Interview/ Pascal THÉAULT (Directeur de Académie MimoSifcom) :

« Encore beaucoup de travail à faire »

Après la 4e édition du Tournoi International du District d’Abidjan (TIDA) qui a vu l’Académie MimoSifcom enlevée la 3ème place, Pascal THÉAULT, le Directeur de cette académie revient sur le parcours des joueurs Mimosas. Malgré la prestation de ses poulains qu’il qualifie de moyenne et insuffisante, Pascal THÉAULT retient les points positifs de ce tournoi.

La 4e édition du TIDA a pris fin le mercredi dernier par la victoire finale d’Ivoire FC qui détrône l’Académie MimoSifcom. Quelle analyse faites-vous de cette édition ?

Je pense que le TIDA de cette année était d’un niveau légèrement inférieur aux précédentes éditions. Beaucoup d’équipes arrivent avec des joueurs trop âgés. Cela ne correspond pas aux objectifs de ce tournoi, à vocation internationale, qui restent de présenter aux recruteurs étrangers les (vrais) talents de demain. J’ai travaillé 7 ans au Maroc et je constate aujourd’hui les bienfaits d’une vraie formation chez les jeunes et ce, depuis maintenant une décennie. Finaliste des deux dernières éditions, cela prouve que l’on présenter des vrais joueurs U18 et pratiquer un football de qualité tout en obtenant des résultats. En sachant qu’en faisant jouer ces vrais jeunes ces derniers se forment, progressent et emmagasinent de l’expérience. Le Maroc performe actuellement sur les différentes compétitions : champion’s League, Coupe de la Confédération, CAN et Coupe du monde. Du TIDA 2015, deux ou trois joueurs marocain iront au mois de juin en Russie. L’avenir footballistique d’un pays dépend beaucoup de la qualité de sa formation. Et la vraie formation paye toujours.

 

L’Académie MimoSifcom a fait un sans-faute en match de poules, c’est à croire qu’elle était bien partie pour se succéder a elle-même ?

Non elle n’était pas bien partie parce que nos deux premiers matchs ont été faibles, le troisième était de bonne qualité, 4 à 1 face au FC San-Pedro. Le premier match c’est une victoire (1-0) à l’arrachée, on doit mettre six ou huit buts. Le deuxième match (2-0), on peut même prendre un penalty à la dernière minute et ça aurait pu faire 2-1. Donc non on n’était pas bien parti dans ce tournoi et on ne l’a pas bien fini non plus parce que sur nos deux derniers matchs on ne marque pas de but, le but inscrit dans le match pour la troisième place est un but contre son camp. En réalité on ne marque que trois buts dans les deux premiers matchs et zéro but dans les deux derniers. On est donc déçu par le résultat final parce qu’on doit et on a les moyens de faire beaucoup mieux. A l’Académie MimoSifcom nous ne sommes pas là pour nous contenter de finir sur le podium mais pour faire les plus belles prestations possibles. Et on joue mieux, on met plus de buts et on gagne plus de matches.

 

Qu’est-ce qui pourrait expliquer ces prestations de vos joueurs et leur élimination en ½ finale ? 

Le match contre le Maroc est beaucoup trop médiocre. C’est un match qu’on domine à plus de 85% dans la possession de balle et dans la possession du terrain. Après une entame de match un peu correcte et quatre-vingt minutes de domination, on se rend compte que le gardien adverse n’a fait qu’un seul arrêt. Tout est dit dans ces chiffres. Cela signifie qu’on a une maitrise totale dans le jeu, une énergie totale, une domination totale mais à l’arrivée on a une seule occasion très nette que le gardien sauve. Donc je dirai que ce qui nous a énormément manqué lors de ce tournoi surtout contre l’équipe marocaine (Ndlr: Académie Mohamed VI) en ½ finale, c’est tout ce qui concerne le domaine dans la zone de finition c’est-à-dire l’avant dernière passe, la dernière passe, le dernier centre, la dernière reprise, notamment de la tête. On n’est pas du tout performant dans ce domaine-là. Le seul regret que l’on a c’est que sur le but marocain on a deux joueurs marocains qui sont hors-jeu de 80 cm voire un mètre. Et quand on est mené, il y a de l’énervement, il y a de l’affolement, il y a de la panique chez nos jeunes et les défaillances psychologiques se sont dévoilées au grand jour. Là aussi il y a énormément de travail à faire dans les mois à venir.

 

Comment comptez-vous résoudre ce problème de finition de vos joueurs ?

Ce qui m’inquiète le plus c’est que ce n’est pas seulement un problème technique. Nous avons des joueurs à la bonne technique, nous avons une équipe très offensive c’est donc une fois encore sur l’énervement, la non maitrise de soi et sur l’absence totale de sang-froid. On a également d’énormes problèmes de choix, donc dans nos contenus de travail ce sont des leçons qu’il ne faudra pas oublier. Gagner des matches au haut niveau c’est faire des centres au bon endroit, le bon une-deux dans la surface, le bon dosage de la passe décisive pour permettre au buteur d’avoir en toute tranquillité une justesse technique, une assurance technique.

 

Comment avez-vous trouvé la prestation du duo d’entraîneur KOUADJO Félix et N’Dri KOFFI Romaric en charge de cette équipe de l’Académie MimoSifcom ?

Ce sont deux jeunes entraineurs avec des profils très différents qui ont bien préparé et accompagné depuis cette équipe. Je me souviens que lors de mon premier passage ici ceux qui coachaient l’équipe lors des grands tournois s’appelaient AMANI YAO et Gigi. J’en oublie peut-être un ou deux autres mais mon expérience me dit que pour Félix et Romaric le chemin est beau, le chemin est bon. En formation de joueurs on n’est pas lié forcément aux résultats immédiats. Ce genre de prestations et de déceptions est également un apprentissage, cela rentre dans le bagage des joueurs, de l’encadrement technique et même du directeur de l’Académie. Pour tous les acteurs (joueurs et encadreurs) le vécu reste nécessaire et indispensable : « on gagne ou on apprend… »

 

Pendant le Tournoi, vous avez convié l’équipe Marocaine à un déjeuner. Quel sens donnez-vous à cette invitation ?

Cela est indispensable parce que le football des jeunes ce n’est pas la guerre. C’est un tournoi international, c’est d’abord le rassemblement des peuples, des races, c’est la fraternité, c’est l’entraide, c’est le partage. En milieu de tournoi lorsqu’il y a deux jours de repos comme on a eu, il y a des valeurs qui nécessitent que les enfants deviennent des amis pour la vie, même s’ils sont des concurrents dans les matches d’avant et les matchs d’après. Il faut bien dissocier les choses, nous ne sommes pas dans le monde des adultes. Nous sommes dans le football des jeunes et dans le football des jeunes il y a le côté éducatif. Pour les participants des années plus tard, le meilleur souvenir ce n’est pas le score du match, ce sont les relations humaines que vous vous créez avec d’autres personnes.

 

Au cours de ce déjeuner, l’Académie MimoSifcom a reçu une invitation à participer à un tournoi au Maroc. Pourrions-nous avoir les détails à ce sujet ?

C’est exactement ce que je viens de vous dire. Le travail paie toujours et les fruits tombent un jour. Le fruit ce n’est pas seulement se rencontrer et se mettre des coups lors d’un match mais c’est également tisser des liens d’amitié entre les jeunes, entre les staffs techniques et entre les directeurs. Tous seuls chez nous dans notre bulle de Sol Beni nous ne sommes rien du tout. Il faut qu’on sorte de chez nous et pour sortir il nous faut de l’aide, il nous faut des financements. Grâce aux amitiés entretenues entre les hommes, il y a des invitations mutuelles.  Et nous sommes invités à un grand tournoi à Rabat. Je me félicite de ces rapports conviviaux et amicaux, le foot, ça sert d’abord à cela.

Pour terminer coach, pouvez-vous nous donner un aperçu du programme de fin d’année de l’Académie MimoSifcom ?

Nous allons avoir 15 jours de repos bien mérités à la trêve de noël et à notre retour nous allons planifier nos actions. On a une tournée à faire au Ghana en février, nous avons de bonnes invitations du côté du Maroc, de la Chine, de la Suède et de la France. C’est donc un menu très copieux qui attend les techniciens et leurs jeunes joueurs pour la deuxième partie de la saison. 

Il faut également savoir que l’Académie MimoSifcom, malgré la déception du résultat final, a réalisé de loin la meilleure impression par rapport aux organisateurs et aux recruteurs, notamment européens. Malgré cette troisième place, nous avons huit joueurs aujourd’hui qui sont demandés en stage. C’est quelque chose qu’il faut préciser parce que ce genre de grands tournois internationaux sont d’abord fait pour ça. Mettre nos jeunes talents en valeur et leur permettre de sortir et avoir la chance de leur vie.