« Les joueurs de l’ASEC doivent se montrer à la hauteur… »

Admiratif du football africain et de l’ASEC Mimosas, le confrère de France-Football, Frank SIMON en parle avec beaucoup de plaisir. Voici ce qu’il nous a confié après un bref séjour à Abidjan, à l’occasion de la deuxième édition de la Nuit du Football Africain.

Vous avez séjourné récemment à Abidjan dans le cadre de la deuxième édition de la Nuit du Football Africain (NFA) qui a eu lieu le jeudi 22 mai dernier. En quelle qualité étiez-vous présent à cette cérémonie ?

J’avais déjà participé à la première édition et pour cette deuxième édition, j’ai été invité par l’organisateur en tant que membre du jury de la catégorie des joueurs africains évoluant dans les grands championnats européens. J’étais présent à titre privé. Je ne représentais donc pas France-Football.

 Vous êtes le spécialiste du football africain au sein de l’hebdomadaire France-football. En tant que tel, quel jugement portez-vous aujourd’hui sur ce football ?

Une telle initiative privée comme celle de la Glo CAF Awards de la Confédération Africaine de Football est très importante parce qu’elle permet de fédérer la grande famille du football africain, c’est-à-dire les médias, les joueurs, les entraîneurs, les dirigeants, etc. C’est toujours avec plaisir que je regarde ce genre d’initiative sur le continent. On m’a demandé de m’y associer. Je l’ai fait spontanément sans attendre de retour particulier. Je me sens plutôt honoré chaque fois qu’on me sollicite. On me connaît depuis 25 ans à travers mes écrits et à travers Radio Foot International de RFI. Ma passion pour les footballs africains est toujours intacte, mieux, elle ne cesse de grandir. Parfois, certains européens se méprennent sur cette passion que j’éprouve pour le football du continent africain. Ils pensent que tous les Européens qui nourrissent la même passion que moi le font par intérêt. Ce n’est pas le cas. J’ai appris à aimer le football africain depuis l’âge de 11 ans, grâce à des amis africains. C’est une passion que j’assume et je prends plaisir à faire connaître ce football et à partager ma passion.

 Pourquoi avez-vous parlé tantôt des footballs africains ?

Vous savez comme moi qu’il existe des différences de style dans le football pratiqué dans les différentes régions du continent Africain. Par exemple, le football d’Afrique de l’Est et de l’Afrique australe ne sont pas mal teintés des relations avec la Grande Bretagne parce que ce sont des anciennes colonies britanniques. Ce football est plus direct, athlétique et à base physique comme l’était celui du Nigéria, il y a quelques années. Le football sud-africain est un peu naïf. Là-bas, le public aime le spectacle et les joueurs sont des amuseurs publics. Ils tentent parfois des choses impossibles pour amuser le public. Tout cela manque de rigueur. Le football d’Afrique de l’Ouest est riche en talents individuels. Il mise sur la technique individuelle, sur le beau jeu, mais avec le souci constant de la recherche de l’efficacité. Paradoxalement, dans ce football, on frappe très peu au but. A ce titre, j’aime l’école ivoirienne. Tout comme le football ghanéen, guinéen, malien et sénégalais. Le football maghrébin, lui, est fait de beau jeu et d’agressivité. Il est aussi athlétique. Mais ses clubs ont du mal à jouer quand ils doivent évoluer en Afrique au sud du Sahara. Le football d’Afrique central est aussi plaisant. Il est technique, physique et compétitif. Malheureusement, il n’obtient pas toujours les résultats escomptés. Le football égyptien est mon préféré. Il est plus complet car très technique, physique et tactique. Vous allez souvent rencontrer des Européens qui vous parleront de football africain. C’est une erreur. Il n’y a pas un football africain, mais des footballs africains en raison des différences de style.

 Le football africain, en général, a-t-il progressé ou a-t-il régressé, selon vous ?

Le football africain, en général, a beaucoup progressé dans les clubs malgré la fuite des talents vers des clubs européens et du golf arabique. Parce que les clubs ont moins de moyens financiers sauf quelques grandes maisons au Maghreb, en Egypte et en Afrique australe. Je trouve cependant que même si les équipes nationales sont composées de joueurs évoluant dans les grands championnats européens, le niveau des dernières éditions da la CAN est en nette recul même si ça reste un très grand tournoi. En revanche, je pense que le CHAN est une compétition intéressante pour motiver les joueurs des championnats africains. Je sais que cela va faire sourire le Président Issa HAYATOU pour une fois que je suis d’accord avec lui. Lors de la première édition, ici en Côte d’Ivoire, j’avais écrit que j’avais peur que ce tournoi devienne un marché des talents pour les recruteurs européens. Mais je constate que le niveau du CHAN ne cesse de s’améliorer comme celui de la dernière édition en Afrique du Sud. Et cela va dans le sens du développement du football africain.

 Comment expliquez-vous la domination outrageuse du football égyptien sur celui du reste du continent ?

Les Egyptiens sont des Africains, mais ils travaillent comme des Européens. Je vous l’ai dit tantôt, ils ont un football extrêmement organisé avec des clubs bien structurés possédant des infrastructures sportives modernes et des moyens conséquents. En plus, leur football est plus complet. Il est rapide, athlétique, physique, technique et tactique avec des joueurs très forts techniquement. Ce football comprend de grandes institutions comme Al Ahly, Zamalek, Arab Contractors et un peu Ismaili. En plus, en Egypte, les dirigeants font confiance aux entraîneurs locaux qui sont bien formés et au fait du football moderne tout en sachant prendre en compte les caractéristiques et les subtilités du football égyptien. Pour toutes ces raisons, le football égyptien est plus performant que celui du reste du continent parce que ses clubs arrivent à retenir longtemps leurs meilleurs joueurs. Ce qui n’est pas le cas des clubs africains au sud du Sahara. Ce qui fait que toute équipe subsaharienne qui affronte une équipe égyptienne sait qu’elle est tombée sur un adversaire coriace.

 

Que pensez-vous de l’ASEC Mimosas dont vous avez suivi l’entraînement de l’équipe professionnelle avec le Président-Délégué Francis OUEGNIN, tous les matins,  durant votre séjour à Abidjan ?

L’ASEC Mimosas est un club qui travaille, qui progresse et qui a de vraies ambitions comme ses dirigeants. Comme je l’ai dit récemment sur RFI, je suis très content que l’ASEC Mimosas soit de retour dans la phase de poules de la Coupe de la Confédération. C’est une très bonne chose. Mais il ne faut pas s’arrêter là. Il faut pouvoir gagner des titres. Les joueurs du club doivent prendre conscience que l’ASEC Mimosas est une marque qui est appréciée et respectée en Afrique et ailleurs. Le club ne pourra conserver cette image que s’il continue à remporter des titres. Les joueurs doivent être à la hauteur des ambitions de leurs dirigeants. Et derrière, il y a l’Académie MimoSifcom qui prépare les générations futures. C’est donc un club qui vit, qui continue de se structurer même si ce n’est pas facile avec la crise économique qui sévit en Côte d’Ivoire. A travers mes échanges avec le Président Francis OUEGNIN, je vois que les choses évoluent bien au sein du club et cela fait plaisir. L’ASEC Mimosas est bien connu en France depuis l’époque des Laurent POKOU, des Youssouf FOFANA et après, il y a eu Sol Béni que j’avais toujours rêvé de découvrir et que j’ai fini par découvrir.

 Que faut-il aujourd’hui pour intéresser le public ivoirien aux équipes et aux compétitions locales ?

Le football est avant tout un spectacle. Les matches doivent être de vrais spectacles. Il faut des buts et de belles actions. Pour cela, il faut des joueurs de qualité pour produire du spectacle. J’en ai parlé avec le Président Francis OUEGNIN. A un moment donné, il y avait beaucoup de joueurs étrangers de qualité dans le football ivoirien. Et cela avait contribué à élever le niveau du jeu et des équipes. Aujourd’hui, il y a beaucoup moins de joueurs étrangers dans les clubs ivoiriens. Ces clubs ayant très peu de moyens pour payer des salaires conséquents aux joueurs, ceux-ci préfèrent aller en Europe, en Afrique du Nord, au Soudan ou dans le golf arabique. Il faut aussi qu’à la radio, à la télévision et dans les journaux, on valorise le jeu et les joueurs pour attirer le public. Il faut tout un travail d’ensemble pour rendre le paquet joli et attrayant. Pour cela, le battage médiatique est nécessaire.

 Que pensez-vous des chances de l’ASEC Mimosas  de remporter la Ligue 1 et d’aller loin en Coupe de la Confédération ?

Elles existent. Il reste quelques matches, mais ça reste compliqué parce que l’équipe est toujours en course dans les compétitions nationales et en Coupe d’Afrique. En plus, il y a le Sporting Club qui fait une très bonne saison et le Séwé Sport qui ne veut pas lâcher prise. Cela donne une fin de championnat très intéressante, mais ça reste toujours difficile pour une équipe de disputer des matches de nerfs sur plusieurs fronts. En Coupe d’Afrique, c’est déjà une très bonne chose d’être dans la phase de poules. Après trois matches, l’ASEC Mimosas est 3e avec 2 points derrière Coton Sport (6 points) et AC Léopards (4 points). Mais ça reste toujours jouable pour elle.

 Votre mot de fin ?

Je vous remercie de m’avoir ouvert vos colonnes. Je salue au passage le Président Roger OUEGNIN que je n’ai pas pu rencontrer durant mon séjour. Je souhaite que l’ASEC Mimosas ne déroge pas à ses ambitions sportives et que l’Académie MimoSifcom continue de produire des talents pour assurer la relève de l’équipe professionnelle.

 

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