INTERVIEW... AMANI Yao Lambert César (Entraîneur principal de l’ASEC Mimosas) :

« Je suis un adepte du beau jeu »

 

 

 

AMANI Yao Lambert César, le successeur de TRAORE Siaka dit Gigi à la tête de l’encadrement technique de l’ASEC Mimosas, nous a accordé une interview exclusive dans laquelle il parle des conditions de sa venue, des difficultés rencontrées par l’équipe de la saison dernière, de sa philosophie de jeu et de ses attentes. Interview.

 

– Pourriez-vous nous retracer votre parcours de technicien qui vous a conduit aujourd’hui au poste d’entraîneur principal de l’ASEC Mimosas?

– J’ai commencé le métier d’entraîneur à l’Africa Sports d’Abidjan dont j’ai dirigé l’encadrement technique durant 6 mois, en 1997. Puis, je suis passé tour à tour au Séwé Sport de San Pedro en janvier-février 1998, à la RFC Daoukro pendant 1 an et demi, à l’ASEC Mimosas où j’ai été l’adjoint de Michel DECASTEL en 2001 et 2002, à l’Académie MimoSifcom où j’ai suivi une véritable formation d’entraîneur de football auprès de Pascal THEAULT, l’actuel Directeur Général dudit centre de formation de l’ASEC Mimosas durant 6 ans. Après l’ASEC Mimosas, j’ai fait partie de l’encadrement technique des cadets et juniors des Eléphants de Côte d’Ivoire de 2006 à 2009 aux côtés de KONE Tchègbè, puis d’Alain GOUAMENE. En 2009, j’ai démissionné de la FIF pour m’occuper de l’encadrement technique de l’AFAD qui évoluait en Ligue 2. La même année, nous sommes montés en Ligue 1. Avec l’AFAD, j’ai été vice-champion de Côte d’Ivoire en 2011 et en 2013. En 2013, j’ai été le sélectionneur national des juniors pendant 10 mois. J’ai démissionné encore de la FIF pour reprendre en main l’encadrement technique de l’AFAD en 2014, puis en 2015. En 2016, j’ai été champion de Côte d’Ivoire avec l’AS Tanda. Et cette année, je suis revenu à l’ASEC Mimosas en tant que Coordonnateur Technique avant d’être nommé entraîneur principal la semaine passée.

 

– Vous succédez à TRAORE Siaka dit Gigi qui vient de remporter le titre de champion de Côte d’Ivoire. N’est-ce pas une succession un peu difficile dans la mesure où il faudra faire aussi bien sinon mieux que votre prédécesseur?

– D’une certaine manière, j’ai contribué à l’acquisition de ce titre. J’ai vu comment TRAORE Siaka dit Gigi a souffert durant la saison dernière malgré la présence d’une star comme BANCE Aristide qui a véritablement tiré le groupe vers le haut. Je m’attends aussi à faire face à de grandes difficultés. En football, rien n’est facile, mais il n’y a rien d’impossible dans ce domaine quand on travaille. La succession de Gigi sera un grand défi, car il faudra conserver notre titre de champion et faire mieux en Ligue des champions. Pour cela, j’aurai besoin du soutien de tout le club parce que je ne suis pas un magicien.

 

 

 

 

«L’état d’esprit du groupe et la présence de BANCE Aristide ont été déterminants dans la reconquête du titre de champion de Côte d’Ivoire.»

 

– Quelles ont été les difficultés rencontrées par Gigi, selon vous?

– Il y avait d’abord la qualité moyenne de l’effectif, puis les problèmes de blessures récurrentes. L’équipe a reposé sur 7 ou 8 joueurs qui ont pratiquement joué tous les matches parfois sur une jambe pour certains. Je pense à AKASSOU, BARESI, DIARRASSOUBA, BANCE, N’GOUAN, AKA, ANGBANDJI. Ce ne fut pas facile vu que nous jouions sur quatre tableaux à savoir la Ligue 1, la Coupe nationale, la Coupe de la Ligue et la Coupe de la Confédération. Il n’y avait pas de concurrence pour maintenir les joueurs en éveil. Heureusement que nous avons finalement reconquis le titre de champion de Côte d’Ivoire qui était notre objectif principal.

 

– Quels ont été les points positifs qui ont permis à l’équipe de reconquérir le titre de champion de Côte d’Ivoire?

– C’est incontestablement l’état d’esprit exceptionnel du groupe. Quand nous avons été éliminés de la Coupe d’Afrique, de la Coupe de la Ligue et de la Coupe nationale, nous avons mobilisé toutes nos énergies pour reconquérir le titre de champion de Côte d’Ivoire. Il y a eu aussi la présence de BANCE Aristide. Il est arrivé comme un messie, il s’est fondu dans le groupe, il a rassuré l’équipe et a tiré ses camarades vers le haut. L’état d’esprit des joueurs et la présence de BANCE ont été déterminants. Il y a eu aussi des moments où, après des contreperformances, nous nous attendions à de grosses colères du Président Roger OUEGNIN. Mais quand il venait parler à l’équipe à Sol Béni, il rassurait tout le monde et demandait de continuer à y croire et à se battre pour remporter la Ligue 1. A partir de là, les joueurs se disaient que si le Président y croyait toujours, ce n’était pas à eux de baisser les bras. L’attitude du PCA a décuplé la motivation de l’équipe.

 

– Comment avez-vous vécu la saison écoulée?

– Ce fut une saison riche en émotions et en enseignements. Nous sommes passés alternativement de l’espoir au doute puis du doute à l’espoir avec à la clé un titre de champion de Côte d’Ivoire qui fait énormément plaisir. C’est pour cela que je tire mon chapeau à Gigi pour avoir su conduire son groupe moyen à ce titre.

 

«Si les dirigeants font en sorte que les anciens joueurs servent l’ASEC Mimosas à tous les niveaux, le club pourra entretenir son esprit et son identité comme le Bayern Munich. Il faut penser à préparer la relève avec les anciens.»

 

– Que pensez-vous de cette politique du Président Roger OUEGNIN qui pense, depuis toujours, à confier l’encadrement technique aux anciens joueurs du club?

– Je pense que c’est une très bonne politique que mène le Président Roger OUEGNIN en confiant l’encadrement technique de l’équipe professionnelle aux anciens joueurs du club. Ceux qui ont servi l’ASEC Mimosas en tant que joueurs sont les mieux placés, quand ils deviennent entraîneurs, pour véhiculer l’état d’esprit et la philosophie de jeu auprès des jeunes générations. Il est bien aussi comme le fait le Président Roger OUEGNIN de rapprocher les anciens joueurs de l’équipe comme il l’a fait avec KONE Bakari dit Baky qui vient d’être nommé Responsable de la Section football professionnel. J’éprouve un grand plaisir à revoir d’autres anciens tels que N’DRI Koffi Romaric et BEUGRE Ahiba Hermann venir faire du tennis-ballon à Sol Béni. Si les dirigeants font en sorte que les anciens joueurs servent l’ASEC Mimosas à tous les niveaux, le club pourra entretenir son esprit et son identité comme le Bayern Munich. Il faut penser à préparer la relève avec les anciens.

 

 

– Vous êtes arrivé dans l’encadrement technique comme Coordonnateur Technique entre l’Académie MimoSifcom et l’équipe professionnelle, puis vous vous êtes retrouvé sur le banc et aujourd’hui, vous êtes nommé entraîneur principal. On voit que c’est un processus qui vous a conduit à ce poste…

– Les choses ont quasiment été ainsi pour tous les anciens joueurs du club que le Président Roger OUEGNIN a nommé entraîneur principal. Que ce soit pour MANGLE Eustache, ZARE Mamadou, KONAN Yoboué, AKA Kouamé Basile, GOUAMENE Maxime, TRAORE Siaka dit Gigi et pour moi-même aujourd’hui, le processus a été le même pour chacun de nous. Nous avons tous été d’abord des adjoints avant de devenir l’entraîneur principal de l’ASEC Mimosas.

 

«Quelles que soient les qualités d’un entraîneur, il ne peut jamais obtenir de grands résultats s’il n’a pas de bons joueurs. Il nous appartient de trouver ces bons joueurs pour produire le beau football efficace que nous souhaitons.»

 

– Les Actionnaires ont accueilli favorablement votre nomination. Que leur promettez-vous?

– Je sais que les Actionnaires attendent beaucoup de moi. Je suis un adepte du beau jeu comme eux. Nous allons travailler beaucoup dans ce sens pour construire d’abord le meilleur effectif possible afin de produire du beau football et gagner nos matches. Je rappelle encore que la saison dernière, nous avons énormément souffert à cause de la qualité moyenne de notre effectif. Pour bien jouer, il faut de bons joueurs. Je suis conscient du poids de la responsabilité qui m’incombe. Je demande le soutien constant et actif de tous les Actionnaires. Mais qu’il sache que je ne suis pas un magicien. C’est dans la confiance et le soutien constant que nous avancerons ensemble.

 

– Quelle est votre philosophie de jeu?

– Quelles que soient les qualités d’un entraîneur, il ne peut jamais obtenir de grands résultats s’il n’a pas de bons joueurs. Il nous appartient de trouver ces bons joueurs pour produire le beau football efficace que nous souhaitons. Nous travaillons dans ce sens avec les Présidents Roger et Francis OUEGNIN ainsi que Baky KONE. Maintenant, quant à l’animation sur le terrain, je n’ai pas une conception figée. Tout dépendra de la qualité des joueurs que j’aurai. Mes stratégies dépendront de nos adversaires. Mais je précise qu’une équipe est un tout. Elle doit attaquer et défendre ensemble.

 

«Aucun joueur de l’ASEC Mimosas ne devra se convaincre qu’il est titulaire à son poste. Il faudra étoffer l’effectif et instaurer la concurrence.»

 

– Peut-on avoir une idée de l’effectif de la saison prochaine?

– Je ne pourrai rien dire pour le moment. Tout ce que vous devez savoir, c’est que la méthode chinoise est en marche. Nous travaillons pour bâtir un effectif conséquent. Je suis un enfant de la maison. Je sais ce qui avait fait la force de Philippe TROUSSIER au début des années 1990. Le Président Roger OUEGNIN avait mis un effectif conséquent à sa disposition. Un entraîneur n’est rien sans un effectif conséquent.

 

– Allez-vous reconstruire l’effectif ou étoffer l’existant?

– Vous voulez m’amener à vous faire des révélations. Sachez simplement que concernant l’effectif de la saison prochaine, nous allons étoffer l’existant. Il faudra de la concurrence. Aucun joueur de l’ASEC Mimosas ne devra se convaincre qu’il est titulaire à son poste. Il faudra étoffer l’effectif et instaurer la concurrence dans l’équipe. Nous n’aurons pas le choix puisque nous évoluerons sur plusieurs tableaux. Ce qui est certain, il y aura des départs et des arrivées.

 

«C’est l’union de nos compétences qui fera la force de notre encadrement technique»

 

 

 

 

– En parlant justement des départs et des arrivées, combien de joueurs partiront et combien comptez-vous faire venir?

– Vous le saurez le moment venu. Méthode chinoise oblige.

 

– L’ASEC Mimosas est une équipe de stars. La saison écoulée, l’arrivée de BANCE Aristide a attiré du monde dans les stades lors des matches de l’ASEC Mimosas. Va-t-on en avoir dans l’équipe l’année prochaine?

– L’ASEC Mimosas est une équipe qui fabrique des stars. Il est arrivé que des joueurs peu connus arrivent à l’ASEC Mimosas et deviennent subitement très adulés. C’est la magie de la popularité de notre club qui fait aussi la popularité de ses joueurs.

 

– En ce qui concerne l’encadrement technique, on ne connaît que vous et Bakary KONE, votre adjoint. Les choses resteront-elles ainsi?

– Pas du tout ! Notre staff va s’étoffer. Nous ne sommes pas seulement deux. TRAORE Siaka dit Gigi a été promu Coordonnateur Technique. Il sera le pont entre l’Académie MimoSifcom et l’équipe professionnelle. Mais il sera sur le terrain avec nous. Un autre adjoint viendra renforcer notre staff. Il vous sera présenté au moment opportun. Un entraîneur ne peut pas travailler seul. Il doit être bien entouré. J’aurai besoin de déléguer certaines activités pour mieux superviser le travail d’ensemble. C’est l’union de nos compétences qui fera la force de notre encadrement technique.

 

«Mon ambition est de conduire l’ASEC Mimosas sur le toit de l’Afrique. D’ici deux à trois ans, l’ASEC Mimosas devra ajouter une deuxième étoile sur son maillot.» 

 

– Que pensez-vous du retour de votre maître, Pascal THEAULT, au poste de Directeur Général l’Académie MimoSifcom?

– Quand j’ai appris que Pascal THEAULT revenait à l’Académie MimoSifcom, j’en ai été surpris, mais très heureux. Je n’étais pas le seul à apprécier son retour. Tous ceux qui l’ont connu et qui ont travaillé avec lui comme Gigi et Bakary KONE sont heureux de son retour. Pour sa compétence et son professionnalisme, il restera mon maître. Je peux dire que c’est lui qui m’a véritablement appris le métier d’entraîneur de football. Pascal THEAULT est un homme bien et communicatif. Il n’hésite pas à partager son savoir en toute humilité avec son entourage. Il est en train de mettre les choses en place pour une meilleure fluidité entre le centre de formation et l’équipe professionnelle avec la création d’une équipe réserve. Il en avait créé une lors de son premier passage à l’ASEC Mimosas. Cela avait permis de révéler des joueurs comme YA Konan Didier, SORO Bakary, KONE Kouamatien Emmanuel et bien d’autres.

 

– Quels seront les rapports entre l’équipe professionnelle et l’Académie MimoSifcom?

– Nous sommes une famille. Nous éviterons de mettre une barrière entre l’équipe professionnelle et l’Académie MimoSifcom. Nous allons travailler en étroite collaboration avec Pascal THEAULT. Avec Bakari KONE et Gigi, nous irons suivre ce qui se fait à l’Académie et nous solliciterons les avis de Pascal THEAULT pour les matches de l’équipe professionnelle.

 

– Quelles sont vos ambitions à la tête de l’encadrement technique de l’ASEC Mimosas?

– C’est de conduire l’ASEC Mimosas sur le toit de l’Afrique. Mon ambition, est que d’ici deux à trois ans, l’ASEC Mimosas ajoute une deuxième étoile sur son maillot.

 

– Que pensez-vous de la mobilisation des Actionnaires, cette année et qu’attendez-vous d’eux la saison prochaine?

– Ils ont été exceptionnels, cette année. Mais je pense sincèrement que le phénomène BANCE a entraîné une adhésion plus forte de leur part à la cause de l’ASEC Mimosas. Les Actionnaires ont été les plus nombreux au stade à chaque match de leur équipe à Abidjan comme à San Pedro, puis à deux reprises à Bouaké. Ils ont été toujours là, même dans les moments difficiles. Je souhaite qu’ils fassent mieux et nous soutiennent massivement et de façon inconditionnelle, la saison prochaine. Les Actionnaires doivent faire en sorte que par leur mobilisation, la fédération programme désormais les matches de l’ASEC Mimosas au Stade FHB.

 

– Votre mot de fin ?

– Je suis heureux d’être là. Je remercie le PCA, Me Roger OUEGNIN, de me faire confiance. Je remercie également son frère, le Président Délégué, Francis OUEGNIN. Je n’oublierai pas le Président Léonce YACE qui nous a beaucoup apportés durant la saison. Il a énormément contribué à la bonne ambiance et à la cohésion de l’équipe. Il ne faut pas oublier cela. En ce qui me concerne, je dirai qu’un entraîneur, c’est le résultat. La vérité du terrain nous situera. Je donnerai le meilleur de moi-même pour faire bien jouer l’équipe, pour lui faire gagner nos matches et donner du plaisir à nos nombreux supporters.

 

Interview réalisée par KONE Ismaël