RÉTRO Demi-finales de la Coupe nationale édition 1973 :

Un match phénoménal de POKOU

Yoro Alphonse tente d’arrêter un adversaire

RÉTRO Demi-finales de la Coupe nationale édition 1973 – ASEC Mimosas / Stade d’Abidjan :  5-3 (0-2)

L’histoire de l’ASEC Mimosas est jalonnée d’exploits retentissants. Celui des demi-finales de la Coupe nationale édition 1973 en est un bel exemple. Cette année-là, le dimanche 22 juillet, l’ASEC Mimosas, leader du championnat national qu’elle allait remporter, croisait son dauphin, le Stade d’Abidjan, en demi-finales de la Coupe nationale. Cette rencontre qualifiée à l’époque de finale avant la lettre allait tenir toutes ses promesses. La grande formation de l’ASEC Mimosas conduite par son capitaine et redoutable buteur, Laurent POKOU, était composée de GOHI Marc dans les buts, de MOBIO, YABE Iritché, N’DA Yao (puis OUATTARA Karim), GUEHASSA Paul, BAZO Christophe, N’GUESSAN Bernard, Zan Séry COULIBALY, TRAORE Kandia (Puis BOUAZO Valentin) et YORO Alphonse. En face d’elle, se dressait une tout aussi grande et redoutable équipe du Stade d’Abidjan composée d’ETOUKAN Daniel, Janvier KOUAO, Nicolas, Gnamba DIAGOU, N’DOYE Malick, IRIE BI Toh, Vincent KOUADIO, JANTUAH (Puis ZOKO), Pommeli COFFIE, KOUADIO Gaston, KOUTOUAN Jean-Claude et Laurent ZAHUI.

Une équipe étincelante du Stade d’Abidjan

Ce dimanche 22 juillet 1973, le Stade Félix HOUPHOUET-BOIGNY draina plus de 20 000 spectateurs en majorité des supporters de l’ASEC Mimosas. En première mi-temps, les Mimosas sont complètement submergés par des Stadistes étincelants à l’image de leurs virtuoses Vincent KOUADIO, Pommeli COFFIE et KOUTOUAN Jean-Claude. Les Bleu et Rouge concrétisent leur nette domination grâce à deux buts de KOUTOUAN Jean-Claude (39e et 40e) suite à deux passes décisives de Pommeli COFFIE. Ils atteignent la pause avec cette avance. Mais en seconde période, DIEU se manifesta sur la pelouse du Stade FHB en la personne de Laurent POUKOU, l’avant-centre et capitaine de l’ASEC Mimosas. Celui-ci réduit d’abord la marque 7 minutes après la pause suite à une intervention manquée du gardien de but stadiste ETOUKAN Daniel sur un centre de l’ailier gauche mimosas N’GUESSAN Bernard (52e). L’entrée en jeu de BOUAZO Valentin à la place de TRAORE Kandia permet enfin à l’ASEC Mimosas de retrouver son jeu et de rayonner. Mais d’un tir puissant et lointain de toute beauté, KOUADIO Gaston inscrit le troisième but du Stade d’Abidjan et permet à son équipe de creuser l’écart jusqu’à 5 minutes de la fin du match où une bagarre éclate entre les milieux de terrain mimosas BAZO Christophe et stadiste Vincent KOUADIO et occasionne un arrêt de jeu.

Les coups de griffes du terrible Laurent POKOU

Pour la suite, voilà ce que rapporta JOHER Yassine dans le compte rendu de ce match complètement renversant, le lendemain, dans le quotidien national Fraternité Matin – 9e Année N’2608 – du lundi 23 juillet 1973. « L’on s’acheminait progressivement vers une victoire stadiste qui ne faisait, à cinq minutes de la fin, plus de doute, lorsque POKOU, sur un corner marquait (85e). Les supporters des « guépards » croyaient sans trop y croire à un renversement de situation… Et voilà que POKOU, la minute d’après, sur une action de BOUAZO, mettait les deux équipes à égalité (3-3). Inutile, je pense, de vous décrire l’éclatement de joie des supporters de l’ASEC qui revenaient de très loin… Et la détresse de la poignée de supporters stadistes qui vivaient un événement hors du commun. Le but de la qualification stadiste était presqu’acquis à la 89e mn, mais GUEHASSA, qui avait suppléé son portier Marc battu, sortait le ballon de la tête (…) Il a fallu faire donc jouer les prolongations pour pouvoir trouver un vainqueur. L’ASEC, sur sa lancée, scorait grâce, encore, à POKOU à la 93e minute sur une nouvelle passe de BOUAZO. Le Stade, qui peinait, était cette fois pris à la gorge. A la 102e minute, N’GUESSAN Allait marquer le 5ème but, un but contesté par les Stadistes. Il nous a semblé que l’action du joueur de l’ASEC était valable, qu’elle n’était entachée d’aucune irrégularité… Ce goal de l’ASEC mettait le feu aux poudres. Le match allait hélas s’arrêter là… »

Cette mémorable demi-finale de la Coupe nationale montre à quel point dans les années 1960, 1970 et 1990, les joueurs de l’ASEC Mimosas savaient mouiller le maillot pour refuser la défaite. Et c’est de cette façon qu’ils ont su écrire la grande histoire de l’ASEC Mimosas. La génération actuelle de joueurs mimosas devrait s’inspirer du comportement de ses devancières pour bien défendre les couleurs de leur club.

 

TEMOIGNAGE DIAGOU Gnaba Dominique (Ancien défenseur central du Stade d’Abidjan) se souvient

«POKOU a marqué cette demi-finale de son empreinte»

En tant que défenseur central du Stade d’Abidjan, vous avez été l’un des grands acteurs de la fameuse demi-finale de la Coupe nationale ASEC Mimosas-Stade d’Abidjan, le dimanche 22 juillet 1973, au Stade FHB. Demi-finale que vous avez menée (0-2) en première période, puis (1-3) jusqu’à 5 minutes de la fin avant de la perdre (5-3) après prolongations. Quels souvenirs gardez-vous de cette rencontre?

Certains coéquipiers et moi n’étions pas certains de jouer ce match même si le Président Me MONDON Konan Julien et notre entraîneur Luc-Olivier avaient décidé que toute l’équipe du Stade d’Abidjan soit mise au vert au Grand Hôtel. J’étais stoppeur, mais il y avait un Monsieur comme Mama OUATTARA qui jouait à ce poste. SAGNABA Soma, un autre monument évoluait au poste de libéro. Janvier KOUAO était latéral droit et Adama DOUMBIA, latéral gauche. C’est 2 heures avant le match que notre entraîneur nous a dévoilé le classement qui avait surpris tout le monde. Mama OUATTARA et Sagnaba SOMA n’ont pas été sélectionnés. J’ai joué au poste de stoppeur et j’étais l’adversaire direct de Laurent POKOU. N’DOYE Malick a joué libéro derrière moi. J’ai vu en Laurent POKOU un attaquant très athlétique, très engagé, très malin, mais aussi très vicieux. J’ai compris ce jour-là pourquoi les adversaires directs de Laurent POKOU s’écroulaient souvent lorsqu’ils disputaient une balle avec lui. POKOU avait l’art de donner des coups à ses adversaires pour les déséquilibrer. Nous avons bien commencé la partie, dominé littéralement l’ASEC Mimosas en première mi-temps et atteint la pause avec le score de 0-2 à notre avantage. A la reprise, Laurent POKOU avait réduit la marque. Mais nous avons marqué un troisième but grâce à KOUADIO Gaston et mené 1-3 jusqu’à 5 minutes de la fin où une bagarre a éclaté entre notre coéquipier Vincent KOUADIO et BAZO Christophe de l’ASEC Mimosas. Cela a occasionné un arrêt de jeu qui a duré environ 30 minutes. Lorsque le jeu a repris, on nous a fait savoir que le match était quasiment terminé. Et puis, coup sur coup, Laurent POKOU a marqué deux buts, rétablissant la parité au score à 3 buts partout. Durant les prolongations, Laurent POKOU a marqué son quatrième but et celui de son équipe. L’ASEC Mimosas a marqué un cinquième but par N’GUESSAN Bernard. Pour nous, sur l’action de ce but de N’GUESSAN Bernard, nous avons vu la balle sortir. N’GUESSAN Bernard l’a contrôlée pour marquer. Nous avons contesté ce but et le match n’est pas allé à son terme.

Qu’est-ce qui selon vous a occasionné ce renversement de situation extraordinaire en faveur de l’ASEC Mimosas?

– Après l’incident, il est vrai que la sortie de Vincent KOUADIO (il avait été expulsé avec BAZO Christophe après leur bagarre) avait quelque peu désorganisé notre système de jeu. Mais je pense que c’est plutôt la sortie de JANTUAH Justin, notre milieu défensif venu de l’Asante Kotoko de Kumasi, qui avait affaibli notre milieu de terrain et permis à l’ASEC Mimosas de contrôler ce secteur pour faire la différence après l’entrée en jeu de BOUAZO Valentin.

Qu’est-ce qui vous a particulièrement marqué ce jour-là?

– C’est l’affluence du public. Ce jour-là, le Stade FHB était plein comme un œuf. L’intensité de la rencontre et le renversement de situation qui nous a vus perdre (5-3) ce match que nous menions (1-3) à 5 minutes de la fin sont inoubliables. Je suis toujours très impressionné par l’aspect tactique de cette rencontre. Deux entraîneurs, ANZIAN Jean-Baptiste du côté de l’ASEC Mimosas et Luc Olivier du côté du Stade d’Abidjan ont démontré chacun leur génie tactique ce jour-là. Mais ANZIAN avait su reconfigurer son équipe pour l’emporter au moment où nous croyions avoir arraché définitivement la victoire à son équipe. Il y a eu surtout un homme, Laurent POKOU qui, à un moment donné, a pris le match à son compte pour faire gagner son équipe. POKOU fut un grand artiste du football. Sa mort est une grosse perte pour notre football. Sa façon de mouiller le maillot, de refuser la défaite, de communiquer avec ses coéquipiers, c’était extraordinaire. POKOU a marqué cette demi-finale de son empreinte. La télévision ivoirienne devrait montrer des matches de Laurent POKOU aux jeunes générations pour qu’elles voient le monument qu’il était. Me Roger OUEGNIN lui a érigé un monument à Sol Béni. J’ai admiré aussi le côté humain de POKOU. Il était un homme bon, il défendait toujours ses coéquipiers, il était d’une gentillesse extraordinaire. La Côte d’Ivoire doit immortaliser POKOU en donnant son nom à une rue ou à stade de football.

 

Extrait du Mimosas Magazine N°1314 du 23 février 2017

Interview réalisée par KONE Ismaël.