« On a beaucoup travaillé pour faire progresser nos joueurs »

Pour Alain GOUAMENE qui a entraîné l’ASEC Mimosas, la saison écoulée, les résultats ont été en-dessous des attentes du club . Mais il estime qu’il faut rester positif, tirer les leçons et avancer vers des saisons futures brillantes. Il pense aussi qu’un grand travail a été fait et que celui qui lui succèdera ne devra pas tout remettre en cause, mais plutôt travailler à renforcer les acquis avec le soutien inconditionnel des Actionnaires.

 La saison de football vient de se terminer en Côte d’Ivoire. Quel bilan faites-vous de celle de votre équipe ?

Il est évident que les résultats ont été nettement en-dessous de nos espérances. Et je peux comprendre la déception du Président Roger OUEGNIN, de ses collaborateurs ainsi que des supporters qui avaient entretenu beaucoup d’espoir à un moment donné. Pour le technicien que je suis, la saison n’a pas été complètement négative. On a essayé de mettre des choses en place pour produire du jeu. On aurait pu remporter la Ligue 1 de la saison dernière. Mais on est passé tout près du titre parce qu’on n’a pas su répondre présent à des moments décisifs et on a perdu des points qu’il ne fallait pas. On est forcément déçu et frustré. Mais la deuxième place qui permet à l’ASEC Mimosas de disputer la Ligue des champions, la saison prochaine, atténue quelque peu la déception du titre que le club n’a pas gagné.

Comment expliquez-vous la saison blanche de l’ASEC Mimosas?

 La saison blanche de l’équipe a plusieurs causes sur lesquelles je ne vais pas m’étaler. Sachez seulement que je suis très déçu de cette situation parce que l’ASEC Mimosas méritait de remporter la dernière Ligue 1.

 Que représente pour vous la deuxième place en Ligue 1 qui permet à l’ASEC Mimosas de disputer la Ligue des champions, la saison prochaine ?

C’est la preuve que la saison que j’ai passée à l’ASEC Mimosas n’est pas un fiasco puisque l’un des objectifs qui m’étaient assignés était de qualifier l’équipe pour une compétition africaine et prioritairement pour la Ligue africaine des champions. Il aurait été plus intéressant pour le club de disputer cette compétition en tant que champion de la Ligue 1. Mais si en étant deuxième, cela lui donne la possibilité de la disputer, je pense que cette situation sauve quelque peu la saison.

 L’ASEC Mimosas avait bien débuté la Ligue 1, puis la Coupe de la Confédération et avait suscité de grands espoirs dans ces deux compétitions avant de tout perdre. Quelles sont, selon vous, les raisons de ces contreperformances ?

On a essayé de mettre quelque chose en place pour atteindre nos objectifs de la saison. Mais les réalités des compétitions nous ont malheureusement ramenés à notre vrai niveau. En Coupe de la Confédération, le match aller à Sfax contre la formation locale, m’avait permis de voir tout de suite qu’il nous manquait beaucoup de chose pour nous imposer dans cette compétition. Au match retour, chez nous, on a essayé de se révolter pour renverser la situation. Malheureusement, les Sfaxiens ont été meilleurs que nous.

D’aucuns pensent que certains de vos joueurs ont sabordé votre travail…

Je ne le pense pas parce que si un joueur qui a sa carrière à gérer ne cherche pas à briller, mais à saborder le jeu de son équipe et le travail de l’entraîneur, il fait du tort à lui-même. Cela peut être possible si ce joueur veut partir ailleurs contre la volonté de ses dirigeants. Mais pour ceux qui, comme les nôtres, n’étaient pas prêts à partir, je ne crois pas qu’ils aient pu agir de la sorte. On a fait une saison moyenne parce qu’on a sombré à des moments où il ne fallait pas.

D’autres aussi ont estimé que c’est le niveau moyen des joueurs mimosas qui est la cause principale de cette saison blanche.

Mes joueurs n’ont pas été moyens. Ils ont le même niveau que les joueurs de la Ligue 1, alors que les joueurs de l’ASEC Mimosas doivent être au-dessus des autres. Pourquoi cela? Parce que toutes les équipes jouent leur finale contre l’ASEC Mimosas qui doit, dans ces conditions, être capable d’élever son niveau de jeu pour faire la différence. Sinon, elle aura beaucoup de mal à dominer les compétitions nationales comme ce fut le cas la saison écoulée.

 Dans ce cas, êtes-vous d’accord avec ceux qui pensent que vos joueurs ont manqué de caractère dans les moments décisifs, c’est-à-dire vers la fin des matches aller comme vers la fin des matches retour ?

C’est vrai que mes joueurs ont manqué de caractère parce qu’ils n’ont pas su se révolter et élever leur niveau de jeu, à certains moments. Mais il ne faut pas leur en vouloir. Ils ont donné ce qu’ils pouvaient donner. La saison a été très difficile pour eux. On a essayé de produire du jeu. On a réussi à faire une bonne impression. Tout le monde a pensé à un moment donné que l’équipe de l’ASEC Mimosas serait championne de Côte d’Ivoire. Mais ce ne fut pas le cas. Même si les choses ne se sont pas déroulées comme on le voulait, il faut reconnaître que tout n’a pas été mauvais. Il faudra tirer les leçons, corriger les erreurs pour faire mieux la saison prochaine.

Saliou GUINDO, le jeune attaquant malien de l’ASEC Mimosas, qui a eu beaucoup de mal à trouver ses repères, a finalement marqué 3 buts, lors des derniers matches de la saison. Comment expliquez-vous son réveil tardif ?

Certains élèves comprennent tout de suite ce qu’on leur apprend, tandis que d’autres prennent plus de temps pour y arriver. Saliou GUINDO a mis du temps pour comprendre ce qu’on lui demandait. Mais il y est arrivé et c’est le plus important pour moi. Son réveil tardif est aussi la preuve qu’on a beaucoup travaillé pour faire progresser nos joueurs. Certains parmi eux ont survolé la compétition à leur poste. D’autres n’ont pas pu le faire. Alors qu’à l’ASEC Mimosas, à chaque poste, les joueurs doivent faire l’effort d’être les meilleurs en Côte d’Ivoire et en Afrique parce qu’ils jouent à l’ASEC Mimosas.

Pouvez-vous nous dire aussi pourquoi ce sont les défenseurs et les milieux de terrain mimosas qui ont marqué plus de buts que les attaquants ?

Si tout le monde pouvait marquer dans l’équipe, c’est parce qu’on avait un projet de jeu qui le permettait. Les attaquants ont marqué très peu de buts parce qu’ils n’étaient pas de bons buteurs. Ils se battaient bien, mais ils n’avaient pas la lucidité et l’adresse qui caractérisent les grands buteurs. Si l’ASEC Mimosas avait des buteurs de cette trempe, elle aurait réussi le doublé haut les mains. En plus de l’absence d’un véritable finisseur, l’équipe a manqué aussi de constance dans les victoires.

Le club pourra-t-il résoudre son problème d’inefficacité offensive ?

Je ne peux pas vous le dire. Je pense que le Président Roger OUEGNIN et ses collaborateurs ont certainement pisté des buteurs durant la saison écoulée et ils doivent être en train de ficeler les recrutements.

Des rumeurs font état du retour à l’ASEC Mimosas de plusieurs joueurs formés à l’ASEC Mimosas qui ont été prêtés à d’autres clubs et qui font leurs preuves en Ligue 1. Le confirmez-vous?

Je ne peux rien vous dire sur le sujet. Le moment venu, les dirigeants de l’ASEC Mimosas vous informeront.

 Avez-vous des regrets ?

Quand on ne gagne pas, on a forcément des regrets. On a des regrets parce qu’on n’est pas champion, alors qu’on aurait pu l’être. On a mené la course en tête durant une bonne partie de la Ligue 1. Malheureusement, on a perdu des matches qu’il ne fallait pas contre Bouaké FC, le Stella Club, le Stade d’Abidjan, l’AS Tanda, le CO Korhogo et surtout le match nul contre l’AS Denguélé nous a coûté très cher.

 Vous dites souvent que le maillot de l’ASEC Mimosas est lourd à porter. Pourquoi c’est le cas pour certains joueurs et pas pour d’autres ?

Jouer à l’ASEC Mimosas est extrêmement difficile. Si un joueur n’a pas de caractère, il ne peut pas réussir dans ce club. Tous les matches de l’ASEC Mimosas sont des finales parce que ses adversaires jouent le match de leur vie contre elle. Ses séances d’entraînement s’étalent sur presque toute la semaine. Il y a une pression autour de l’équipe qui n’existe pas ailleurs. J’ai porté le maillot de l’ASEC Mimosas et je sais de quoi je parle. Il y a des joueurs qui arrivent à l’ASEC Mimosas en se disant qu’ils sont en transit. Ceux-là ne réussiront pas facilement dans ce club parce qu’à l’ASEC Mimosas, il faut se donner à fond pour s’imposer et réussir à faire ses preuves dans les compétitions nationales et continentales pour se donner plus de chance d’aller en Europe.

 Comment avez-vous trouvé le niveau des compétitions nationales et celui de la Coupe de la Confédération ?

La Coupe de la Confédération est d’un très bon niveau. On pense à tort que le niveau de cette compétition est en-dessous de celui de la Ligue des champions. Ce n’est pas vrai. En Coupe de la Confédération, le jeu est aussi rapide, technique, tactique et très engagé qu’en Ligue des champions parce que des équipes de la compétition reine des clubs d’Afrique sont reversées en Coupe de la Confédération pour disputer les seconds 8es de finale de cette compétition. Avec une équipe d’un niveau moyen, il est très difficile d’accéder aux matches de poules de la Coupe de la Confédération. Quant au niveau de notre championnat national, il aurait pu être meilleur si la formation à la base n’avait pas été faussée. Beaucoup de joueurs de notre Ligue 1 ne savent pas bien jouer avec l’intérieur ou avec l’extérieur du pied. Ils ne savent pas à quel moment utiliser l’intérieur ou l’extérieur du pied. Tactiquement aussi, nos joueurs ont beaucoup de manque. La preuve, depuis 2 ou 3 ans, on n’a pas vu un seul joueur de notre Ligue 1 qui a réussi à s’imposer dans un club de la Ligue 1 de France.

Jusqu’à la saison dernière, vous n’aviez entraîné que des sélections nationales ivoiriennes de jeunes. Que retenez-vous de votre première expérience en tant qu’entraîneur de club et surtout d’un grand club comme l’ASEC Mimosas ?

Je suis très heureux d’avoir dirigé l’encadrement technique de l’ASEC Mimosas lors de ma première expérience en tant qu’entraîneur de club. Ce fut très enrichissant pour moi. En sélection nationale, on a plusieurs bons joueurs et on n’appelle que les meilleurs du moment. En club, on a des bons et des moins bons. En plus des indisponibilités, il faut gérer, tous les jours, les problèmes familiaux des joueurs. C’est plus difficile. On est à la fois entraîneur, mais aussi père de famille. Il faut pouvoir aider les joueurs à être bien psychologiquement pour tirer le meilleur d’eux sur le terrain.

Qu’en est-il de votre contrat avec l’ASEC Mimosas ?

Mon contrat d’un an à l’ASEC Mimosas est terminé. Je suis de nouveau à la disposition de la Fédération Ivoirienne de Football.

 Quel est votre mot de fin ?

J’ai commencé un travail de reconstruction à l’ASEC Mimosas. Ce travail ne se fait pas en une saison. Malgré cela, on a failli être champion. Le prochain entraîneur ne devra pas tout remettre en cause, mais plutôt renforcer les acquis. Je voudrais dire aux Actionnaires qui ont cru en nous, à un moment donné, de ne pas nous en vouloir. S’ils sont déçus, et on les comprend, il faut qu’ils sachent aussi qu’on est encore plus déçu qu’eux. Parce que mes collaborateurs et moi aurions voulu remporter la Coupe nationale et la Ligue 1. On a fait ce qu’on a pu avec les joueurs qu’on avait. Les dirigeants ont fait ce qu’ils pouvaient. Tout le monde a travaillé dur pour gagner et faire plaisir aux Actionnaires. Il faut que ces derniers soient toujours autour de leur club et que toutes les composantes de l’ASEC Mimosas travaillent ensemble pour avancer et faire mieux, la saison prochaine.

LAISSER UNE REPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here

4 + 13 =