ASEC Mimosas – Africa Sports : 3 – 3 (4 tab à 1): Une éclaircie dans la traversée du désert





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RÉTRO
Il y a 33 ans, le mardi 06 décembre 1983, l’ASEC Mimosas remportait la Coupe Félix HOUPHOUËT-BOIGNY

Bakary KONE (Gardien de but de l’ASEC Mimosas de 1982 à 1992, puis en 1995)
« Ce fut l’un des meilleurs moments de ma carrière »

Pourquoi vous avait-on fait confiance pour la fameuse finale de la Coupe FHB de 1983 alors que vous n’étiez pas le gardien de but titulaire de l’ASEC Mimosas ?
Cette année-là, il était peut-être écrit que je devais remporter les deux derniers trophées des trois que l’ASEC Mimosas a remportés durant la décennie 1980 qui fut très pauvre en lauriers pour notre club. J’ai d’abord remporté la Coupe nationale quelques mois auparavant contre l’USC Bassam, puis la Coupe FHB face à l’Africa. J’ai disputé ce dernier match de l’année parce que KOFFI Kouadio Jules, le gardien de but titulaire, n’était pas allé le préparer avec nous, à Conakry, en Guinée.

Pourquoi l’équipe était-elle allée préparer cette finale, à Conakry, en Guinée ?
En 1983, c’est TOURE Mamadou qui était le Président central de l’ASEC Mimosas. À cette époque, la déstabilisation des Comités directeurs du club était très courante. L’ASEC Mimosas en avait beaucoup souffert. Il est vrai que nous avions sauvé notre saison en remportant (2-0) la Coupe nationale face à l’USC Bassam, mais nos supporters étaient mécontents parce que nous n’avions pas pu remporter le titre de champion de Côte d’Ivoire. Les dirigeants tenaient absolument à remporter la Coupe FHB devant le club rival. Cela devait être une sorte de revanche pour le club. Pour nous permettre de bien préparer cette finale, à l’initiative du Président Francis OUEGNIN et grâce au Président d’Honneur Georges OUEGNIN, nous avions pu nous rendre en Guinée où le Président de la République Sékou TOURE nous avait mis dans d’excellentes conditions. Il nous avait permis de joindre l’utile à l’agréable. Nous disposions de la pelouse du Stade du 28 septembre pour nos entraînements. Il nous avait reçus à déjeuner ou à dîner à plusieurs reprises. Les soirs, il faisait organiser des spectacles pour nous au Palais du peuple. Il nous a même fait visiter Faranah, son village natal et ce jour-là avait été décrété férié à Faranah. Finalement, les dirigeants avaient bien fait de nous éloigner de la grogne de nos supporters d’Abidjan, puisqu’à Conakry, nous avions travaillé dans la sérénité et cela avait resserré les liens du groupe.

N’était-ce pas aussi parce que vous craigniez un peu l’Africa Sports d’Abidjan ?
C’est vrai qu’à cette époque, l’Africa Sports régnait en maître sur le football ivoirien, mais les derbies ASEC-Africa étaient difficiles et incertains. Il y avait aussi beaucoup de pression autour. Cela nous motivait. Personnellement, durant toute ma carrière de footballeur, je n’ai perdu qu’un seul match face à l’Africa Sports. Pour cette rencontre, bien qu’étant un jeune gardien de but, je n’avais pas peur. Nous étions habitués, déjà en cadet, puis en junior, à jouer des matches de championnat de notre catégorie, en lever de rideau des matches de Première division, dans un stade FHB plein à craquer. Sincèrement, avant cette grande finale contre l’Africa Sports, j’étais très serein et sûr de moi.

Pouvez-vous raconter comment vous avez vécu cette finale que vous avez disputée en tant que titulaire pour en être finalement le grand artisan de la victoire de l’ASEC Mimosas en arrêtant deux tirs au but de l’Africa Sports ?
Ce fut un match plein, intense, coloré et riche en buts. Dans les deux camps, il y avait de grands attaquants et l’Africa Sports avait un gardien de but confirmé qui était DIGBEU Denis. Moi, j’étais un jeune gardien de but qui faisait ses classes et qui avait intérêt à rester concentré, vigilant et appliqué. Au bout d’une vingtaine de minutes de jeu, MIEZAN Pascal marque pour l’Africa Sports. Quelques instants avant la Mi-temps, l’un de nos milieux de terrain, TORA Zogbo Claude, égalise. En tout début de seconde mi-temps, Brima CAMARA, l’attaquant de l’Africa, marque. Six ou sept minutes plus tard, nous obtenons un penalty et notre capitaine, MONGUEHI Guéhi, égalise. Dans les prolongations, Brima CAMARA marque encore pour l’Africa Sports. Le temps passait, mais nous continuions de nous battre pour éviter la défaite et dans les dernières secondes des prolongations, notre avant-centre, N’DIAYE Aboubacar, a égalisé d’un coup de tête extraordinaire, grâce à une détente phénoménale, sur un centre d’OUGA BI Tozan Germain. Durant la séance des tirs au but, je ne saurais vous dire comment je l’ai fait, mais j’ai repoussé deux tentatives de l’Africa Sports et nous avons finalement gagné 4 tirs au but à 1.

Et après ?
L’ambiance qui a suivi était extraordinaire à la fin du match. Nos supporters sont descendus des tribunes pour nous féliciter, nous porter en triomphe. Jamais je n’avais vu un tel déferlement de joie. Nos dirigeants étaient heureux. Quand je suis arrivé dans mon quartier, à Abobo, les habitants m’ont ovationné et m’ont porté en triomphe. C’était merveilleux. Il faut que nos joueurs d’aujourd’hui vivent cela pour comprendre ce que c’est que l’ASEC Mimosas.

Que vous dites-vous aujourd’hui en repensant à cette finale historique ?
Je suis très heureux d’avoir vécu cette expérience. J’ai compris à quel point le football peut donner du bonheur aux populations. Ce fut l’un des meilleurs moments de ma carrière de footballeur.

Interview réalisée par K.I.

 

Youssouf FOFANA (Attaquant de l’ASEC Mimosas de 1980 à 1984, puis en 1996)

« Je n’oublierai jamais les instants merveilleux qui ont suivi ce match »

Pouvez-vous nous parler de la finale de la Coupe nationale que vous avez remportée (2-0) face à l’USC Bassam, et qui avait permis, quelques mois après, à l’ASEC Mimosas de disputer la finale de la Coupe FHB face à l’Africa Sports ?
Je n’avais pas pu disputer la finale de la Coupe nationale de 1983 contre l’USC Bassam. J’en avais été empêché au dernier moment à cause d’une plainte de l’équipe adverse. J’étais encore cadet et on me surclassait pour jouer avec les seniors. Le médecin n’avait pas renouvelé mon document de surclassement et cela m’a pénalisé, le jour de la finale, dans les vestiaires, lors du contrôle des licences. Finalement, nous avons gagné (2-0) et nous devions croiser l’Africa Sports, le champion en titre, en finale de la Coupe FHB.

Comment se présentait justement cette finale pour l’ASEC Mimosas face à une solide équipe de l’Africa Sports qui venait de remporter le titre de champion de Côte d’Ivoire ?
Quand nous avons remporté la Coupe nationale, le championnat national n’était pas encore terminé. Après, nous avons disputé le Carré d’As. Nous étions à la lutte avec l’Africa Sports pour le titre de champion de Côte d’Ivoire. Et c’est, finalement, l’Africa Sports qui avait eu le dernier mot. Cela avait été douloureusement ressenti par l’équipe, les dirigeants et les Actionnaires.

Comment aviez-vous préparé cette finale ?
Les dirigeants n’avaient pas lésiné sur les moyens pour nous permettre de bien préparer cette finale. Ils nous avaient fait partir pour la Guinée où le Président Ahmed Sékou TOURE nous avait très bien reçus. Nous avons passé une dizaine de jours formidables à Conakry où nous avons travaillé dans d’excellentes conditions. Avant de regagner la Côte d’Ivoire, le Président de la République de Guinée, Sékou TOURE avait fait faire des bénédictions pour nous et nous avait demandé de revenir lui présenter le trophée en cas de victoire. Nous lui avions promis de tout faire pour gagner cette Coupe FHB pour lui.

Comment avez-vous vécu cette finale mémorable ?
Nous devions jouer contre l’Africa Sports, le club rival qui était une formation solide. Les derbies ASEC-Africa étaient très disputés et indécis dans les années 1980. Notre séjour en Guinée nous avait fait le plus grand bien. Le groupe en était revenu très soudé et motivé. Le match fut intense, indécis et à rebondissements. L’Africa Sports avait ouvert la marque par MIEZAN Pascal. TORA Zogbo Claude avait égalisé pour nous. Brima CAMARA avait redonné l’avantage à l’Africa. MONGUEHI Guéhi avait égalisé pour l’ASEC Mimosas sur penalty. Dans les prolongations, l’Africa Sports a encore repris l’avantage grâce à un second but de Brima CAMARA. Dans les derniers instants de cette finale, alors que tout le monde pensait que les carottes étaient cuites pour nous, sur un centre d’OUGA Bi Tozan Germain, d’une tête piquée après une détente phénoménale, N’DIAYE Aboubacar avait rétabli la parité au score (3 buts partout) dans les ultimes secondes du match. C’était extraordinaire. Nous y avions cru jusqu’au bout. Nous ne voulions pas renoncer à la victoire. Ce but nous avait mis davantage en confiance avant l’épreuve des tirs au but. Et dans cet exercice, notre gardien de but, Bakary KONE, s’est montré décisif en arrêtant deux tirs au but de l’Africa Sports, quand le premier tireur mimosas que je fus, ADJOUKOUA Gaston, le deuxième, OPPONG Charles, le troisième et Eba BOUSSOU notre quatrième tireur marquions chacun nos tentatives, contre un seul tir au but adverse transformé par KOUASSI N’Dri. Ce jour-là, notre gardien de but, Bakary KONE a été le héros de cette finale. Il a été extraordinaire dans les tirs au but. Je pense que nous lui devions beaucoup pour cette victoire.

Et la suite ?
Ce fut une euphorie extraordinaire dans l’enceinte du stade FHB et dans toute la Côte d’Ivoire. Battre l’Africa Sports dans les compétitions nationales relevait de l’exploit. Et nous l’avions fait. Nous étions très heureux pour nous-mêmes, pour le Président Ahmed Sékou TOURE, pour l’Ambassadeur Georges OUEGNIN, pour les Présidents TOURE Mamadou et Francis OUEGNIN, ainsi que pour tous les Actionnaires. Nous devions retourner en Guinée pour présenter le magnifique trophée au Président Sékou TOURE lorsque ce pays connut un grave tremblement de terre, puis quelque temps après, malade et transféré aux États-Unis, le Président Sékou TOURE mourut. Je n’oublierai jamais les instants merveilleux qui ont suivi cette finale de la Coupe FHB de 1983.

Interview réalisée par KI

Une intervention salutaire

Nous devons le souligner afin d’éviter que pareil acte ne se reproduise. Les dirigeants mimos sur le banc de touche ont demandé à leurs joueurs de quitter le terrain après que M. Grah Bernard eut validé le but marqué par Pascal Miézan, signalé hors-jeu par l’arbitre de touche.   
Or, le règlement là-dessus est formel : « les juges de touche sont les collaborateurs de l’arbitre, et en aucun cas un arbitre ne doit prendre en considération l’intervention d’un juge de touche. S’il a vu lui-même l’incident et peut avoir un meilleur jugement en raison de sa position sur le terrain de jeu ».
C’était à la 22e minute, le match ne faisait encore que commencer, et il a fallu l’intervention de M. Georges Ouegnin pour ramener le calme et obliger l’ASEC à reprendre la partie.
Si nous félicitons ces dirigeants pour leur retour, nous devons toutefois condamner leur attitude, surtout dans ce match où était mise en jeu la Coupe Houphouët-Boigny et qui se jouait en présence de toutes les autorités politiques de notre pays.
Nous saluons donc à sa pleine valeur cette intervention de M. Georges Ouegnin, totalement justifiée et nous souhaitons qu’à l’avenir l’ASEC reste dans la défaite comme dans la victoire un grand club.

JOHER Yassine
(Source : Fraternité Matin
du jeudi 8 décembre 1983)

Extrait du Mimosas Magazine N°1302 du vendredi 2 décembre 2016

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