ENTRETIEN AVEC … KOFFI Pokou Raymond (Actionnaire) :

« Mon militantisme n’est pas lié aux titres du club »

KOFFI Pokou Raymond fait partie des rares supporters qui ont consacré leur vie, corps et âme à l’ASEC Mimosas. Actionnaire de la première heure, il a la particularité d’avoir suivie l’ASEC Mimosas, dans la quasi-totalité de ses déplacements à l’intérieur comme à l’extérieur du pays. A l’image de tous ces illustres Actionnaires reçus à RJN, il a lui aussi été invité dans le « Salon des Actionnaires ». Extraits des échanges 

Comment avez-vous vécu la reconquête du titre de champion de l’ASEC Mimosas, 7 ans après ?

Je remercie le Seigneur et le Président Roger OUEGNIN pour cette reconquête qui nous permet d’être présents dans les compétitions continentales. Mais, je ne suis pas supporter de l’ASEC Mimosas pour les titres. Qu’elle gagne ou pas, elle est une partie de moi. J’ai beaucoup apprécié la reconquête du titre, mais ce n’est pas fondamentale dans mon amour et mon engagement pour l’ASEC Mimosas. Mon militantisme n’est pas lié au titre que peut glaner le club. Que l’ASEC Mimosas reste dans le giron du football africain, cela est largement suffisant pour moi. Il y’ a des clubs qui ont régné mais qui aujourd’hui n’existent que de nom. Cela n’est pas le cas de l’ASEC Mimosas. Cela est une grande fierté pour moi.

 

Qu’avez-vous retenu de la dernière Assemblée Générale du Club, tenue le 27 août dernier, à la bourse du travail de Treichville ?

J’ai été heureux de revoir l’ancien président des supporters Gabriel Carvalho qui a été décoré par le PCA Me Roger OUEGNIN. J’ai aussi apprécié la décoration des sages du club. Mais plus que tout, je suis heureux de savoir que Me Roger OUEGNIN ait décidé de prendre en main les rênes du CNACO. Cela nous permettra d’être en relation directe avec lui.

 

A quand remonte cette passion de KOFFI Pokou Raymond pour l’ASEC Mimosas ?

J’ai commencé a aimé l’ASEC Mimosas depuis 1966, au temps des Jean KEITA, N’KO Lazare, BAZO Christophe, YOVAN Dominique et autres. A cette époque, et même étant à l’école primaire à Bouaké, je trouvais les moyens de venir à Abidjan pour suivre les matchs de l’ASEC Mimosas.

 

Comment vous preniez-vous pour venir suivre les matchs à Abidjan ?

Lorsque j’avais la programmation d’un match de l’ASEC Mimosas, généralement les jeudis, à 14h, au Stade Félix HOUPHOUËT-BOIGNY, j’inscrivais mon nom dans « le cahier de malades » de l’école. Ainsi le jeudi, muni de ma carte de train et en ma qualité de fils de cheminot, je prenais le train gratuitement pour rallier Abidjan. Je ne manquais pas de sous parce que j’avais une parcelle de plantation d’ignames offerte par mon arrière-grand-mère (KOFFI Aya) qui m’en procurait, après chaque récolte. Et cet argent était uniquement réservé à l’ASEC Mimosas.  Après le match, je rentrais aussitôt à Bouaké. Comme justificatif, je disais à la maison que j’avais été puni à l’école. A l’inverse, je prétextais qu’une forte fièvre m’avait retenu à la maison. Mon amour pour l’ASEC Mimosas ne m’a pas donné le temps et l’envie de rechercher un emploi. J’ai 3 garçons et une fille. Mais l’ASEC Mimosas est mon 5e enfant. De 1990 à 1997, je prenais en compte 49 personnes pour leurs déplacements au Stade, lors des matchs de l’ASEC Mimosas. 

 

Paraît-il que vous ne ratez aucun numéro du Magazine Mimosas depuis ce temps…

Exactement, j’ai tous les numéros du magazine ASEC Mimosas Les Enfants s’amusent. Et, ils ne sont pas à partager. J’ai en ma possession 7 sacs de 50 Kg, contenant rien que mes journaux. Dans les années 1990, j’ai surnommé ce magazine « La bible». Parce que, chaque Actionnaire doit s’assimiler à un religieux qui a toujours sa bible ou son coran. Je ne peux pas m’en passer, même en périodes de disgrâce de l’équipe. Il est inconcevable pour moi qu’un Actionnaire n’ait pas son journal de la semaine.

 

Vous avez aussi la particularité d’avoir assisté à toutes les finales de l’ASEC Mimosas en Coupe nationale disputée un 6 août…

Effectivement ! A quelques jours des festivités, je déposais ma valise dans la ville hôte, chez le Préfet, pour attendre le jour du match. Lorsque la date de l’indépendance a été décalée du 7 août au 7 décembre, en 1975, Dimbokro a abrité les festivités. Je me suis rendu dans cette ville, le 1er décembre avec une somme de 300.000F CFA. Avec cet argent j’ai acheté de nombreux tee Shirts «Jaune et Noir » pour les distribuer et mobiliser le maximum de supporter pour l’ASEC Mimosas.

 

Quels sont vos plus grands souvenirs de supporter de l’ASEC Mimosas ?

Il y en a plusieurs, mais j’évoquerai trois. D’abord celui de 1981. L’ASEC Mimosas était allée tenir en échec (0 -0) le Canon de Yaoundé du grand gardien de but Thomas N’KONO, de Jean Manga ONGUENE et de WOLE Wolé, au Stade Ahmadou Ahidjo de Yaoundé. Elle avait en son sein des joueurs tels que le ghanéen Justice MOORE et le gardien de but KOFFI Kouadio. Au match retour, malgré ma modeste situation, j’ai pris place dans la loge d’honneur avec un ticket de 10.000F CFA, auprès des grands dirigeants du football. Ce jour-là je n’ai pas regretté un seul instant. L’ASEC Mimosas a infligé un cinglant (3 – 1) à cette grande équipe du Canon de Yaoundé pour se qualifier pour les quarts de finale de la Coupe d’Afrique des clubs champions. 

Le deuxième se situe en 1992, lors du match retour des quarts de finale de la Coupe d’Afrique des clubs champions. L’Asante Kotoko avait pris le meilleur (1 – 2) sur l’ASEC Mimosas, au Stade FHB. A la fin du match l’entraîneur Philippe TROUSSIER, avec une certaine sérénité, avait dit que l’ASEC Mimosas renverserait la situation à Kumasi (au Ghana). Et c’est ce qui a été fait. L’ASEC Mimosas l’a remporté (2 – 3), au Stadium de Kumasi, pour une qualification historique en demi-finales de la compétition. Je n’ai malheureusement pas effectué le déplacement à Kumasi parce que j’avais été opéré d’une hernie la veille de ce match et j’ai pleuré de joie sur mon lit d’hôpital. 

Enfin, le troisième, c’était lors d’un match ASEC Mimosas – Enugu Rangers. Le président M’Bahia Blé KOUADIO, alors Ministre de la Défense avait mis un cargo militaire à la disposition des supporters désireux d’effectuer le voyage au Nigeria. J’avais dormi au Stade du GATL pour ne pas rater l’occasion. À ce moment, on n’invitait pas les supporters au Stade. La mobilisation était automatique et spontanée. Ce match a coïncidé avec la retraite du gardien de but Jean KEITA. Nous avons été fort surpris de voir ce jour, une révélation, le jeune gardien de but, GOHI Marc qui a vraiment assuré et permis à l’ASEC Mimosas de se qualifier.