Ligue pro ivoirienne : une coquille vide !

Spécialiste du monde du sport en général, Benoît YOU, Directeur Général de l’ASEC Mimosas, publie chaque jeudi, à 7h50, une chronique sur les antennes de RJN. Chaque jeudi, votre site internet vous la propose.

La semaine dernière, les 23 plus grandes ligues de football professionnel du monde se sont réunies à Londres à l’invitation de la Premiere League anglaise pour échanger sur les stratégies à mettre en place pour le développement du football et des ligues professionnelles. C’est un moment important à l’instar de la création de l’ECA en 2008 réunissant les plus grands clubs européens. On voit aujourd’hui, 7 ans après, la puissance que représente l’ECA (Association des Clubs Européens) qui dicte chaque jour un peu plus sa loi à la FIFA et à l’UEFA. On peut imaginer que cette réunion historique du 28 Avril 2015 aura une portée équivalente.

Lors de cette réunion, on a noté la présence des 3 ligues africaines les plus développées (Afrique du Sud, Kenya et Nigeria) mais aussi l’absence de la ligue ivoirienne. Nous y reviendrons car cette absence est en phase avec le manque d’ambition de nos dirigeants (Fédération et clubs) qui n’ont donné à la Ligue Professionnelle « aucune personnalité morale et juridique. Elle dépend  entièrement de la FIF et est financée par les subventions qui lui sont allouées par la FIF » (article 69 des statuts de la FIF).

Avant d’aller plus loin, il est nécessaire de bien comprendre l’histoire de la création de ces ligues dans le monde et leur rôle aujourd’hui dans le football moderne. Très tôt dans l’histoire du football professionnel se sont opposés fédérations et ligues, ou en d’autres termes, le sport amateur et le sport professionnel. Ainsi, dès 1888, les clubs anglais créent la Football League constituant le 1er championnat professionnel permettant de sécuriser leurs revenus grâce à un certains nombre de match garantis chaque année. En France, après plusieurs tentatives dans les années 1930, ce n’est qu’après la 2nde guerre mondiale que les clubs se constituent en « Ligue » ou « Groupement des clubs  autorisés à utiliser des joueurs professionnels » (Association déclarée le 12 Mars 1946). La création de ces « groupements de clubs » est fondamentale car ils vont y défendre les intérêts des clubs professionnels, différents des intérêts des équipes nationales ou du sport amateur.

A partir des années 1990, ces ligues vont prendre réellement leur essor et leur indépendance vis-à-vis des fédérations. Ainsi est créée la Premiere League anglaise en 1992 après quelques années difficiles pour les clubs anglais (perte de compétitivité, stades vieillissants, hooliganisme, drame du Heysel entraînant l’exclusion des clubs anglais des coupes d’Europe) : « À la fin de la saison 1990-1991, un projet de création d'un nouveau championnat est envisagé par les clubs de l'élite pour augmenter leurs revenus. Le 17 juillet, un accord est signé entre les meilleurs clubs du championnat pour jeter les bases de la FA Premier League, indépendante de la fédération, ayant la capacité de négocier ses propres droits télévisés et contrats de sponsoring. En 1992, les clubs de First Division démissionnent collectivement et le 27 mai 1992 la FA Premier League est créée en tant que société en commandite par actions ».

Les statuts des ligues professionnelles diffèrent selon les pays (Associations, sociétés …). Toutefois   on remarque  que celles qui ont réussi à se développer et à générer des ressources  sont celles où les clubs professionnels ont pris leurs responsabilités et leur autonomie vis-à-vis de leurs fédérations. Ainsi, la ligue nationale de football professionnel marocaine prévoit dans ses statuts : « La LNFP a compétence pour prendre toute décision concernant l’organisation et le développement du football professionnel. Elle a, à cet égard, pouvoir :

–          Pour organiser, gérer, et réglementer le football professionnel :

o   Elle organise, gère la Botola Pro D1 (1ère division) et D2 (2ème division), et toutes autres épreuves qu’elle aurait créée dans la limite de ses compétences ;

o   Elle défend des intérêts matériels et moraux du football professionnel. »

Qui mieux que les clubs de football professionnels sont à même de défendre les intérêts de la Ligue qui organise la compétition majeure à laquelle ils participent  et constitue donc leur produit phare ?

 La situation en Côte d’Ivoire est particulièrement intéressante quand l’on regarde la situation du football local. En effet, nous faisons depuis des années le constat d’un football à plusieurs vitesses : une sélection nationale qui génère des revenus importants grâce à ses résultats, à un public nombreux, à des sponsors et des droits TV. Cette sélection est composée en majorité de joueurs formés dans les clubs ivoiriens qui, eux, sont totalement exsangues et dont les compétitions n’intéressent plus personne. Comme nous l’avons vu plus haut, le pouvoir de la Ligue Professionnelle de Football en Côte d’Ivoire est très faible puisqu’elle est totalement sous le contrôle de la FIF (le Président de la LPF est le 1er Vice-président de la FIF) et que les clubs n’y ont aucun pouvoir (un seul club de Ligue 1 (JCAT) est membre du bureau de la Ligue professionnelle !!!). Dans la pratique, cette ligue a tout d’une coquille vide, sans aucun pouvoir et sans aucunes ressources propres !!!! Il est surprenant de voir les clubs critiquer régulièrement la Fédération qu’ils accusent d’être responsable de l’état du football local quand ces clubs ne prennent pas leurs responsabilités en laissant à la FIF gérer la LPF contrairement à ce qu’ont fait les clubs des grandes ligues  et de celles qui veulent émerger.

Les ligues sud-africaines, kényanes ou marocaines, ne sont pas gérées par les Fédérations et sont à couteaux tirés avec ces dernières pour obtenir chaque jour plus d’autonomie. Nous avons déjà cité ici les montants payés aux ligues kényanes et sudafricaines pour l’obtention des droits de retransmission TV. Il faut savoir que les négociations sont réalisées directement par les Ligues contrôlées totalement par les clubs. Ce sont plusieurs centaines de millions de FCFA qui sont dès lors reversés aux clubs par les ligues.

 Le marché du football local existe en Côte d’Ivoire malgré les difficultés et c’est aux clubs d’aller au front sans craindre la perte de subventions ou autre avantage versés par la FIF. Une chose est sûre : il y a beaucoup plus à gagner qu’à perdre s’ils prennent leurs destins en main.

 Une ligue forte pour des clubs forts. C’est possible !

 Bonne semaine sportive à tous.

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