ASEC Mimosas / AS Oumé du dimanche 26 août 1990

Chaque lundi, ASEC.CI vous fait revivre  une date mémorable de l’histoire de l’ASEC Mimosas. Cette semaine, notre rubrique retro  nous replonge au coeur de l’année 1990. Le 8e titre de champions de Côte d’Ivoire symbolisant le renouveau du club a été fêté avec faste.

Légende photo: Me Roger OUEGNIN a tenu sa promesse de redonner le titre de champion 
aux actionnaires. Ces derniers l'ont accueilli au stade FHB avec des ovations nourries.

Neuf saisons durant, après son 7e titre de champion de Côte d’Ivoire, remporté en 1980, l’ASEC Mimosas a cherché la recette du succès. Le club jaune et noir a connu une difficile traversée du désert, ne se contentant que de quelques maigres consolations, avec un seul succès en Coupe nationale, puis un autre en Coupe FHB, en 1983. Alors que l’ASEC Mimosas souffrait de l’instabilité chronique de ses équipes dirigeantes, l’AFRICA SPORTS d’Abidjan, le club rival, plus stable, dominait sans partage le football ivoirien depuis le milieu des années 1980. Les Actionnaires, très affectés par cette situation, priaient le ciel pour voir leur équipe remporter enfin le titre de champion de Côte d’Ivoire. Leurs prières ont connu un début de réponse en 1989, lorsque le Président Roger OUEGNIN, arrivé nouvellement à la tête du club, recruta le jeune entraîneur Philippe TROUSSIER. L’ASEC Mimosas amorça aussitôt une invincibilité en championnat national qui dura jusqu’en 1994. En 1990, le duo OUEGNIN-TROUSSIER et la formidable équipe qu’ils mirent sur pied survolèrent le championnat national, remportant le titre de champion de Côte d’Ivoire avec panache, pour le plus grand plaisir des Actionnaires.

Légende photo: le 8.e titre de 90 est aussi succès du trio composé de Me Roger OUEGNIN,
 de ses entraîneurs Philippe TROUSSIER et Eustache MANGLE

La 30e et dernière journée de championnat, disputée le dimanche 26 août 1990, offrit aux Actionnaires une opposition de leur équipe de rêve contre l’AS Oumé, dans la bonbonnière du stade FHB. Ce fut une rencontre mémorable et très colorée.

Légende photo: les Actionnaires ont fait le spectacle avant le match

Déjà en début de matinée, les Actionnaires ont fait la fête dans les différentes communes d’Abidjan, paradant dans des défilés hauts en couleur et en originalité, avant de converger en direction du Stade Félix HOUPHOUET-BOIGNY. Le spectacle a été de haute volée. Les Mimosas s’en sont délectés. L’ASEC Mimosas l’emporta 5 buts à 2 grâce à un doublé de son jeune attaquant CAMARA Losséni, à une réalisation de son gaucher magique KASSY Kouadio Lucien et à un autre doublé de son buteur de génie, TRAORE Abdoulaye dit Ben Badi. L’AS Oumé a réduit deux fois la marque grâce à son attaquant BOHE Cyrille.

Légende photo: elles sont super, les femmes Actionnaires

Ce fut la fête avant, pendant et après ce match qui a permis aux Actionnaires de célébrer avec faste leur 8e titre de champion de Côte d’Ivoire, déjà en poche quelques journées avant la fin du championnat. Ce 8e titre a marqué le renouveau de l’ASEC Mimosas puisque, cette année-là, le club jaune et noir a réussi le grand chelem en remportant, en plus du championnat national, la Coupe nationale et la Coupe UFOA, son premier trophée africain. Nous vous faisons revivre ce match historique avec le témoignage de deux acteurs majeurs : Eustache MANGLE dit le Lion, l’entraîneur adjoint de l’époque et AMANI Yao César Lambert, alors milieu de terrain de l’ASEC Mimosas.

Légende photo: mission accomplie pour Gadji et ses coéquipiers qui saluent les Actionnaires

 

Eustache MANGLE (Attaquant de l’ASEC Mimosas de 1963 à 1972, Entraîneur adjoint de 1989 à 1992, puis Entraîneur principal en 1993)

« Je garde de beaux souvenirs de ce match contre l’AS Oumé »

– Vous avez été un attaquant international et un redoutable buteur de l’ASEC Mimosas, puis entraîneur principal de ce club. Pendant combien d’années avez-vous évolué à l’ASEC Mimosas et combien de titres avez-vous remporté avec le club ?

– Je suis arrivé à l’ASEC Mimosas, en 1963. J’ai évolué au club jusqu’en 1972. C’est à la fin de la saison 1971-1972 que j’ai arrêté définitivement. En clair j’ai joué pendant 10 saisons dans ce club que j’aime passionnément. Durant cette période, j’ai été trois fois champion de Côte d’Ivoire avec l’ASEC Mimosas en 1963, en 1970 et en 1972. J’ai également remporté 5 Coupes nationales en 1967, 1968, 1969, 1970 et 1972. C’est même après cette victoire en Coupe nationale que j’ai arrêté définitivement la compétition. Comme joueur, j’étais un finisseur. Je n’aimais pas fignoler avec la balle. Je pouvais faire une feinte ou un crochet qui était suivi d’un tir. Je n’aimais pas marquer sur des retraits dans la surface de réparation, mais sur des tirs de loin. J’ai marqué un but en finale de la Coupe nationale, en 1967, face au Stella Club, depuis le rond central, sur un tir tendu qui a trompé Fanny Ibrahima, le gardien de but adverse. En voyant ce but, le Président Félix HOUPHOUET-BOIGNY a dit de moi : « Ça c’est un garçon ». J’étais très bon aussi de la tête et mes coups de tête étaient aussi puissants que mes coups de pied.

– Vous avez été aussi entraîneur principal de l’ASEC Mimosas. Pouvez-vous nous parler de cette expérience ?

– C’est en 1993 que j’ai succédé à Philippe TROUSSIER dont j’ai été l’adjoint de 1989 à 1992. Lorsque la FIF l’a appelé comme sélectionneur national, le Président Roger OUEGNIN m’a nommé entraîneur principal de l’ASEC Mimosas. En 1993, nous avons été champions de Côte d’Ivoire et demi-finalistes de la Coupe d’Afrique des clubs champions. N’eussent été les violences dont nous avons été victimes aux stadium de Kumasi, nous aurions pour nous qualifier pour notre première finale de C1 et même la remporter.

– Vous avez contribué au record d’invincibilité de l’ASEC Mimosas, en Ligue 1 aux côtés de Philippe TROUSSIER de 1989 à 1992, record que vous avez prolongé d’une saison, en tant qu’entraîneur principal en 1993. Comment expliquez-vous cette performance ?

– Nous avions Me Roger OUEGNIN, un grand Président du Conseil d’Administration, qui était jeune et très ambitieux. Il avait fait venir Philippe TROUSSIER qui est un grand entraîneur qui a su inculquer ses conceptions de jeu et communiquer sa rage de vaincre aux joueurs. Il a su créer une bonne ambiance et une symbiose au sein de l’équipe. Nous avions aussi la chance d’avoir un capitaine de grande envergure en la personne de GADJI Céli Saint-Joseph. Celui-ci était un grand meneur d’hommes. GADJI Céli savait galvaniser ses coéquipiers et leur rappeler les consignes de l’entraîneur sur le terrain. Nous avions enfin de grands joueurs comme KONATE Losséni, KASSY Kouadio Lucien, Abdoulaye TRAORE dit Ben Badi, AKA Kouamé, OBOU Arsène, FALLET Vilasco, AMANI Yao, SORO Jean, SIE Donald Olivier et bien d’autres. Le Président Roger OUEGNIN avait su créer un bon environnement autour de l’équipe. Il avait trouvé le complexe sportif de Sol Béni où nous avons pu travailler sereinement et efficacement. Il a mis aussi les moyens pour motiver les joueurs. Tout cela avait contribué à construire le record d’invincibilité inscrit dans le livre des records Guinness.

– Pourriez-vous nous parler de votre tandem avec Philippe TROUSSIER que les Actionnaires et la presse avaient baptisé le Sorcier Blanc ?

– Il existait une confiance solide entre Philippe TROUSSIER et moi. Il était caractériel, parfois arrogant, mais il avait un grand respect pour moi. Il demandait mon avis sur tous les aspects de l’encadrement technique. J’étais ses yeux et ses oreilles auprès des joueurs. Il arrivait que Philippe TROUSSIER heurte les joueurs avec ses méthodes. Après, il m’envoyait arranger cela avec ces derniers pour les impliquer de nouveau. Notre collaboration a été sincère et étroite, même si parfois, on s’engueulait quand il le fallait et après tout rentrait dans l’ordre.

– La Saison 1989-90, durant laquelle tout a commencé, a marqué le renouveau du club. Cette année-là, le club a remporté son 8e titre de champion de Côte d’Ivoire, neuf ans après le 7e obtenu en 1980. Comment avez-vous construit ce sacre national qui était tant attendu par les Actionnaires ?

– Ce fut une saison merveilleuse et inoubliable. Avant l’arrivée de TROUSSIER, je me suis occupé de la préparation de l’équipe durant l’intersaison. Je devais quitter l’encadrement technique dès l’arrivée du nouvel entraîneur. Lorsque Philippe TROUSSIER est arrivé, j’ai rendu ma démission, mais le Président Roger OUEGNIN a décidé de me conserver dans le staff technique. Tout le monde (dirigeants, joueurs, encadreurs techniques et supporters) était mobilisé pour reconquérir le titre de champion de Côte d’Ivoire qui nous fuyait depuis 9 saisons. Nous avons travaillé en harmonie. Finalement, à quelques journées de la fin du championnat nous avions le titre en poche sans avoir subi de défaite. Lors de la dernière journée contre l’AS Oumé, au Stade FHB, c’était l’apothéose. Il y a eu la fête dans les quartiers où les Actionnaires ont paradé dans la matinée avant de se rendre au Stade FHB où la fête a continué jusqu’à la fin de la rencontre. Nous avons gagné 5-2. Il y a eu des buts et du spectacle. Les Actionnaires étaient heureux. Tout le monde était heureux. Nous avions relevé le défi de détrôner l’Africa Sports qui régnait sans partage sur le football ivoirien à l’époque.

– Quels souvenir gardez-vous de cette dernière journée conte l’AS Oumé ?

– Je garde de beaux souvenirs de ce match contre l’AS Oumé, de l’ambiance qui l’a entouré. Nous avons fait notre mise au vert au Golf Hôtel. En nous rendant au Stade FHB, au niveau de la PISAM, nous avons vu un monde impressionnant dans les tribunes et autour du stade. Une fois dans l’enceinte du stade, l’ambiance était carnavalesque. C’était beau et émouvant. On ne peut pas oublier un événement de ce genre. Je suis très heureux de l’avoir vécu.

Interview réalisée par

K.I.

 

AMANI Yao César-Lambert (Milieu offensif de l’ASEC Mimosas de 1988 à 1993)

« C’est le titre qui m’a le plus marqué »

– Vous avez vécu la fête du 8e titre de champion de Côte d’Ivoire de l’ASEC Mimosas, à la dernière journée, contre l’AS Oumé en 1990. Ce titre fut le premier de l’ère Roger OUEGNIN, mais aussi votre premier titre en championnat sous les couleurs de l’ASEC Mimosas. Quel souvenir en avez-vous gardé ?

– Je me rappelle encore de ce sacre comme si c’était hier. Cette année-là, nous avions remporté le titre à Odienné, quelques 3 journées avant le terme du championnat national. Ce qui était particulièrement remarquable, c’est que nous avons conservé la première place du championnat de la première journée à la dernière. C’est une conjonction d’événements heureux qui nous avait conduits à ce sacre. Nous avions un entraîneur jeune, fougueux, mais très compétent, qui était à sa première expérience en Afrique et qui avait su canaliser l’ego des uns et des autres. Nous avions aussi un jeune Président du Conseil d’Administration, qui venait d’arriver et qui avait tout à prouver. Nous avions enfin un effectif riche en qualité et en quantité, composé quasi exclusivement d’internationaux. La fête a été énorme parce que neuf saisons durant l’ASEC Mimosas n’avait pas été champion de Côte d’Ivoire. L’Africa Sports régnait en maître sur les compétitions nationales. Il y a eu un engouement populaire extraordinaire parce que les résultats suivaient et parce que le Président Roger OUEGNIN avait mis en place une bonne politique sportive.

– Quel était l’état d’esprit de l’équipe et qu’est-ce qui vous avait permis de faire la différence sur le terrain ?

– L’effectif de la saison 1989-90 reste pour moi la meilleure cuvée de l’ASEC Mimosas. Je suis arrivé au club à la fin de la saison 1987-1988. J’ai trouvé en place des très bons joueurs comme KASSY Kouadio Lucien, ZARE Mamadou, AKA Kouamé, SAKANOKO Amadou, BASSOLE Michel, Dan Forster KODJO et N’DIAYE Aboubacar. Il faut dire que l’arrivée de Me Roger OUEGNIN a été pour beaucoup dans cette reconquête du titre national qui a sonné le renouveau de l’ASEC Mimosas. C’est lui qui avait fait venir les GADJI Céli, TRAORE Abdoulaye dit Ben BadiKONATE Losséni, TALLE Ibrahim, OBOU Arsène et SOGBIE Jonathan. C’est lui aussi qui avait fait venir Philippe TROUSSIER qui a apporté le professionnalisme à l’ASEC Mimosas. Nous nous entraînions sur le terrain de l’école de la gendarmerie. La pelouse n’était pas bonne.

Philippe TROUSSIER a exigé que les dirigeants trouvent une bonne pelouse et il a menacé de démissionner pour rentrer en France. C’est comme ça que Me Roger OUEGNIN a trouvé le site de Sol Béni. Si mes souvenirs sont bons, nous nous sommes entraînés ici pour la première fois le 3 décembre 1989 et trois jours après, nous jouions notre premier match de la saison. Quand nous sommes entrés ici, le Président a dit que l’ASEC Mimosas n’allait plus quitter ce site. L’équipe a été encadrée de manière professionnelle. TROUSSIER a exigé que tous les joueurs portent les mêmes tenues. Les entraînements étaient dirigés de manière professionnelle. TROUSSIER a su s’imposer au groupe qui comptait de fortes têtes. Nous nous sommes dit aussi qu’il fallait mettre fin au règne de l’Africa Sports. Cette pensée a animé tout le groupe. Titulaire ou remplaçant, tout le monde était heureux de jouer à l’ASEC Mimosas. C’est cet état d’esprit qui nous avait permis de reconquérir le titre de champion de Côte d’Ivoire cette année-là.

– Il y a eu l’apothéose à la dernière journée contre l’AS Oumé, le dimanche 26 août 1990. Vous étiez blessé, mais vous étiez sur le banc. Comment y avez-vous été admis et qu’avez-vous ressenti cet après-midi-là ?

– J’avais contracté une blessure aux ligaments croisés, en équipe nationale, le 16 août 1990, contre la Mauritanie. J’étais indisponible pour les derniers matches de la saison et surtout lors de l’ultime contre l’AS Oumé. Philippe TROUSSIER avait demandé que le Président Roger OUEGNIN et tous les joueurs non sélectionnés contre Oumé soient sur le banc. J’avais des regrets parce que j’avais disputé 28 matches du championnat sur 30. J’avais été l’un des joueurs les plus réguliers de l’équipe. Ne pas avoir pris part au match de la fête du sacre m’avait fait de la peine. J’ai même coulé des larmes en voyant les 40 000 Actionnaires debout, tenant des bougies allumées, chantant et dansant dans les tribunes. C’était très émouvant et très beau à vivre. Ce jour-là, nous savions que nous allions gagner le match, mais nous ne savions pas par quel score. Nous dégagions une telle force que nous n’avions peur de rien. TROUSSIER avait réussi à donner un mental de gagneur à l’équipe. Le Président Roger OUEGNIN nous motivait énormément aussi. Pour lui, c’était la gagne, la gagne, la gagne. GADJI Céli mettait beaucoup d’ambiance dans le car, mais nous savions rester très concentrés sur nos matches parce que nous étions l’équipe à battre. Nos matches étaient de plus en plus difficiles. Tous les adversaires étaient motivés contre nous, mais ils avaient peur de nous. Nous arrivions à les battre parce que quels que soient les joueurs qui étaient alignés, notre rendement était toujours un cran au-dessus. C’est cette constance dans les efforts qui nous a conduits à ce résultat.

– Avec le recul, que retenez-vous de ce sacre ?

– Je garde beaucoup de bons souvenirs de ce titre et surtout de la fête du 26 août 1990.  Pour moi, ce fut le plus beau titre que j’ai remporté à l’ASEC Mimosas. Pendant neuf ans, le club a beaucoup souffert et n’attendait que cela. A un moment donné, tout le monde pensait que l’Africa Sports était intouchable. Et en 1990, la donne a changé. Ce titre était arrivé comme un soulagement, une libération pour les dirigeants, pour les joueurs et pour les supporters. Nous nous sommes tous dit « Ouf ! Nous y sommes arrivés ». Le plus important, c’est que ce titre laissait présager un avenir meilleur parce que l’équipe était très forte et elle se bonifiait de match en match. Cela s’est vérifié après d’année en année. C’est le titre qui m’a le plus marqué. Nous étions allés le chercher en restant premiers de la première à la dernière journée. Ce n’est pas donné à toutes les équipes.

– Que pouvez-vous dire pour clore cet entretien ?

– 1990 fut une très belle année qui a marqué le renouveau de l’ASEC Mimosas. Chaque fois que je reviens à Sol Béni, c’est avec beaucoup d’émotion, un bonheur renouvelé et de bons souvenirs. Philippe TROUSSIER m’a beaucoup marqué. Il s’est montré un entraîneur exigeant. Il a beaucoup contribué au renouveau du club. Il avait un caractère difficile, mais les résultats plaident pour lui. Il est l’un des meilleurs entraîneurs que l’ASEC Mimosas a connus. Je suis très heureux d’avoir fait partie de cette aventure. Il y a aussi un homme qui nous communiquait sa foi. Il nous disait qu’il fallait qu’il transforme l’ASEC Mimosas pour en faire un vrai club professionnel, ajoutant que cela ne pouvait passer que par notre travail et par nos bons résultats sportifs afin que les supporters adhèrent à son projet. Cet homme-là, c’est Me Roger OUEGNIN. Il faut le lui reconnaître, ainsi qu’à ses compagnons même si beaucoup d’entre eux ne sont plus de ce monde. Paix à leur âme. L’ASEC Mimosas n’est plus un simple club. C’est aujourd’hui une grande institution. Il faut se rappeler qu’au départ de cette institution, il y a eu des hommes pour concevoir et porter ce projet.

Interview réalisée par

KONE I.

Extrait du N°1298 du Mimosas Magazine paru le jeudi 3 novembre 2016