« J’ai découvert à l’ASEC que le football est un métier »

Pièce maîtresse du système de jeu de l’entraîneur Philippe TROUSSIER dans les années 1990, SORO Lohognon Jean a passé quatre saisons à l’ASEC Mimosas pendant lesquelles il a servi, corps et âme, le club jaune et noir. C’est ce joueur que nous avons retrouvé dans « Le Salon des Actionnaires » de RJN, le samedi 16 février dernier. Voici ce qu’il a confié.

Que devient SORO Lohognon Jean?

Je suis, aujourd’hui, l’entraîneur de l’équipe du COSMOS (Ligue 2) et j’ai la Licence B d’entraîneur de football. Je suis également le Sélectionneur national de beach soccer.  Depuis 1986, je suis enseignant d’éducation physique et sportive.

 Comment se sont déroulés vos débuts au football ?

J’ai commencé dans la catégorie des minimes au Stella Club où j’ai été recruté en même temps qu’Abdoulaye TRAORE (Ben Badi). J’y ai gravi les échelons peu à peu pour me retrouver en équipe senior à l’âge de 15 ans. C’est plus tard, en 1989, que j’ai signé à l’ASEC Mimosas alors que j’avais été sollicité par la plus part des grands clubs d’Abidjan.

 Pourquoi avez-vous opté pour l’ASEC Mimosas ?

Très jeune, nous avions l’ASEC Mimosas dans notre cœur parce que l’équipe était la plus prestigieuse du pays. Notre ambition était de nous retrouver dans cette équipe. Mais c’est bien au Stella Club que nous avons débuté parce que c’était l’équipe la plus accessible pour nous.  Etant là bas, Laurent POKOU, l’entraîneur adjoint de Philippe GAROT à l’ASEC Mimosas m’avait approché pour me dire que j’étais un très bon joueur et qu’il me voulait dans son équipe. La décision n’a pas été facile à prendre pour moi, car je devais quitter une équipe qui m’avait vu grandir et dont j’étais le capitaine. Mais la carrure de Laurent POKOU qui m’a suivi pendant deux saisons et l’amour que j’avais pour l’ASEC Mimosas ont beaucoup influencé mon choix pour l’équipe jaune et noir. Laurent POKOU m’avait envoyé dans un bureau au siège du CNACO, à Treichville, en présence du Trésorier du club, Jacques ANOUMA, qui m’avait fait signer et m’avait remis la somme de 500 000f comme prime de signature. La somme était tellement énorme pour moi que j’ai demandé à Laurent POKOU de la garder parce que si je rentrais à la maison avec, mes parents ne croiraient pas que je l’ai eu en signant pour une équipe de football. Laurent POKOU m’a donc accompagné à la banque pour ouvrir un compte d’épargne, dans lequel j’ai déposé l’argent. C’était quelque chose de nouveau pour moi, parce que j’étais devenu comme un fonctionnaire avec un salaire mensuel.

 Une fois recruté à l’ASEC Mimosas, vous êtes aussitôt devenu titulaire dans cette équipe. Expliquez-nous pourquoi cette intégration a-t-elle été aussi  rapide pour vous ?

Pour moi, lorsqu’on change de club, on doit se dire qu’on va pour prendre la place de quelqu’un d’autre qui était titulaire. On doit donc être  meilleur que ce dernier pour mériter la place. C’était ma philosophie. A mon arrivée à l’ASEC Mimosas, il y avait déjà au poste de latéral droit, l’international AKA Kouamé Basile. Mais sans prendre la place d’ AKA Kouamé, j’ai pu m’imposer dans l’équipe sous l’entraîneur Phlippe GAROT dès ma première saison en 1988-1989. Après le départ de GAROT, en 1989, lorsque l’entraîneur Philippe TROUSSIER est arrivé au début de la saison 1989-1990, il a constaté que Basile et moi étions complémentaires parce que j’avais de très bonnes dispositions offensive alors qu’AKA Kouamé était très bon défensivement. Nous avons donc été associés dans le système de jeu de l’entraîneur.

 Quel était le secret de SORO Jean ?

Je redoublais d’effort pendant les séances d’entraînement et j’avais un cahier dans lequel je notais toutes les phases de jeu de la séance du jour pour les revoir à la maison pour mieux comprendre. TROUSSIER m’aimait bien parce que je respectais ses consignes  et je prenais très au sérieux mon métier.

 On se souvient d’un match de championnat en 1992, contre le Stella Club où l’ASEC Mimosas déjà réduite à 9 contre 11 et menée sur le score de 2 buts à 1 était parvenue à renverser la situation pour l’emporter sur le score de 5 buts à 2. Pouvez-vous nous dire ce qui s’était passé ce jour-là ?

Si on perdait ce match, on serait rejoint par l’Africa Sports au classement. Je me souviens encore de l’expression du visage du Président Roger OUEGNIN lorsqu’il est descendu dans les vestiaires, à la mi-temps. Il était très en colère et il nous a fait savoir que même à 9 contre 11, nous devions absolument gagner ce match. Il a triplé les primes en montrant trois doigts. Le message est vite et bien passé. Philippe TROUSSIER nous a alors donné ses dernières consignes pour résoudre les difficultés liées aux expulsions de FALLET Vilasco et d’OBOU Arsène. Nous avons pu alors dérouler notre jeu pour l’emporter, en seconde période (5-2) alors que nous étions menés 2-1, à la mi-temps.

 Qu’est-ce qui faisait la force de l’ASEC Mimosas en ce temps-là ?

Lorsque Philippe TROUSSIER est arrivé, nous l’avons tous adopté. C’est un entraîneur qui a su marquer son territoire en mettant au pas toutes les grosses têtes de l’équipe. Le groupe était solidaire, très stable et mettait de la rigueur dans son travail.

 Aviez-vous des regrets de n’avoir remporté que la Coupe UFOA, en 1990, malgré votre talent ?

Non, pas du tout. Il est vrai que nous n’avons pas remporté d’autres trophées majeurs, mais nous avons été le fondement des succès qui ont suivis.

 Qu’est-ce qui vous a vraiment marqué à l’ASEC Mimosas ?

J’ai passé plus de 15 ans au Stella Club d’Adjamé et seulement 4 ans à l’ASEC Mimosas. Mais l’ambiance au sein du groupe, pendant ces années, dans le club jaune et noir, me paraisse comme si j’y ai vécu depuis ma tendre enfance. L’ASEC Mimosas est une grande famille qui est unique sur le plan national.

 Quel est votre solution pour redorer le football local ?

Les temps ont changé. Avant, des joueurs quittaient l’Europe pour venir louer leur service à des clubs comme l’ASEC Mimosas. En plus, l’équipe recrutait des joueurs déjà très mûrs et expérimentés. Aujourd’hui, c’est tout le contraire. Les joueurs, en pleine formation quittent  le club pour s’expatrier. Si on peut permettre aux joueurs de passer, au moins 5 à 6 ans dans les clubs et bien les rémunérer, ce sera un bon début pour rehausser le niveau de notre championnat.

Que pensez-vous des recrues du mercato de l’ASEC Mimosas ?

Je connais peu le latéral gauche TOURE Karim. Par contre, KANGOH Simon que je connais bien, est un très bon joueur qui sait donner des balles de buts quand lui-même ne les met pas dedans. Je pense que c’est un recrutement de choix.

 Quel est votre pronostic pour le titre de champion 2014 ?

Le titre est loin d’être joué. Cette saison, la lutte est beaucoup plus serrée. L’ASEC Mimosas doit être plus sérieuse et y mettre plus de rigueur dans le travail pour atteindre cet objectif qui est le titre de champion de Côte d’Ivoire.

Quel est votre avis sur la dernière réunion de coordination   du CNACO qui s’est tenue le dimanche 9 février dernier, à Sol Béni ?

C’est une très bonne initiative à encourager et à renouveler. Il faut que les Actionnaires reviennent dans les stades. Ils ne doivent pas attendre les victoires pour s’y rendre. Lorsqu’ils seront là, à coup sûr, les résultats suivront. 

 

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