«Nous sommes fiers d’être Actionnaires»

Nous vous proposons une interview de deux supporters emblématiques de l’ASEC Mimosas, TRA Bi Youzan alias Aladji Mimos et CISSE Karim dit Amiral Bassolé qui parlent de leur vie de supporters, de leurs joies, mais aussi de leurs peines.

 

On sait que vous vous appelez TRA Bi Youzan pour l’un et CISSE Karim pour l’autre. D’où viennent vos surnoms respectifs Aladji Mimos et Bassolé ?

 Aladji Mimos : Mon nom à l’état civil est TRA Bi Youzan. Mon surnom Aladji Mimos m’a été donné par Ahmed OULD BEN SIDY dit Vieux Mimos, en 1989, lorsque nous nous rendions à Bouaké, pour la finale retour de la Coupe de l’UFOA contre Ranchers Bees de Kaduna. Il m’avait surnommé ainsi parce que je m’habillais comme les musulmans pour supporter mon équipe.

Amiral Bassolé : Je m’appelle CISSE Karim. Les gens ont commencé à m’appeler Bassolé parce que j’aimais l’ex-attaquant de l’ASEC Mimosas, BASSOLE Michel. Je l’aimais parce qu’il mouillait le maillot comme j’aime qu’un joueur le fasse. Je voyais en lui quelqu’un qui aimait l’ASEC Mimosas avec passion comme moi. Alors, j’ai écrit son nom sur tous les taxis que je conduisais et c’est comme ça que les gens ont commencé à m’appeler BASSOLE.

 

 Comment êtes-vous devenus supporters de l’ASEC Mimosas ?

 A.M. : Je suis gouro. Je suis né à Zuénoula, mais je suis originaire de Gohitafla. Je vous informe qu’il n’y a pas de supporter de l’Africa Sports à Gohitafla, mon village. Vous comprenez donc que je ne suis pas devenu supporter de l’ASEC Mimosas, mais je suis né ASEC Mimosas. De Zuénoula, j’ai vécu ensuite à Bouaké avant de venir à Abidjan. à Abidjan, j’ai cherché à intégrer le milieu des supporters de l’ASEC Mimosas. Je me rendais au stade à chaque match de l’ASEC Mimosas pour supporter mon équipe en animant avec KONAN N’Dri. Et puis, l’un de mes frères m’avait fait venir une corne de buffle que je soufflais lors des matches de l’ASEC Mimosas. C’est après que l’on m’a offert ma trompette. Je ne m’habille plus qu’en jaune et noir. Chez moi, tout est peint en jaune et noir.

 A.B. : Quand j’étais enfant, à Abengourou, mon père supportait l’ASEC Mimosas. Nous avions un poste téléviseur qui émettait des images en noir et blanc. D’ailleurs, à l’époque, les téléviseurs couleurs n’existaient pas encore. Un jour, nous regardions un match à la télévision qui opposait deux équipes. L’une était habillée en maillot blanc et l’autre en maillot sombre. L’équipe en maillots blancs avait perdu (2-1), ce jour-là. Mais j’avais remarqué que les joueurs de l’équipe en maillots sombres étaient des gaillards qui avaient brutalisé les joueurs en maillots blancs. Ces derniers étaient petits physiquement. A la fin du match, j’ai dit à mon père que même si l’équipe en maillots blancs avait perdu, c’est elle que je supporterai désormais. Mon père m’a dit ceci :

« Tu as fait le bon choix. L’équipe que tu aimes s’appelle ASEC Mimosas. Ses couleurs sont  le jaune et le noir ». Il me l’avait dit en me montrant des couleurs jaune et noir. Tout est parti de là. Depuis ce jour, je suis devenu mimosas.

 

Aladji Mimos, le Commissaire KOUASSI, l’un de vos amis, qui était avec vous, le samedi 16 décembre 1995, lorsque l’ASEC Mimosas avait perdu la finale retour de la Coupe d’Afrique des clubs champions contre Orlando Pirates, à Abidjan, dit que vous avez beaucoup souffert, ce jour-là. Il a dit ensuite que le dimanche 13 décembre 1998, lorsque l’ASEC Mimosas a remporté la Ligue des champions, vous étiez tellement heureux que vous avez essayé de soulever sa voiture. Pouvez-vous nous en parler ?

 A.M. : Le samedi 16 fut un jour terrible. Après la défaite face à Orlando Pirates, j’avais oublié que je m’étais rendu au Stade FHB en voiture. Je n’étais plus conscient de quoi que ce soit. Si la mort survenait, j’aurais préféré qu’elle m’emporte. Je ne savais pas comment rentrer chez moi. Parce que mes voisins sont des supporters de l’éternel rival et ils m’attendaient pour se moquer de moi. En 1998, quand l’ASEC Mimosas a remporté la Ligue des champions, j’aurais pu soulever la voiture de mon ami, le Commissaire KOUASSI, qui est actuellement en poste à Bondoukou, si j’avais été plus jeune. Je vous informe que quand j’étais jeune, j’étais mince, mais très fort physiquement. Je soulevais même des sacs de riz de 50kg avec les dents. J’en avais fait la démonstration un jour, à Gagnoa, devant un Libanais qui m’avait mis au défi de le faire. Je l’avais fait et il m’avait offert un sac de riz en récompense.

 

Amiral Bassolé, votre épouse, le Général Mariam dit que vous préfèrez quelquefois aller supporter l’ASEC Mimosas que de donner l’argent de la popote. Est-ce vrai ?

 M.B. : Oui, c’est vrai. Quelquefois, quand je n’ai pas assez d’argent et que l’ASEC Mimosas doit jouer, je dis à ma femme que je n’ai pas d’argent pour la cuisine du jour. Et je m’éclipse pour me rendre au stade. C’est après, en écoutant la retransmission du match à la radio ou en regardant le match à la télévision qu’elle entend parler de moi ou qu’elle me voit. Et c’est à partir de là qu’elle se dit : «Comment mon mari a-t-il fait pour se rendre au stade alors qu’il m’a dit qu’il n’avait pas d’argent à me donner pour faire le marché du jour ? ». Lorsque l’équipe de l’ASEC Mimosas gagne, je rentre à la maison avec de la nourriture que j’ai acheté. Mais quand elle perd, je rentre à la maison, je prends mon bain et je vais directement au lit sans parler à personne.

 Pourtant au stade, si vous manifestez bruyamment votre joie en cas de victoire de l’ASEC Mimosas, vous ne vous montrez jamais désagréables en cas de défaite. Pourquoi ?

Amiral Bassolé : Nous sommes des supporters très connus. Quand on parle de l’Amiral Bassolé ou d’Aladji « Dolo » (C’est comme ça qu’il appelle Aladji Mimos), tout le monde pense tout de suite à l’ASEC Mimosas. Aussi, même si nous souffrons après chaque défaite de notre équipe, nous devons toujours penser à laisser une bonne image de nous et de notre club.

A.M. : Nous souffrons à chaque défaite de l’ASEC Mimosas. Mais nous ne devons pas montrer notre désarroi au stade. Les autres peuvent le faire, mais pas nous. C’est quand je rentre à la maison que tout le monde sait qu’il ne faut pas faire de bruit, ni me parler ou encore moins me demander de prendre le dîner.

  Quels sont vos meilleurs souvenirs de supporters ?

A.M. : Ce sont les victoires en Coupe UFOA, en 1990, puis en Ligue des champions, en 1998. Le sacre continental de 1998 reste de loin mon meilleur souvenir de supporter. Il y a aussi le jour où les dirigeants de l’ASEC Mimosas m’ont proposé de travailler au CNACO.

A.B : Mon meilleur souvenir, c’est le jour où l’ASEC Mimosas a fait match nul, en amical, contre l’équipe nationale d’Egypte, en 1992. Ce fut l’un des plus beaux matches de l’ASEC Mimosas de l’époque TROUSSIER que je n’oublierai jamais. Pour moi, ce souvenir est plus grand que celui de la victoire en Ligue des champions.

Et vos mauvais souvenirs ?

A.M. : Le pire de mes souvenirs de supporter de l’ASEC Mimosas, c’est notre défaite en finale de la Coupe d’Afrique des clubs champions, en 1995, face à Orlando Pirates. Il y a aussi notre élimination, en demi-finales de la Coupe d’Afrique des clubs champions, en 1992, face au Wydad Athletic Club de Casablanca.

 A.B. : Le pire de mes souvenirs de supporter, c’est la défaite en finale de la Ligue des champions contre Orlando Pirates. Si je ne suis pas mort, ce jour-là, plus rien dans le sport ne pourra m’ébranler. Même le décès de mon père ne m’avait pas fait aussi mal que cette défaite.

 

 Quels sont les joueurs de l’ASEC Mimosas qui vous ont marqués le plus ?

A.M. : Je n’ai pas connu l’époque des Ignace WOGNIN, AKOUATE Benjamin et autres. Les joueurs mimosas que j’ai vu jouer et qui m’ont marqué le plus sont Laurent POKOU et TRAORE Abdoulaye dit Ben Badi,

A.B. : Moi aussi je parlerai de Laurent POKOU, de TRAORE Abdoulaye et de BASSOLE Michel.

Que faites-vous actuellement ?

 A.M. : Après avoir travaillé 3 ans à la Société Tropical des Allumettes (SOTROPAL), 25 ans, aux Grands Moulins d’Abidjan, je suis aujourd’hui vaguemestre au CNACO.

 A.B. : J’ai d’abord vendu du gnamakoudji (le jus de gingembre), j’ai été vendeur de briques, vendeur de café, après j’ai été chauffeur de taxi. Aujourd’hui, je suis président-fondateur de l’Académie CISSE Karim (ACK).

 Que pensez-vous de l’ASEC Mimosas d’aujourd’hui?

A.M. : Nous sommes fiers de l’ASEC Mimosas. Me Roger OUEGNIN a construit le club. Il lui a permis de ne pas être vaincu par le temps. Regardez ce que sont devenus les grands clubs d’autrefois comme le Hafia de Conakry, le Canon de Yaoundé, l’Asante Kotoko. Ils n’existent plus que de nom. Alors que l’ASEC Mimosas est toujours présent dans les compétitions nationales et continentales. Les Actionnaires doivent comprendre que dans la vie en général, il y a des hauts et des bas. Il y a un temps pour gagner beaucoup et un temps pour gagner peu.

A.B. : Je remercie le Président de l’ASEC Mimosas, Me Roger OUEGNIN, pour le grand travail qu’il a réalisé à l’ASEC Mimosas. Il avait raison depuis le début lorsqu’il disait qu’il fallait construire le club d’abord pour gagner des trophées ensuite. Nous avons aujourd’hui notre maison qui est Sol Béni. Là-bas, nous pouvons conserver nos trophées. Ceux qui ont cherché des trophées, dans ce pays, et qui ont construit sur leurs tee-shirts, sont aujourd’hui sans domicile fixe. Ils n’ont même plus rien. Je dis aux Actionnaires que l’ASEC Mimosas a brillé dans les années 1990 et 2000. Elle va rebondir à partir de cette année.

 

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