Éditorial … :

RESPONSABILITÉS PARTAGÉES

L’ASEC Mimosas retrouvait les pelouses de Ligue 1 ce lundi face à la SOA, pour une opposition a priori déséquilibrée mais qui s’est révélée finalement très disputée sur le rectangle vert. Les Mimos entendaient mettre au pas les footballeurs militaires. Après quatre-vingt-dix minutes, ils ont dû se résoudre à constater une courte et amère défaite. Ce résultat inattendu est révélateur d’une curieuse manie, voire d’un drôle de savoir-faire, désormais trop fréquents pour mériter le silence. 

Depuis le début du championnat national, les joueurs venus de Sol Béni alternent le bon et le moins bon. Ils n’arrivent pas à enchaîner des performances permettant de creuser l’écart et de distancer leurs adversaires. En s’attardant sur les résultats des dix matchs disputés en Ligue 1, on s’aperçoit que cette impression se confirme dans les chiffres. L’ASEC présente le bilan suivant : cinq victoires, trois nuls et deux défaites. Ce tableau laisse apparaître un manque certain de régularité puisque l’équipe jaune et noir n’a jamais pu enchaîner une série victorieuse de deux matchs. Les victoires sont immédiatement suivies d’un nul ou d’une défaite. C’est un rythme non conforme aux ambitions de l’ASEC.

Ce constat doit être établi, partagé et commenté. Le reconnaître, c’est déjà entamer la recherche des solutions nécessaires à sa résolution. Il est plus que souhaitable de s’interroger dès maintenant sur les causes profondes de ce parcours en dents de scie, qui présente bien des similitudes avec le chemin emprunté ces dernières saisons.

Au-delà des incompréhensions qui peuvent en découler, nous devons avoir la lucidité de reconnaître que nous sommes collectivement responsables. Cette affirmation va sans doute vous surprendre, mais je crois profondément que les contrariétés que nous subissons ne sont pas le seul fait des joueurs et des encadreurs. C’est une conjugaison de plusieurs éléments qui touchent toutes les couches du club, des supporteurs aux dirigeants, en passant par les encadreurs et leurs protégés, acteurs visibles d’un scénario que nous écrivons tous ensemble.

Les Actionnaires sont connus pour réclamer le meilleur de leurs joueurs à tous les matchs. Ils sont d’une fidélité exigeante, qui peut parfois s’accompagner d’une absence d’objectivité et d’une impatience, révélatrices d’une passion débordante. Ces caractéristiques, très présentes en période de contreperformance, sont à l’origine de la peur de mal faire, cause de la paralysie sportive des joueurs. 

Les dirigeants ont, eux, un rôle essentiel. Ils sont aussi des supporteurs, mais le statut de dirigeants leur impose de dominer le mécontentement. Il est facile de comprendre qu’un entraîneur, lorsqu’il ne ressent pas la confiance de ses dirigeants et pense jouer sa tête à chaque match, soit exposé à des erreurs dans le jugement des situations et le management de son groupe. La responsabilité des dirigeants est grande. Ils sont à la tête d’une institution observée, surveillée, jalousée. La confiance et la sérénité ne peuvent régner dans le club que s’ils inspirent eux-mêmes confiance et sérénité par leurs actes et leurs paroles. Ils devront s’en souvenir avant, pendant et après les seize prochains matchs de championnat.

Les acteurs sportifs, entraîneurs et joueurs, ont un destin commun, je l’ai déjà dit. Les premiers ont la charge de conduire le groupe sportif. Ils doivent construire les succès sur la base des réussites passées en retenant ce qui a marché, pour donner au groupe des certitudes dans le jeu et dans l’animation de l’équipe. On ne peut pas rechercher une identité de jeu en alternant sans cesse les systèmes tactiques. À ce stade de la saison, il faut commencer à avoir des assurances techniques, tactiques et humaines. Cela demande une gestion rationnelle de l’effectif et une remise en cause permanente, gages d’une saine concurrence. 

Quant aux joueurs, ils doivent définitivement mesurer la chance qu’ils ont de jouer pour l’ASEC Mimosas. Ils doivent tout donner sur le terrain, pour ne rien regretter en dehors du terrain. Leur réussite passera par le travail, seulement par le travail.

Nous pouvons être déçus après ce faux pas devant la SOA, mais l’heure n’est pas au découragement. La route qui mène au titre de champion de Côte d’Ivoire est encore longue. Pour le reste du parcours, en nous souvenant de Jean Mermoz, nous devrons avoir à l’esprit que « ce sont les échecs bien supportés qui donnent le droit de réussir ». 

 

 

Par Léonce YACE, Président-Délégué de l’ASEC Mimosas
Extrait du Mimosas Magazine N°1314 du 23 février 2017