Interview...KONE Bakari dit Baky (Responsable de la Section football professionnel) :

« Donner le meilleur de moi-même à mon club »

Précédemment Conseiller sportif du PCA, Me Roger OUEGNIN, KONE Bakari dit Baky vient d’être nommé Responsable de la Section football professionnel de l’ASEC Mimosas. Dans cet entretien, KONE Bakari nous parle de ses nouvelles responsabilités et de ses projets. Interview.

– De Conseiller sportif du PCA, Me Roger OUEGNIN, la saison dernière, vous venez d’être nommé Responsable de la Section football professionnel. Comment qualifiez-vous cette nouvelle nomination?

– Cette nomination ainsi que les responsabilités qui en découlent sont la preuve de la confiance que le Président Roger OUEGNIN place en moi. Cela me fait plaisir. C’est à moi maintenant de répondre aux attentes du PCA. Je donnerai le meilleur de moi-même pour mériter sa confiance. Mon rôle de Responsable de la Section football professionnel est une officialisation du rôle que je jouais déjà, la saison passée, quand j’étais le Conseiller sportif du Président Roger OUEGNIN. J’assurais l’interface entre les joueurs et l’encadrement technique, entre les joueurs et les dirigeants et entre l’encadrement technique et les dirigeants. J’aurai donc à diriger la Section football professionnel en mettant en place un projet qui permettra un travail et une collaboration efficace entre l’équipe professionnelle et l’équipe réserve qui vient d’être créée. Car la nouvelle ambition du PCA est de faire en sorte que l’ASEC Mimosas reconquiert rapidement une deuxième Ligue des champions.

 

 

 

– Le poste de responsable de la Section football professionnel remplace celui de Président de ladite section qu’était tenu par l’actuel Président Délégué, Francis OUEGNIN. N’avez-vous pas d’appréhension à succéder à un monument comme lui?

– Le Président Francis OUEGNIN n’est pas parti de la Section football professionnel. Il est toujours là. Et il est toujours Président. Je ne suis que le Responsable de cette section. Je ne lui succède donc pas. Je marche dans ses pas pour apprendre à ses côtés et apporter mon expérience du football professionnel à mes cadets.

 

 

– La saison dernière, votre arrivée était très attendue en tant que joueur pour remettre votre talent au service de l’équipe. Mais vous avez laissé les Actionnaires sur leur faim en revêtant plus le manteau de dirigeant que celui de joueur puisque vous n’avez disputé finalement que quelques bouts de match. Peut-on connaître les raisons de ce choix?

– Je suis arrivé à l’ASEC Mimosas avec l’idée de donner le meilleur de moi-même sur le terrain comme en dehors du terrain. C’est avec beaucoup de plaisir que j’ai disputé quelques matches de Ligue 1, de Coupe de la Ligue et de Coupe nationale. Mais ce n’était pas vraiment mon objectif. En ces rares occasions, j’ai plutôt recherché le plaisir et j’ai voulu en donner au public. Je répète que mon objectif premier était d’apporter mon expérience professionnelle à la famille mimosas pour l’aider à remporter de nouveau la Ligue 1. Cet objectif est atteint. J’en suis très heureux. Je suis parti en 2002 de l’ASEC Mimosas sur un titre de champion de la Ligue 1. Je reviens et j’arrête la compétition avec un autre titre de champion dans la même compétition. Pour revenir à votre question, le fait de porter à la fois le manteau de joueur et de dirigeant m’a permis de cerner les problèmes à ces deux niveaux. Nous avons pu en parler pour trouver des solutions et créer l’harmonie entre les joueurs et les dirigeants, entre les encadreurs et les joueurs, entre les dirigeants et les encadreurs. Il fallait bien gérer cet aspect humain qui est très délicat. On a su le faire et l’équipe a pu donner le maximum pour remporter le titre de champion de la Ligue 1 qui fuyait l’ASEC Mimosas depuis 6 ans. Ce fut une expérience très enrichissante.

 

 

 

– Vous vouliez prendre du plaisir et le partager sur le terrain avec vos coéquipiers, mais également en donner au public dans les tribunes et à la télévision. Cela n’aurait-il pas dû vous motiver à jouer davantage de matches avec l’ASEC Mimosas?

– Je savais que tout le monde m’attendait sur le terrain. Je suis parti de l’ASEC Mimosas vers fin 2002. Cela fait 15 ans aujourd’hui. Il est évident que le Baky KONE d’il y a 15 ans n’est plus le même aujourd’hui. Je savais que je serais plus utile auprès de l’équipe, mais plus en dehors du terrain que sur la pelouse. Et c’est ce que j’ai fait. On ne peut donc pas dire que les Actionnaires sont restés sur leur faim puisque nous sommes champions de Côte d’Ivoire.

 

– Qu’est-ce qui, selon vous, a permis finalement à l’ASEC Mimosas de remporter la dernière Ligue 1?

– C’est le professionnalisme, la constance dans la performance, le respect des couleurs de l’ASEC Mimosas et des règles qui régissent ce club qui ont permis de décrocher ce titre. Il a fallu rester leader de la Ligue 1 durant 21 journées sur 26 pour obtenir ce sacre. Pour cela, il a fallu un groupe uni décidé à atteindre cet objectif et qui a beaucoup donné pour y arriver. Je suis un enfant de la famille. Je sais que c’est l’esprit de famille, la culture de la gagne, l’amour des couleurs jaune et noir qui font la force de notre club. Tout cela m’a été enseigné, inculqué et je veux, à mon tour, transmettre cela aux jeunes générations.

 

– Youssouf FOFANA, une ancienne gloire du club, avait occupé le poste de Directeur sportif de l’ASEC Mimosas. Aujourd’hui, vous occupez celui de Responsable de la Section football professionnel. En plus, le Président Roger OUEGNIN continue de confier l’encadrement technique de l’ASEC Mimosas aux anciens joueurs du club. Que pensez-vous de cette politique?

– Le Président Roger OUEGNIN est un visionnaire. Il est aussi le bâtisseur de l’ASEC Mimosas d’aujourd’hui. Grâce à sa vision des choses, notre club fonctionne dans le même esprit que le Bayern Munich. Le Président Roger OUEGNIN permet aux anciens joueurs du club de revenir mettre leur expérience au service de l’ASEC Mimosas. Il n’y a rien de plus beau que de voir des enfants entretenir l’esprit de leur famille et travailler pour le bien de celle-ci. Lorsqu’un ancien joueur, qui aime profondément l’ASEC Mimosas et connaît bien ses valeurs, revient le servir, il donne tout pour que le club brille de mille feux. C’est ce que le PCA a compris.

 

– Et si nous parlons du phénomène BANCE Aristide? Pensez-vous que son passage à l’ASEC Mimosas après une riche expérience professionnelle fera tache d’huile et qu’il sera imité par d’autres?

– Je voudrais profiter de cette interview pour féliciter et remercier Aristide BANCE. C’est un garçon qui a beaucoup de qualités humaines et sportives. Les choses n’ont pas été faciles pour lui quand il a décidé de signer à l’ASEC Mimosas. Je suis content de l’avoir convaincu à le faire. Sa venue a été très positive pour notre équipe. Il s’est fondu dans le groupe. Il a été très respectueux de toutes nos valeurs. Cela a été payant pour lui au vu de la formidable saison qu’il a connue tant sur le plan collectif qu’individuel. Aristide BANCE a joué et a brillé à l’ASEC Mimosas. Il est parti pour la CAN 2017 au Gabon où il a brillé aussi avec les Etalons du Burkina Faso. Il en est revenu et il a été distingué meilleur joueur et meilleur buteur de la Ligue 1. Il a même reçu le Prix spécial de la Ligue Professionnelle de Football pour son humilité et pour avoir redonné de l’intérêt à la Ligue 1. Aristide BANCE a ouvert une porte pour tous les autres footballeurs africains qui n’arrivent plus à rebondir en Europe. Ceux-là devraient penser à revenir dans leur pays pour relancer leur carrière. En Europe, quand on reste 6 mois sans club, il devient quasiment impossible d’en trouver un pour se relancer. Alors qu’en revenant en Côte d’Ivoire, ces joueurs trouveront des clubs pour rejouer et repartir de bons pieds. En plus aujourd’hui, avec Canal Plus qui retransmet les matches de la Ligue 1 ivoirienne, cela donne une plus grande visibilité à notre football et à ses joueurs. Si d’autres footballeurs africains qui évoluent en Europe suivent l’exemple d’Aristide BANCE, cela va rehausser le niveau de notre football. Maintenant, il faudrait que la visibilité qu’offre Canal Plus permette une meilleure organisation de ce sport et apporte beaucoup plus de moyens à nos clubs pour retenir les talents et en attirer d’autres.

– Il y a d’une part, les footballeurs africains qui ont du mal à trouver des clubs en Europe et qui hésitent à revenir et d’autre part, les jeunes footballeurs ignorant les difficultés du milieu professionnel européen qui ne pensent qu’à partir pour le Vieux continent ou en Asie dans l’espoir de gagner rapidement beaucoup d’argent. Que pouvez-vous dire à ces derniers?

– Personne ne peut empêcher un jeune footballeur de partir pour l’Europe. Le conseil que je peux donner, c’est de ne pas partir pour partir. Il faut le faire dans de bonnes conditions. Sinon, nos jeunes talents seront confrontés à de grosses difficultés qui pourront briser leur carrière. Partir dans de bonnes conditions, c’est d’être demandé par un club d’Europe ou d’Asie qui suit la procédure normale en s’adressant au club du joueur qu’il souhaite enrôler en ces termes : «J’ai vu votre joueur. Il m’intéresse. Je voudrais le recruter. Quelles sont vos conditions?» Lorsque c’est le cas, le jeune footballeur qui aspire à partir aura plus de chance de négocier un bon contrat. Or que voyons-nous aujourd’hui ? Il existe beaucoup de pseudo-agents de joueurs qui brisent la carrière des jeunes. Lorsqu’ils découvrent un enfant qui a du talent, ils rencontrent ses parents, leur font signer des documents pour devenir l’agent de leur fils. Ils disent aux parents qu’ils ont des contacts avec des clubs européens ou asiatiques et qu’ils peuvent aider leur enfant à être recruté par l’un d’eux. Alors qu’en réalité, ils n’ont aucune entrée sérieuse dans un club d’Europe ou d’Asie. Ils n’ont parfois que de petits contacts pour faire faire des essais aux jeunes. Le risque dans les essais, c’est que si un ou deux premiers tests ne marchent pas, cela ferme ensuite toutes les autres portes. Les clubs sont en relation entre eux. Ils se renseignent auprès des uns et des autres pour savoir pourquoi tel club n’a pas recruté tel joueur qu’on leur propose. Le plus souvent, avant même qu’un joueur ne fasse un autre essai, son sort est déjà scellé parce qu’on a des préjugés sur lui. Il faut qu’on explique cela aux jeunes qui rêvent d’une carrière professionnelle en Europe ou en Asie. L’attitude des agents de joueurs me fait beaucoup de peine. Ils ne pensent qu’à se faire rapidement de l’argent, mais pas à l’intérêt et au bien-être des jeunes qu’ils sont censés aider. Nous qui avons beaucoup de vécu dans le football professionnel européen et asiatique devons expliquer ces cruelles réalités à nos jeunes. C’est même un devoir de le faire. Après cela, chacun peut prendre ses responsabilités.

 

 

 

– Comment qualifiez-vous le niveau du football ivoirien?

– Il est bon et on trouve encore beaucoup de joueurs de qualité dans nos équipes. En plus de l’ASEC Mimosas, on a vu que le WAC, l’AS Tanda, l’Africa Sports, le Séwé Sport, l’AFAD, la SOA, l’ASI d’Abengourou sont de très bonnes équipes avec de bons joueurs dans leurs rangs. Maintenant, il va falloir concrétiser cela en aidant nos clubs engagés dans les compétitions africaines à accéder au moins aux phases de poules ou à remporter soit la Ligue des champions, soit la Coupe de la Confédération. Pour cela, il faudra penser à bien programmer leurs matches dans nos compétitions nationales. Or aujourd’hui, les choses sont telles que nos représentants africains sont obligés de faire des choix au niveau local. Sinon, ils risquent de tout perdre parce qu’ils se retrouvent en train de disputer 3 matches chaque semaine, là où leurs adversaires ne disputent qu’un match par semaine ou parfois un toutes les deux semaines. Si nous arrivons à corriger cela, le niveau de notre football va s’améliorer. Les meilleures écuries tireront les moyennes vers le haut et nos représentants seront très performants sur l’échiquier continental.

 

– Comment avez-vous vécu la saison qui vient de se refermer et à l’issue de laquelle l’ASEC Mimosas a remporté son 25e titre de champion de Côte d’Ivoire?

– Ce fut une saison passionnante, pleine de rebondissements, de stress aussi, mais avec au bout un merveilleux sacre en championnat national.

 

– Quelle organisation comptez-vous mettre en place pour réussir votre nouvelle mission?

– C’est une organisation dont les bases ont été déjà jetées la saison dernière. Les joueurs passaient par moi pour exposer leurs préoccupations à l’encadrement technique afin d’éviter des incompréhensions qui pouvaient perturber le groupe. J’assurais également l’interface entre les encadreurs techniques et les dirigeants. Maintenant, il va falloir améliorer ce fonctionnement et aider la Section football professionnel à être plus performante à tous les niveaux.

 

 

 

– Que pensez-vous de la nomination d’AMANI Yao au poste d’entraîneur principal de l’ASEC Mimosas et de son projet du beau jeu?

– Avoir AMANI Yao Lambert César comme entraîneur principal est une très bonne chose. Il a fait ses preuves à l’AFAD, à l’AS Tanda et avec les différentes sélections nationales des jeunes. Son projet de jeu cadre avec la philosophie de l’ASEC Mimosas. Mais il ne servira à rien de bien jouer si les victoires ne suivent pas. C’est pourquoi, il faudra mettre à la disposition d’AMANI Yao des guerriers, des joueurs de talent qui ont faim, qui ont de l’ambition, qui ont envie de prouver. Quand on a de l’envie, on peut réussir de grandes choses sur un terrain de football. Ce sont des joueurs de ce profil qu’il faudra à AMANI Yao Lambert César pour réaliser son projet de jeu. L’ASEC Mimosas est un grand club avec une grande équipe de football. Je ne promets rien, mais vous verrez une équipe complètement différente, la saison prochaine.

 

Quelle sera cette différence ?

– Vous la verrez.

 

 

 

– Quel est votre objectif dans votre nouveau rôle?

– C’est d’aider le club à remporter la Ligue 1 durant plusieurs saisons d’affilée, mais surtout à remporter de nouveau la Ligue des champions de la CAF dans quelques années. Pour cela, nous aurons besoin des Actionnaires. Il faut qu’ils croient en notre projet, qu’ils nous soutiennent et qu’ils se rendent au stade pour encourager leur équipe au stade. Nous ferons tout pour leur donner du plaisir en remportant beaucoup de lauriers au niveau national et continental.

 

– Votre mot de fin?

– Je remercie le PCA de l’ASEC Mimosas, Me Roger OUEGNIN, pour la confiance qu’il place en moi et je dis aussi merci à tous pour le 25e titre de champion de Côte d’Ivoire de l’ASEC Mimosas. Nous continuerons de travailler pour que les prochaines saisons soient chaque fois meilleures que les précédentes.

 

Interview réalisée par KONE Ismaël, Rédacteur en Chef du Magazine ASEC Mimosas