« J’ai été honnête à tout point de vue »

L’un des gardiens de but qui a créé la polémique, après l’élimination de l’ASEC Mimosas en demi-finale retour de la Ligue des champions en 2002, à Casablanca, KANTE Guyan a accepté le rendez-vous du « Salon des Actionnaires », sur RJN, où il est venu parler de son actualité, mais surtout de ses joies et déboires vécus à l’ASEC Mimosas.  Extrait de ses échanges avec Clément DIAKITE.

Que devient KANTE Guyan ? 

A 33 ans, je suis encore en activité, mais sans club, pour le moment. Je rentre de Guinée et j’attends de nouvelles propositions. J’en ai reçu venant du Gabon, malheureusement, cela ne s’est pas fait. La saison dernière, j’ai évolué avec le Hafia FC de Guinée Conakry et nous avons terminé à la 7e place du classement de la première division.

 Quel a été votre parcours avant d’arriver à l’ASEC Mimosas ?

Tout a commencé à l’école primaire Dioulakro d’Abengourou. J’avais un ainé, feu KEITA Namory avec qui, chaque matin, j’allais m’entraîner. C’est lui qui m’a véritablement appris les bases du football. Dans les années 1998, je me suis rendu à Abidjan pour la détection du Centre Technique du Haut Niveau à l’INJS avec les coaches DJEDJE Benjamin, KABLAN Sampon, KABY Apollinaire, BOHE Norbert, DA Sylva et autres. J’ai été admis parmi les 120 candidats. Malheureusement, le jour où nous devions recevoir les équipements pour rentrer à l’internat, j’ai été recalé sans motif valable et remplacé par YEBOAH Daniel. Je suis donc retourné dans mon quartier, à Abobo, où je continuais à jouer avec des amis et aînés, à l’école Habitat. Et là, j’ai été approché par KONE Moussa, le Président du Racing Club d’Abobo qui m’a convaincu d’intégrer son équipe, en Division 2.

 Comment êtes-vous arrivé à l’ASEC Mimosas ?

Avec le RCA, nous disputions des matches amicaux principalement contre des équipes de première division. Un samedi, de l’année 1999, l’équipe a été  invitée par l’ASEC Mimosas, à Sol Béni. Ce jour-là, j’ai été appelé en urgence au dernier moment pour palier la défection du deuxième gardien de but. Je ne connaissais pas la situation géographique de Sol Béni et je n’avais pas d’équipement. Je suis donc allé voir un ami du nom de BELEM Yacou qui évoluait dans le championnat corpo. C’est ce dernier qui m’a remis, en plus de ses équipements, le transport pour rejoindre le groupe à Sol Béni. Nous avons joué le match en trois mi-temps. Nous avons perdu sur le score de 1 but à 0, mais j’avais fait une très belle prestation. Et ma chance, ce jour-là, Me Roger OUEGNIN, le PCA de l’ASEC Mimosas, avait assisté au match. Lorsque je me rendais dans les vestiaires, juste après le match, il m’a interpelé pour me saluer et me féliciter. Il a ensuite demandé la reprogrammation d’un autre match. Nous sommes donc revenus à Sol Béni, le mercredi suivant. Et ma prestation a été encore meilleure. Nous l’avons emporté sur l’ASEC Mimosas. SORO Taïna (qui s’est retrouvé par la suite à l’ASEC Mimosas) a marqué un pénalty face à DIARRA Seydou et moi, j’avais arrêté celui de Secréto. J’ai donc été convoqué pour un essai avec l’équipe de l’ASEC Mimosas. Cet essai s’est avéré concluant et c’est ainsi que j’ai intégré l’équipe de l’ASEC Mimosas.

 Comment cette nouvelle a-t-elle été accueillie dans votre famille ?

Personne ne savait que j’avais signé à l’ASEC Mimosas. Pendant  les vacances,  Je me suis rendu à Abengourou avec ma prime de signature et tout le reste, mais je faisais mine d’être dans une situation de miséreux. Je quémandais même de l’argent à ma mère. J’ai joué la comédie pendant trois jours et j’ai donc provoqué l’agacement de ma mère qui s’est mise à couler des larmes. Il était alors temps pour moi d’arrêter ce petit jeu.  Je me suis donc excusé auprès d’elle avant de lui dire que j’avais signé à l’ASEC Mimosas et que, par la grâce de Dieu, je pouvais désormais faire face à certaines charges de la famille. Dans la semaine qui a suivi, j’ai été appelé par le Magazine ASEC Mimosas pour une interview avec vous, DIAKITE Clément, pour faire ma présentation officielle. Depuis lors, tout le monde a su que j’étais un joueur de l’ASEC Mimosas. Et ma maison ne désemplissait pas. J’étais devenu une vedette, au grand bonheur de ma mère.

 Comment s’est déroulée votre intégration dans le groupe mimosas ?

Lorsque je signais, le PCA avait été clair ave moi. Je devrais être le 4e gardien de but derrière Losséni KONATE, DIARRA Seydou et KONE Ibrahim. Et l’année d’après, être prêté au Sabé Sport de Bouna pour m’aguerrir. J’étais déjà heureux d’être aux côtés de ces grands noms pour apprendre auprès de ces gardiens de grandes classes. L’année suivante, je m’attendais donc à être prêté, mais quelle ne fut ma surprise de constater un changement dans mon contrat. Je devenais le deuxième gardien de but derrière Losseni KONATE. Mon prêt n’était plus à l’ordre du jour. Il fallait donc beaucoup travailler pour garder cette place devant DIARRA Seydou et KONE Ibrahim qui étaient encore là. Ça n’a pas du tout été facile.

 Quelles étaient les grandes qualités de KANTE Guyan qui lui ont permis de s’intégrer facilement à l’ASEC Mimosas ?

Je ne saurais donner une réponse exacte. Mais ce qui est sûr, j’ai reçu une grâce divine en me retrouvant devant ces modèles de joueurs que j’admirais (Losséni KONATE, DIARRA Seydou, SIBY Badra Aliou et autres). J’étais obsédé par l’envie d’apprendre à leurs côtés. Sans doute que cette intégration prématurée comme vous le dites vient de cette force de caractère et du respect des devanciers.

 Pourquoi êtes-vous parti de l’ASEC Mimosas en 2006 ?

Je suis parti de l’ASEC Mimosas parce que j’étais confronté à un certain nombre de problèmes. Et comme je n’étais pas assez fort mentalement, j’avais même décidé de mettre un terme à ma carrière. Le PCA, Me Roger OUEGNIN aimait à dire que : « Le sport est un monde de requins où les plus gros dévorent les plus petits ». En son temps, je n’avais pas vraiment compris le sens de sa pensée. Ce n’est qu’arrivé à la SOA, en 2008, que j’ai vraiment cerné les propos de Me Roger OUEGNIN et j’ai compris, comment mener ma vie desormais.

 Quels bons souvenirs retenez-vous de votre passage à l’ASEC Mimosas ?

Les grands souvenirs à l’ASEC Mimosas sont nombreux. Dès ma première année dans le  club, en 2000, j’ai ressenti des sensations. J’ai reçu trois paires de crampons adidas Copa mundial des mains de Hyacinthe COULIDIATI, l’Intendant Général du club. Une pour les entraînements et les deux autres pour les compétitions. Je n’avais jamais rêvé de cela, moi qui raccommodais les chaussures pour jouer. J’étais tellement heureux, que j’ai passé des nuits avec ces chaussures sous mon oreiller. C’est un souvenir inoubliable. Et pour ma première année, j’ai gagné le titre de champion de Côte d’Ivoire, avec Michel DECASTEL, le coach Suisse et les jeunes sortis de l’Académie MimoSifcom.

 Lequel des entraîneurs de l’ASEC Mimosas vous a le plus marqué ?

Sans hésiter, je citerai le coach TRAORE Drissa dit « Saboteur» qui nous a eu en 2002. C’était un grand homme naturel et très sincère que nous avons beaucoup respecté et dont nous avons aimé la méthode de travail.

 Justement, c’est avec lui que l’ASEC Mimosas chute lourdement (4 – 0), à Casablanca, en demi-finale de la Ligue des champions, face au Raja Althétic Club, après avoir gagné le match aller (2 – 0), au Stade FHB. Pouvons nous revenir sur ce match quand on sait que c’est vous qui étiez dans les buts mimosas, avant de sortir en cours de jeu ?

Oui. J’ai commencé le match, mais au bout de la 68e mn, je me blesse et j’ai été remplacé par KONE Ibrahim, nous étions alors menés sur le score de 1 but à 0. Ce match reste un très mauvais souvenir parce que tout le monde nous voyait en finale parce que nous avions un très bon groupe. Nous avons joué sur un terrain qui avait été pratiqué la veille pour un match de la Coupe CAF et dont le système de drainage n’avait pas fonctionné suite à la fine pluie tombée ce jour-là…la suite, vous la connaissez.

 Pouvez-vous nous dire clairement ce qu’il en était de votre blessure parce que certaines rumeurs disaient que vous auriez imaginé une blessure pour fuir le match ?

Je n’ai nullement eu l’intention d’abandonner mes amis. Le Docteur SANGARET Malick, qui cumulait le poste de médecin et du préparateur physique est intervenu à deux reprises pour me soulager de ma blessure. Rien n’y fit. Après la première intervention, j’ai essayé de jouer le corner que nous avions concédé, mais je n’ai pas pu le faire et je me suis affaissé. C’est ainsi que le médecin est revenu et j’ai été remplacé. Malheureusement pour moi et pour l’équipe, KONE Ibrahim n’a pas assuré et nous avons encaissé trois autres buts. C’est à partir de ce match que mes malheurs ont commencé. Parce que les Actionnaires ne m’ont plus jamais porté dans leur cœur. Pourtant, c’est en toute honnêteté et avec l’envie de me qualifier que j’ai abordé cette rencontre. Et chose extraordinaire, le lendemain du match, je n’ai ressenti aucune douleur. J’en étais fort choqué et stupéfait. C’est d’ailleurs récemment que j’ai visionné le match et vu comment est-ce que nous avons encaissé les trois autres buts. Je n’avais plus voulu voir ce match, auparavant parce que cela avait été une vraie frustration pour moi. Je comprends le grand espoir déçu, après l’élimination qui s’en est suivie. Mais je sais que tôt ou tard, je serai réhabilité car j’ai été honnête à tout point de vue ».

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