Interview… ZAN Lou Marie (Actionnaire) SALON DES ACTIONNAIRES :

« L’ASEC Mimosas est mon premier mari »

«Le Salon des Actionnaires», nouvelle saison sur RJN, a ouvert ses portes le week-end dernier avec comme invitée Madame ZAN Lou Marie dite Tantie Marie. Cette icône de l’ASEC Mimosas qui s’est donnée corps et âme à sa famille sportive est venue partager sa passion pour le club avec les auditeurs de la première radio sportive de Côte d’Ivoire. Nous vous proposons de larges extraits de ses échanges avec Clément DIAKITE, l’animateur.

Que devient Tantie Marie?

Je suis toujours dans la restauration. Je tiens un maquis-restaurant devant mon domicile, à Yopougon, non loin du 16e arrondissement. Mais je demeure au service de mon club de cœur, l’ASEC Mimosas, parce qu’il m’est impossible de vivre sans lui. Je ne peux pas accepter de me faire relater les activités de l’ASEC Mimosas. J’étais d’ailleurs au stade Robert Champroux dernièrement, pour suivre l’entrée en lice de mon équipe en Ligue 1.

 

Quelle impression vous a fait cette équipe de l’ASEC Mimosas cuvée 2017-2018?

Nous avons perdu ce premier match, mais l’équipe a eu une bonne prestation. Elle m’a rappelé l’ASEC Mimosas des Enfants s’amusent avec le jeu à une touche de balle. J’ai foi que cette équipe remportera un deuxième trophée de la Ligue des champions pour le club.

 

Pour vous qui avez vu de nombreux présidents se succéder à la tête de l’ASEC Mimosas, quelle est votre opinion sur le PCA actuel, Me Roger OUEGNIN?

Je suis très fière et heureuse d’avoir Me Roger OUEGNIN comme président. Aucun Président de club en Afrique n’a encore égalé le travail qu’il a abattu à la tête de l’ASEC Mimosas. Mieux, il continue d’avoir des projets pour l’ASEC Mimosas. Bientôt, Gboro Gbata verra le jour. Une chose est d’avoir des idées, mais une autre est de les concrétiser. Il doit être félicité et encouragé parce qu’il fait le bonheur du football ivoirien et africain.

 

Comment êtes-vous devenue supportrice de l’ASEC Mimosas?

Je vis ma passion pour l’ASEC Mimosas depuis ma tendre enfance. Nous habitions dans la commune du Plateau, non loin du Stade Félix HOUPHOUËT-BOIGNY. Lorsque l’ASEC Mimosas y tenait ses séances d’entraînement, je disparaissais de la maison pour y assister. Cela irritait beaucoup mon père qui trouvait inadmissible qu’une fille s’intéresse au football. Mais par mon entêtement, je lui ai imposé mes convictions pour qu’il devienne lui aussi supporter de l’ASEC Mimosas. J’ai aimé davantage cette équipe parce qu’il y avait des joueurs comme GOHI Marc, IRI Bi Gohi Tostao, Pablo, N’GUESSAN Bernard, BOLOU Pierre qui étaient des frères de la même région que moi. Certaines personnes trouvaient incohérent que je sois de l’Ouest et en même temps supportrice de l’ASEC Mimosas. Tandis que d’autres soutenaient que je m’étais marié à l’ASEC Mimosas. Pire, mon fils a, à un moment donné, détesté l’ASEC Mimosas parce que je l’aurais abandonné pour ce club.

 

Comment êtes-vous parvenue à intégrer ce milieu de supporters considéré en son temps comme celui des hommes?

Cela s’est fait de façon naturelle. Les comités féminins ne m’ont pas vraiment intéressé parce que je trouvais qu’il y avait un peu trop de querelles. J’ai été de tous les combats de l’ASEC Mimosas aux côtés des hommes, faisant fi de tous les commentaires. J’ai travaillé en de bons termes avec ACHI Adouan Gilbert, le Président du CNA (le Comité National d’Action) et avec Gabriel CARVALHO (ancien dirigeant et Président des supporters). Je suis aujourd’hui membre de l’AAFAAM (Amicale des Anciens Footballeurs et autres Athlètes de l’ASEC Mimosas) et je me sens toujours bien dans le milieu des hommes.

 

Vous étiez pourtant membre du comité féminin créé en 1984 avec pour Présidente Mme KONAN Antoinette dite Mamie Koko…

Mamie Koko était une grande sœur avec qui j’avais une grande complicité. De dynamiques et braves Dames telles que BROU Cécille, OUEGNIN Marcelle, la sœur ainée du PCA Me Roger OUEGNIN, ACHI Caroline, l’actuelle 3e Vice-présidente du Conseil d’Administration, ADOU Berte et bien d’autres étaient membres de ce premier comité féminin. Il avait pour rôle de mobiliser les femmes afin d’aider à l’encadrement moral des athlètes de l’ASEC Mimosas, mais aussi d’organiser les manifestations du club. 

 

Quels mauvais souvenirs gardez-vous en tant que supportrice de l’ASEC Mimosas?

Lors d’un derby ASEC-Africa, à Bouaké, dans les années 1986-1987, alors que j’avais devancé l’équipe, j’ai été délogée de mon hôtel pour faire place à l’Africa Sport qui avait choisi cet hôtel comme base. Le comble, c’est que l’ASEC Mimosas avait perdu ce derby. J’étais très malheureuse parce que je venais de perdre doublement face à l’Africa Sport. J’ai également vécu difficilement le drame de la rencontre Asante Kotoko – ASEC Mimosas, en demi-finales de la Ligue des champions, en 1993. Je ne devais normalement pas effectuer le voyage à Kumasi. Mes filles avaient effectué le déplacement avec les supporters. Ironie du sort, je me suis retrouvée dans une voiture personnelle avec des amis sur le chemin du Ghana. Ça a été un vrai calvaire. Nous avons été dépouillés de tous nos biens. De retour à Abidjan, j’ai été boudé par mes sœurs qui me reprochaient d’avoir mis en danger leurs nièces, en l’occurrence Honorine et Chantal, mes deux filles qui continuent de militer à l’ASEC Mimosas. Pour finir, j’évoquerai également la finale ratée de la Ligue des champions le samedi 16 décembre 1995, face à Orlando Pirates d’Afrique du Sud. Nous nous étions saignés financièrement et physiquement pour mettre toutes les chances de nos côtés. Malheureusement, le résultat n’a pas été ce que nous espérions. A la fin du match, j’ai été très désagréable avec certaines personnes dont Louis SAMPA, l’un des dirigeants de l’Africa Sport d’Abidjan qui était pourtant un ami. Pour avoir voulu me remonter le moral, je lui ai craché au visage sans m’en rendre compte.

 

Les bons souvenirs avec le club jaune et noir sont certainement très nombreux. Mais le sacre continental en 1998 vous a sûrement fait oublier toutes les souffrances endurées…

Absolument. J’étais aux anges et encore plus fière d’être ASEC Mimosas. La fête s’est poursuivie jusqu’en famille. J’ai également en mémoire un match qui a opposé l’ASEC Mimosas à Divo, ma ville natale. Le match s’est soldé par une victoire historique de 12 buts à 0 avec 5 réalisations de Laurent POKOU et 5 autres de YORO Alphonse. C’est d’ailleurs après ce match que nous avons réussi à convaincre le général AKRAN Jean-Baptiste, alors joueur de l’AS Divo, à rejoindre l’ASEC Mimosas.