette phrase qui résume bien ces idées : « Les victoires durent peu, les échecs ne tuent pas, l’important est d’avoir le courage de résister ».

 

Actionnaires, gardons le cap ! Il y a ceux qui construisent et il y a ceux qui se servent. Chacun son camp ! Celui de l’ASEC est connu de tous, c’est celui de la CONSTRUCTION, contre vents et marées. 

  

Benoît YOU