« Je souhaite le meilleur à l’ASEC Mimosas »

– CISSE Baratté, vous êtes un pur produit de l’ASEC Mimosas. Vous vivez aujourd’hui à Angers, en France. Dans quel cadre êtes-vous venu à Abidjan au début du mois de juillet ?

– Je suis effectivement arrivé à Abidjan au début du mois de juillet et c’est dans le cadre de mes vacances annuelles. Je suis venu me ressourcer en famille et voir mon père qui me manquait énormément. Il a aujourd’hui 90 ans. J’ai voulu qu’il vienne rester avec moi durant mon séjour chez ma sœur cadette. Je suis très heureux de l’avoir revu ainsi que tous mes frères et sœurs. Je repars satisfait, demain soir, pour Angers, via Paris (NDLR , le mardi 30 juillet dernier dans la soirée).

– On vous a vu faire du footing, la semaine dernière, à Sol Béni, sur le terrain Ignace WOGNIN de l’Académie MimoSifcom…

– Effectivement, c’était la troisième fois que je me rendais à Sol Béni  pour entretenir la forme. J’ai pu constater, à ces occasions-là, à quel point le Président Roger OUEGNIN a développé Sol Béni. J’avais connu ce complexe sportif de l’ASEC Mimosas, en 1994, lorsque j’étais revenu de France pour relancer ma carrière de footballeur à l’ASEC Mimosas. Tout ce que j’ai vu est impressionnant. J’ai pu rencontrer mon formateur BAMOGO Boukaré, mes ex-coéquipiers KLE Weuly Mathias, TRAORE Siaka « Gigi », l’Infirmier Major KOUADIO Rémi. J’ai félicité TRAORE Siaka, l’entraîneur principal, pour le bon travail qu’il a accompli avec son adjoint SAKANOGO Amadou. Il est en train de donner un bon niveau à l’équipe professionnelle. Pour revenir à Sol Béni, je dirai que c’est un bijou. Même le SCO d’Angers comme la plupart des clubs de la Ligue 2 française n’ont pas un tel complexe sportif. Les jeunes joueurs mimosas d’aujourd’hui ont vraiment de la chance d’avoir un tel outil à leur disposition. Nous n’avions pas cela à notre époque. On s’entraînait dans la poussière, à GESCO, à Yopougon, quand on avait la chance d’avoir ce terrain. Car l’ASEC Mimosas n’avait pas de terrain où s’entraîner. Parfois, je me dis que c’est parce que les jeunes sont trop gâtés qu’ils ne font pas d’effort pour mouiller le maillot. Il faut parfois créer la difficulté pour réveiller les gens. Avant, un jeune qui arrivait à l’ASEC Mimosas savait qu’il lui serait difficile d’avoir une place en équipe professionnelle. J’ai l’impression que les jeunes d’aujourd’hui ne savent pas ce que c’est que l’ASEC Mimosas. Ils ignorent qu’ils ont la chance d’être dans un très grand club qui doit toujours jouer les premiers rôles. Porter le maillot de ce club doit être un immense honneur pour tous les joueurs d’où qu’ils viennent. Toutes les équipes qui affrontent l’ASEC Mimosas doivent avoir peur. Mais ce n’est plus le cas aujourd’hui. Hélas !

– A ceux qui ne vous connaissent pas, pouvez-vous leur parler de votre parcours de footballeur ?

– Je m’appelle CISSE Baratté. J’ai commencé ma carrière de footballeur à l’ASEC Mimosas, en cadet, en 1982, avec le coach BAMOGO Boukaré. Ce Monsieur a beaucoup fait pour moi. J’ai gravi progressivement les marches jusqu’en équipe professionnelle. J’ai été international junior, puis senior. J’ai participé à la CAN 1988, au Maroc. Après la CAN, je suis parti pour la France, en 1989, précisément à l’AS Libourne (D3). Après une saison, j’ai opté pour le SCO d’Angers (D2) où je suis resté deux saisons. J’ai ensuite évolué deux saisons à Viry Chatillon (D3). Et puis, le Président Roger OUEGNIN m’a fait appel pour venir relancer ma carrière à l’ASEC Mimosas. Ce que j’ai fait et c’était en 1994. Je suis reparti, l’année suivante, pour la France où j’ai de nouveau évolué au SCO d’Angers (D2) qui avait besoin de mes services. Après Angers, j’ai joué en National à Château-Gontier de 1996 à 1998. Puis j’ai terminé ma carrière en championnat corporatif dans l’équipe des Municipaux d’Angers de 1999 à 2004. Grâce à cela, je suis entré comme agent à la mairie d’Angers et J’ai pu connaître la joie d’évoluer dans la sélection française des entreprises.

– Ne pensez-vous pas qu’au regard de votre immense talent, vous méritiez mieux que la carrière que vous avez connue ?

– On peut avoir du talent, de l’ambition, une grande volonté, de la combativité, mais au-dessus, il y a Dieu qui décide de tout pour chacun de nous. Mais je ne regrette rien. Par la grâce de Dieu, j’ai pu construire quelque chose. J’ai un emploi stable, une femme, des enfants, j’ai aussi une maison. Ce n’est pas rien. Je pense qu’aujourd’hui, les jeunes ont beaucoup plus de chance que nous. Quand je vois le cadre de Sol Béni, je me dis qu’ils sont dans d’excellentes conditions pour réussir.

– Que devenez-vous ?

– Je suis marié et père de quatre garçons. L’aîné aura 18 ans en décembre prochain. Le deuxième a 14 ans, le troisième a 12 ans et le dernier a 4 ans. Ils jouent tous au football. Je travaille à la mairie d’Angers. Je fais partie de l’équipe technique et de gestion des infrastructures sportives de la commune qui comprennent des salles de basket-ball, de handball, de volley-ball, de badminton, de tennis de table, une grande salle de gymnastique, un dojo, des terrains de football en gazon naturel et en pelouse synthétique.

-Revenons à vos années ASEC Mimosas. Que retenez-vous de ces années-là ?

– Je ne retiens que du bon de ces années-là ? A cette époque, la Côte d’Ivoire avait de très bonnes équipes de football avec l’ASEC Mimosas, l’Africa Sport, le Stade d’Abidjan, le Stella Club, l’AS EECI, l’ASC Bouaké, le Sabé Sport de Bouna, le Sporting Club de Gagnoa, le Réveil club de Daloa, etc. Le championnat ivoirien était l’un des plus relevés du continent. Les Ivoiriens étaient derrière leurs équipes. Ils nous soutenaient énormément. Les derbies d’Abidjan faisaient le plein du Stade FHB. Je me souviens encore d’un match ASEC Mimosas-Stade d’Abidjan qui avait refusé du monde. Le matin, dès 10 heures, la radio nationale avait annoncé qu’il n’y avait plus de place au Stade FHB. Lorsque nous sommes arrivés au stade, le public avait même occupé la piste d’athlétisme. Ce jour-là, nous avions gagné 3-1. Avec les Dan Forster KODJO, DIABATE Mamadou, Sékou BAMBA, ZARE Mamadou, KASSY Kouadio, N’DIAYE Aboubacar et autres, on avait battu le Stade d’Abidjan de TIEHI Joël. A la fin du match, j’étais très ému en voyant l’immense joie du peuple. Les gens étaient heureux. Certains brûlaient leur chemise, d’autres leur tee-shirt ou leur maillot. C’était vraiment beau et inoubliable. Aujourd’hui, ce n’est plus comme avant. Il n’y a plus cette flamme autour de l’ASEC Mimosas. J’ai posé la question autour de moi et l’on m’a répondu que ce n’est plus la même chose, que l’ASEC Mimosas ne pratique plus son football qui faisait rêver, qu’il n’y a plus de grandes individualités dans nos équipes. Alors qu’avant, on sortait des quartiers avec nos qualités techniques auxquelles on nous aidait à ajouter des qualités tactiques. Et la mayonnaise prenait. Aujourd’hui, on pratique le jeu collectif à l’européenne. C’est fluide, c’est beau. Mais quand ça coince, il faut des individualités pour partir balle au pied pour faire la différence ou provoquer des fautes. Ces individualités manquent à notre football et cela est bien dommage.

– Et le fameux match ASEC Mimosas-AS Douanes de Dakar comptant pour la Coupe d’Afrique des vainqueurs de coupe, en 1997, au cours duquel vous avez été particulièrement brillant ?

– Ah ! ce fameux match ASEC-AS Douanes avec M’BAYE N’Dour qui a fait chavirer les Ivoiriens de bonheur et dont tout le monde m’en parle encore aujourd’hui. Cette rencontre fait aussi partie de mes meilleurs souvenirs.

– Avez-vous rencontré les dirigeants de l’ASEC Mimosas durant votre séjour ?

– Malheureusement, non. J’aurais voulu rencontrer le Président Roger OUEGNIN, mais je n’en ai pas eu l’occasion. Je pensais qu’il travaillait les samedis. Le samedi 27 juillet dernier, je me suis rendu à son cabinet pour le rencontrer. Mais il n’y était pas, ce jour-là. Je me suis rendu ensuite au bureau du Président Francis OUEGNIN. Il n’y était pas aussi. Le vigile m’a dit qu’il viendrait à 11H. J’ai attendu, mais il n’est pas venu. Alors, j’ai appelé le Président Roger OUEGNIN. Il était à une réunion. Il était content d’avoir de mes nouvelles.

– Que pensez-vous de la politique du Président Roger OUEGNIN tendant à confier l’encadrement technique aux anciens joueurs du club comme l’entraîneur principal TRAORE Siaka et son adjoint SAKANOGO Amadou, à Lucien KASSY Kouadio comme responsable du recrutement, à Maxime GOUAMENE et KLE Weuly Mathias comme membres du staff technique de l’Académie MimoSifcom et à BAMOGO Boukaré, le formateur de presque toutes ces anciennes gloires du club ?

– C’est une excellente chose. Parce qu’il n’y a que les anciens qui peuvent transmettre l’esprit et la philosophie de jeu de l’ASEC aux jeunes. Ils ont vécu l’ASEC de l’intérieur en tant que joueur, ils savent mieux que quiconque ce que représente ce club. Les anciens joueurs de l’ASEC Mimosas sont des dépositaires de la tradition du club. Ce sont eux et les dirigeants qui peuvent perpétuer cette tradition.

– Quand retournez-vous en France ?

– Je retourne demain (NDLR, Mardi 30 juillet 2013) dans la soirée. Je suis vraiment heureux d’avoir passé un agréable séjour dans mon pays avec ma famille et surtout mon père. Je suis très content de voir aussi que l’ASEC Mimosas continue de se développer et que les Actionnaires continuent de faire confiance au Président Roger OUEGNIN et à toute son équipe.

– Que pouvez-vous dire pour clore cette interview ?

– Je souhaite une santé de fer aux dirigeants et à tous les supporters de l’ASEC Mimosas. Je souhaite le meilleur pour ce club que j’aime.

LAISSER UNE REPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here

trois × cinq =