Une élimination injuste et très douloureuse

Chaque lundi, ASEC.CI vous fait revivre  une date mémorable de l’histoire de l’ASEC Mimosas. Cette semaine, notre rubrique retro  nous replonge dans les demi-fnale de la coupe d’Afrique des clubs champions ASEC Mimosas-WAC Casablanca :3-1, puis 0-2.

Avec sa redoutable équipe constellée de vedettes africaines, expérimentée et arrivée à maturité, l’ASEC Mimosas s’était vraiment donné les moyens de conquérir la Coupe d’Afrique des clubs champions en 1992. Cette année-là, avec les KONATE Losséni, AKA Kouamé Basile, OBOU Arsène, DAO Lassina, Benedict IROHA, GBAHOU Jean-Marie, GADJI Celi Saint-Joseph, KASSY Kouadio Lucien, SIE Donald Olivier, BEDE James, Maxime GOUAMENE, SOGBIE Jonathan, Abdoulaye TRAORE dit Ben Badi, Ishaya JATAU, l’ASEC Mimosas exprimait une grande force et inspirait la terreur à ses adversaires.

Avant d’affronter le Wydad Athletic Club de Casablanca (WAC), le parcours de l’ASEC Mimosas en Coupe d’Afrique des clubs champions était impressionnant avec des victoires probantes obtenues successivement face à l’EFO du Burkina Faso, en 16es de finales, au Horoya FC de Conakry, en 8es, à l’Asante Kotoko de Kumasi, en ¼ de finale.

Aussi, les Actionnaires considéraient-ils les demi-finales contre la formation marocaine du WAC comme l’étape à franchir avant d’accéder à leur première finale d’une Coupe d’Afrique des clubs champions qu’ils étaient certains de remporter. Cette conviction des Actionnaires trouvait son origine dans le parcours rappelé ci-dessus, mais aussi dans la prestation de leur équipe, la même saison, au Stade FHB, lors d’un match international amical de haute volée contre l’équipe nationale d’Egypte.

L’ASEC Mimosas avait fortement impressionné et arraché le nul (2-2) aux Pharaons d’Egypte. En demi-finales, contre le WAC des Fakhreddine Raggi, Rachid DAOUDI, Nourredine NAYBET, Moussa N’DAW et autres, la difficulté était réelle, mais pas insurmontable pour les Mimosas. GADJI Celi et ses coéquipiers l’emportent (3-1), au match aller, au Stade FHB grâce à deux buts de TRAORE Abdoulaye dit Ben Badi et un de DAO Lassina. Les choses étaient bien engagées. Mais au retour, à Casablanca, un arbitrage scandaleux du trio arbitral tunisien défavorisait l’ASEC Mimosas et faisait le lit de la qualification du WAC.

Les arbitres refusaient dès les premières minutes un but de l’attaquant mimosas Ishaya JATAU (4ème min) qui aurait sonné le glas pour la formation marocaine. Ensuite, ils distribuaient des cartons jaunes aux éléments clés des Mimosas, freinant ainsi l’élan de ses derniers. Les arbitres ont poursuivi leur travail de sape en sifflant des fautes imaginaires contre les joueurs mimosas à chaque offensive.

Ils ont complété cet arsenal en offrant de nombreux et dangereux coups francs au WAC devant les buts de l’ASEC Mimosas. L’équipe jaune et noire a vaillamment résisté avant de céder face aux joueurs marocains. Le match s’est soldé par une victoire de ces derniers sur le score de 2 buts à 0, synonyme d’élimination pour l’ASEC Mimosas. Cette issue très injuste fut douloureusement ressentie par les dirigeants, encadreurs, joueurs et supporters de l’ASEC Mimosas. Leur rêve de monter sur le toit de l’Afrique s’est envolé dans les clameurs de Casablanca, un dimanche 15 novembre 1992. Ce fut très dur, mais cette expérience a eu l’avantage de renforcer la carapace de l’ASEC Mimosas qui s’est courageusement relevé de cette élimination pour repartir à l’assaut de l’Afrique, la saison suivante.

AKA Kouamé Basile se souvient
« Les arbitres tunisiens nous ont volé notre qualification »

Comment avez-vous vécu la double confrontation ASEC-WAC, en demi-finales de la Coupe d’Afrique des clubs champions, en 1992 ?
En 1992, l’équipe de l’ASEC Mimosas comptait des joueurs d’expérience. Nous étions tous des internationaux qui avions au moins 10 ans de compétitions nationales et continentales dans les jambes, en clubs comme en sélections. Nous constituions une génération dorée du football ivoirien qui méritait de remporter la Coupe d’Afrique des clubs champions pour l’ASEC Mimosas et la Côte d’Ivoire. Le Président Roger OUEGNIN avait renforcé le groupe avec deux grands joueurs nigérians (Ben IROHA, Ishaya JATAU), un excellent milieu de terrain nigérien (DJIBO Brah Taher) et un solide attaquant libérien (SOGBIE Jonathan). Nous avions aussi un grand entraîneur en la personne de Philippe TROUSSIER qui travaillait avec deux adjoints très compétents (Eustache MANGLE et KONAN Yoboué). Nous avons bien négocié le match aller contre l’équipe du WAC que nous avons battue (3-1) à Abidjan. Après cette victoire, nous nous disions qu’avec notre expérience et la qualité de notre groupe, le WAC ne pouvait pas nous éliminer au match retour à Casablanca. Malheureusement, c’est ce qui s’est produit à cause d’un arbitrage très partisan d’un trio tunisien qui nous a volé notre victoire pour l’offrir aux Marocains.

Dans quel état d’esprit étiez-vous lorsque vous êtes arrivés à Casablanca ?
Nous étions sereins, mais très concentrés et décidés à mouiller le maillot pour nous qualifier pour notre première finale de Coupe d’Afrique des clubs champions. Nous étions très bien encadrés. Il y avait une organisation parfaite autour de l’équipe. Nous étions convaincus de notre qualification, mais à quelques heures du match, lorsque l’entraîneur Philippe TROUSSIER a dévoilé la composition de l’équipe lors de la réunion technique d’avant-match, cela a suscité des interrogations au sein des joueurs. TROUSSIER avait décidé d’aligner d’entrée le Junior Guel TCHIRESSOUA à la place d’un milieu de terrain expérimenté comme BEDE James.

GUEL n’avait même pas joué en championnat avec nous. Nous nous sommes réunis entre joueurs pour en discuter et nous nous sommes dit que c’est le choix de l’entraîneur. Il fallait l’accepter et tout donner pour aider Guel TCHIRESSOUA à supporter la pression du public. Il faut dire que sur ce coup-là, TROUSSIER a vraiment osé. Ce qui montre qu’il est un grand entraîneur. Guel a bien joué. Ça aurait pu marcher. Malheureusement, les arbitres tunisiens nous ont volé notre qualification.

Pouvez-vous nous parler de ce match retour et de votre passe à JATAU qui a amené le but de l’ASEC Mimosas, refusé en début de rencontre ?
Nous avions bien commencé la partie. La stratégie était de prendre d’entrée l’adversaire à la gorge pour l’étouffer et marquer les premiers. Cela aurait nous aurait assuré la qualification. Nous en avions les moyens et c’est ce que nous avons fait justement. A la 4e mn, Guel TCHIRESSOUA le petit nouveau, qui s’est montré très actif et précieux dans le jeu, me coulisse une balle dans mon couloir droit. Je la récupère. J’accélère et j’entre dans la surface de réparation, puis j’effectue un retrait à ras de terre pour Ishaya JATAU qui, bien que marqué par un adversaire, s’arrache à ce dernier, se jette, coupe la trajectoire de la balle et ouvre la marque. L’arbitre tunisien refuse le but pour cause de hors-jeu.
Ce fait de jeu ne nous a pas découragés. Alors les arbitres ont décidé de jouer leur partition pour aider le WAC. Ils nous ont distribué des cartons jaunes.
J’ai été averti sans motif valable en allant récupérer la balle pour effectuer une rentrée de touche. Ils nous ont empêchés d’approcher les buts adverses en sifflant systématiquement des hors-jeu imaginaires contre nous, dès que nous franchissions la ligne médiane. Ils nous ont obligés à rester dans notre camp et ont accordé une multitude de coups francs dangereux aux Marocains qui en ont bien profité pour nous éliminer en l’emportant finalement (2-0).

Comment avez-vous vécu cette élimination ?
La pilule a été très dure à avaler parce que nous avions tous les atouts pour être champions d’Afrique des clubs champions, cette année-là. Quand je repense à ce match aujourd’hui, je me dis que c’était de cette seule façon que le WAC pouvait nous éliminer. Cette équipe marocaine avait de la qualité, mais dans des conditions normales, nous l’aurions encore battue chez elle. Les Marocains avaient bien préparé leur coup et les arbitres tunisiens les ont aidés à bien l’exécuter.

Un mot pour terminer ?
Je dis aux Actionnaires qui ont vécu cette élimination qu’ils ont eu la chance de voir évoluer une grande équipe de l’ASEC Mimosas en 1992. Cette équipe pouvait remporter la Coupe d’Afrique des clubs champions. Il était écrit quelque part que son destin n’était pas de gagner cette compétition. Le plus important, c’est que l’ASEC Mimosas s’est bien relevé de cette élimination pour remporter la Ligue des champions, 6 ans plus tard, avec une autre génération. C’est ce qu’il faut retenir.

HOBOU Arsène (latéral gauche de l’ASEC Mimosas de 1989 à 1992)
« Cette élimination me fait très mal encore aujourd’hui »
Vous avez fait partie de l’équipe de l’ASEC Mimosas qui a disputé les demi-finales de la Coupe d’Afrique des clubs champions en 1992, contre le WAC de Casablanca. Pouvez-vous nous rappeler cette double opposition ?

En 1992, nous avions un groupe formidable, à l’ASEC Mimosas. Notre équipe était la meilleure du continent. La plupart d’entre nous venaient de remporter la CAN avec l’équipe nationale et nous nous disions que nous devions continuer sur notre lancée pour remporter la Coupe d’Afrique des clubs champions avec l’ASEC Mimosas. Nous avions beaucoup d’envie. Nous avions aussi un très bon entraîneur en la personne de Philippe TROUSSIER. Il était jeune, très compétent, mais parfois imprévisible. Nous avions aussi de jeunes dirigeants ambitieux qui nous mettaient dans d’excellentes conditions. Tout semblait parfait. Nous avons réussi un très bon parcours jusqu’en demi-finales. J’ai disputé la première rencontre et nous l’avons emporté (3-1), à Abidjan. Mais je pense que c’est au match aller que nous avons perdu la qualification.

Ah oui, et pourquoi ?
Au match aller, nous aurions pu l’emporter largement chez nous à Abidjan. Malheureusement, nous avons vendangé beaucoup d’occasions de but. Nous aurions pu battre le WAC de Casablanca par 5 voire 6 buts d’écart, pour que la manche retour soit une simple formalité. Nous nous sommes contentés de marquer 3 buts et nous avons encaissé 1 but. Ce but concédé à domicile, vers la fin du match, a été lourd de conséquences. Il suffisait aux Marocains de nous battre (2-0) chez pour se qualifier et c’est ce qu’ils ont fait, avec la complicité des arbitres. Il faut dire aussi que certains événements de dernière minute avaient fragilisé notre groupe à quelques heures du match.

A quels événements faites-vous référence ?
Philippe TROUSSIER est un bon entraîneur. Il a fait ses preuves partout où il est passé, mais il avait parfois des décisions inattendues qui pouvaient déstabiliser son équipe. Tout allait bien jusqu’à quelques heures de la rencontre. La bonne ambiance s’est détériorée lorsque l’entraîneur nous a dévoilé son classement pour la rencontre. Il avait décidé de faire jouer GUEL Tchiressoua, le petit nouveau qui venait d’être promu en équipe première, à la place d’un cadre comme BEDE James sur qui nous comptions. Nous étions tous surpris et déçus, mais c’était la décision du coach. Il fallait l’accepter et tout faire pour gagner le match. Il est vrai que de jeunes loups frappaient à la porte de l’équipe professionnelle, mais il fallait faire une transition en douceur. A Casablanca, Philippe TROUSSIER n’a pas sur la faire. Il a plutôt créé un sentiment de frustration au sein de l’équipe en écartant BEDE James pour GUEL. Cela a quelque peu fragilisé le groupe en créant la frustration en son sein. Hormis cela, nous avions toutes les armes pour éliminer le WAC.

Que pouvez-vous dire de l’arbitrage au cours du match retour à Casablanca ?
On savait qu’en Afrique du nord, l’équipe évoluant à domicile avait, en plus du public, les arbitres avec elle. Elle avait donc un avantage psychologique. Cette situation ne devait pas être accentuée par des imprévus susceptibles d’affecter le moral de notre équipe. Malheureusement, c’est ce qu’il s’est passé au dernier moment avec ce sentiment de frustration provoqué par la non-titularisation de BEDE James.

Que vous dites-vous aujourd’hui en pensant à ce match ?
Pour moi, ce fut un gâchis parce que le match en lui-même n’était pas aussi compliqué. Il était à notre portée. Nous aurions pu embellir notre palmarès. Cette élimination me fait très mal encore aujourd’hui, à chaque fois que j’y pense. Avec le groupe que nous avions, nous aurions pu remporter la Coupe d’Afrique des clubs champions en 1992.

Quel est votre dernier mot ?
Ce ne fut pas facile pour moi de passer de l’Africa Sports à l’ASEC Mimosas. C’est pourquoi je dis merci aux Actionnaires pour leur soutien durant mon passage chez les Jaune et Noir. Je les encourage à demeurer les meilleurs supporters comme leurs devanciers, pour aider leur club à continuer à grandir.

Extrait de ASEC Mimosas Magazine N°1299 du jeudi 10 novembre 2016.

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