Les clubs ivoiriens sans défense

Spécialiste du monde du sport en général, Benoît YOU, Directeur Général de l’ASEC Mimosas, publie chaque jeudi, à 7h50, une chronique sur les antennes de RJN. Chaque jeudi, votre magazine vous la propose.

 L’Union fait toujours la force !

 Alors que le football ivoirien est englué dans une sombre histoire de primes impayées, le football mondial ne cesse de se développer et l’écart de se creuser entre ceux qui s’organisent et les autres. Nous en citons ici des exemples chaque semaine. Cette fois-ci, nous reviendrons sur les accords historiques signés au mois de mars dernier par l’ECA (Association des Clubs Européens) avec la FIFA et l’UEFA qui concernent les clubs du monde entier.

Pour rappel, l’ECA a été créée en 2008 à l’initiative de 14 grands clubs européens afin de défendre leurs intérêts vis-à-vis de la FIFA et de l’UEFA (voir l’article ci-contre). En 7 années de dur labeur, ces clubs ont constitué une association très puissante qui tient tête à ces autorités mondiales et continentales.

La liste des avancées obtenues est longue et ne cesse  de s’allonger.

Pour rappel, lors de l’Assemblée Générale constitutive de cette Association en 2008, Me Roger OUEGNIN, alors membre du Task Force de la FIFA sur le Football des clubs (devenu ensuite Commission sur le Football des Clubs), avait été invité en tant qu’observateur. De même en Février 2013, notre PCA et moi-même nous étions rendus au Qatar pour célébrer les 5 années d’existence de cette Association. Ces nombreuses sollicitations de la part de l’ECA vis-à-vis de notre club et d’autres clubs non-européens avaient pour objectif de faire naître d’autres associations du même type sur d’autres continents afin que les clubs soient toujours plus forts face  aux associations nationales, aux confédérations continentales et à la FIFA. Le football des clubs a ses intérêts propres, différents de ceux des équipes nationales et nous le voyons tous les jours, en Côte d’Ivoire en particulier. Dans notre monde ultra-compétitif, il faut défendre bec et ongle ses intérêts car personne ne le fera à votre place.

Le constat aujourd’hui est terrible : aucune autre Association de clubs n’a vu le jour sur d’autres continents, que ce soit en Afrique ou ailleurs et nous verrons tout à l’heure les conséquences de cette incapacité  à s’unir que ce soit à l’échelon continental  et même national.  Dans les années 1990, la Côte d’Ivoire faisait office de pionnière avec la création de la conférence des Présidents de clubs. Malheureusement, cette union n’a pas résisté et les intérêts individuels ont pris le pas sur les intérêts collectifs, au détriment de tous.

En laissant le champ libre aux clubs du vieux continent, le résultat est qu’ils signent directement des accords avec la FIFA (instance mondiale) alors qu’ils ne représentent pas 10% des clubs du monde entier. Et bien évidemment,  ces accords vont dans l’unique sens de leurs intérêts. Ainsi, alors que 5 pays africains étaient présents au Brésil (soit 16% des joueurs), les clubs africains ont reçu 1.8% sur les 70 Millions d’Euros versés par la FIFA aux clubs du monde entier suite à la Coupe du Monde de Football 2014 quand les clubs européens en auront reçu 76.9% ! Pourquoi les clubs européens se priveraient-ils de prendre la plus grosse part du gâteau puisqu’aucun autre club ne va réclamer une part plus grosse ?

Puisque c’est ainsi, la même ECA a donc négocié la multiplication par 3 du montant que la FIFA devra redistribuer aux clubs à l’issue des Coupes du Monde 2018 en Russie et 2022 au Qatar passant de 64 Millions d’€ lors de la Coupe du Monde 2014 à 193 Millions d’€ (soit 126 Milliards de FCFA) pour les deux prochains mondiaux. Au rythme où vont les choses, les clubs non-européens risquent de n’en recevoir que les miettes.

Il existe pourtant un combat à mener pour modifier le mode de répartition de ce formidable gâteau. En effet, depuis le début du millénaire, il y a de moins en moins de joueurs « locaux » évoluant dans les équipes nationales africaines qui participent aux Coupes du Monde et aux CAN. Cependant, nombreux sont ceux qui ont été formés sur le continent africain (+ de 75% pour l’équipe nationale de Côte d’Ivoire en 2014). Or la méthode de calcul ne prend en compte que le club dans lequel le joueur évolue au moment de la Coupe du Monde et de ses éliminatoires. Et il s’avère que ces joueurs évoluent dans des clubs européens pour la plupart. Ainsi, lors des Coupes du Monde 2010 et 2014, seuls l’ASEC Mimosas (48 000$, soit 23,5 millions de F CFA, pour Daniel Yeboah) et le SEWE Sport de San Pedro (78.400 $, soit 51 Millions FCFA pour Sylvain Gbohou) ont eu droit à une indemnité.

Chers clubs ivoiriens, malgré vos désaccords, unissez-vous pour défendre vos intérêts au niveau national d’abord. Il en va de votre salut !

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