Le système de Licence de clubs : l’avenir du football africain !

Après son brillant exposé, à Yaoundé, sur le modèle d’organisation de l’ASEC Mimosas, présenté aux fédérations africaines,  lors du séminaire régional de la FIFA, en collaboration avec la CAF, Benoît YOU, le Directeur Général de l’ASEC Mimosas, vous propose une contribution sur Le système de Licence de club, que voici.

Bien qu’il soit difficile de parler « d’un » football africain tant les réalités de ses pays sont différentes, nous allons tenter de penser l’avenir du football africain comme un tout. Nous nous attacherons particulièrement au football des clubs dont la situation est particulièrement préoccupante et paradoxale.

En effet, on peut dire, sans se tromper, que les joueurs africains font partie des meilleurs  au monde et que le potentiel de joueurs du continent est gigantesque et inépuisable ! De même, on observe que les supporters africains sont parmi les plus fervents et les plus nombreux.

Et pourtant, dans le même temps, on observe que, lors des compétitions nationales et internationales de club, les stades se vident chaque année un peu plus (ex : En Côte d’Ivoire, la moyenne de spectateurs pour les matches de Ligue 1 ne dépasse pas les 1.000 entrées payantes sur la saison 2015-2016) à l’exception de certains pays d’Afrique du Nord et lors de grands derbies régionaux.

L’exemple de l’ASEC Mimosas et de la Côte d’Ivoire est significatif car son championnat national se disputait, dans les années 1980 et 1990, dans des stades pleins (près de 25.000 spectateurs de moyenne par match) et ses joueurs composaient l’essentiel de l’équipe nationale. C'était également le cas au Ghana (avec ses grands clubs Asante Kotoko ou Hearts of Oak), au Cameroun ou encore en Guinée. 

Le constat est aujourd’hui le suivant :

                – Des championnats qui attirent de moins en moins de spectateurs,

                – Des clubs sans ressources pour conserver leurs meilleurs joueurs,

                – Des sponsors et des diffuseurs peu enclins à venir vers des spectacles peu populaires,

Le désintérêt pour les championnats locaux en Afrique subsaharienne date de la fin des années 90 et n’a cessé de s’accentuer. Les raisons de cette évolution sont connues et peuvent s’expliquer par l’explosion des barrières qui protégeaient les clubs africains du reste du monde (fin de la limitation du nombre de joueurs étrangers par club, ouverture de très nombreux pays au football qui accroit la demande en joueurs, arrivée des bouquets de télévision satellitaire qui donnent au monde l’accès aux plus grands matches partout dans le monde, …).

Dans un football mondialisé où les joueurs choisissent les meilleures conditions de vie et de jeu ; où la demande en joueurs notamment africains a explosé ; et où les téléspectateurs peuvent choisir le meilleur spectacle sportif dans le monde entier en direct depuis leur salon, les clubs africains n’étaient pas préparés et ils n’ont pas pu résister à cette terrible concurrence.

Pour changer la donne, le défi à relever pour les clubs africains est gigantesque car ils vont devoir proposer aux joueurs, aux spectateurs, aux annonceurs, aux diffuseurs … des produits de qualité et compétitifs afin de se battre contre les clubs du monde entier disposant de moyens très important et pour certains dans des économies développées.

Cependant, les championnats locaux et les compétitions inter-clubs disposent d’un atout indéniable : la proximité avec leur public que les grands championnats européens n’auront jamais.  Les supporters ivoiriens ne demandent qu’à soutenir leurs clubs de cœur dans leur pays, comme c’est le cas en Egypte ou au Maroc, tout en suivant les matches européens et en supportant le FC Barcelone, le Real Madrid, Chelsea ou Manchester United. Il en est de même pour les joueurs à l’instar des sud-africains qui évoluent, pour la plupart, dans la Ligue Professionnelle sud-africaine (PSL) où ils perçoivent des rémunérations proches de celles perçues dans des clubs européens et n’ont donc aucune raison de s’exiler.

L’une des clés de la réussite résidera dans la capacité des clubs à se professionnaliser dans tous les secteurs (sportif, administratif, commercial, marketing, communication, financier, infrastructures …) afin de pouvoir mobiliser des ressources financières plus importantes à travers un modèle économique rentable.  Les ressources principales des clubs de football dans le monde proviennent en général des activités suivantes (Billetterie, Droits TV, Merchandising, Sponsoring, Transferts de joueurs).

A l’heure actuelle, peu de clubs africains peuvent se targuer de recevoir des recettes issues de ces activités car elles nécessitent un bon spectacle, une confiance dans les acteurs des clubs et des Ligues, une formation de joueurs de qualité  et une bonne organisation des compétitions et des clubs.

Le programme de Licence de club mis en œuvre par la FIFA dans le monde et par la CAF en Afrique vise à accompagner les clubs dans ce processus de professionnalisation afin de rendre ces clubs et ces compétitions attractives. Ainsi, le principe de ce système est d’octroyer une licence (donc une autorisation) aux clubs désirant participer aux compétitions inter-clubs de la CAF (puis aux compétitions nationales) s’ils remplissent un certain nombre critères. Ces critères s’étendent sur tous les domaines d’activités d’un club (sportifs, infrastructures, administratifs et du personnel, juridiques et financiers) et seront évolutifs au fil des années. Il faut noter que certaines Ligues africaines (Algérie, Afrique du Sud …) ont déjà mis en place ce système de licence pour leurs clubs.

Dans ce sens, l’ASEC Mimosas a mis en place une organisation professionnelle depuis 1990, ce qui lui a permis d’obtenir les résultats que l’on connait (Vainqueur de la Ligue des champions, de la Super Coupe d’Afrique, 17 titres de champion de CI en 20 saisons, un centre de formation de référence en Afrique, un centre d’entrainement modèle, des médias, …) et de fidéliser de nombreux sponsors qui trouvent dans notre club des interlocuteurs crédibles.

De plus en plus de clubs font cette démarche de professionnalisation sur le continent et c’est prometteur. Cependant, ces actions, si elles demeurent isolées, ne permettent pas de créer un environnement homogène et favorable à l’investissement.

Le processus sera long mais il est inéluctable dans un monde où l’Afrique est en pleine émergence sur tous les plans.

Pour obtenir l’adhésion indispensable des clubs africains, la CAF et les fédérations nationales devront, quant à elle, leur apporter des contreparties, notamment financières, en s’appuyant sur des compétitions lucratives pour un nombre beaucoup plus important de clubs (à l’image de l’UEFA Champions League) afin d’inciter, de plus en plus de clubs à faire les efforts requis.

Ce projet est l’affaire de tous et sa réussite ne pourra qu’être collective.

Le football africain le mérite.

Benoît YOU
Directeur Général de l’ASEC Mimosas

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