« Nous commençons à récolter les fruits de notre travail »

Nous vous proposons l'intégralité de l'interview parue dans le quotidien Super Sport de ce jour.

 Plus qu’un simple DG, Benoit You est sans doute ce vrai manager général qui manquait à l’Asec Mimosas depuis quelques années. En effet, cheville ouvrière du club jaune et noir depuis sa nomination le 7 juin 2011,  en qualité de DG, par Me Roger Ouégnin, le Français Benoit You est au four et au moulin pour faire de l’Asec un grand club.  

 

 

Benoit, dans quelles circonstances Me Roger Ouegnin vous a-t-il confié la direction générale du club ?

Je travaille à l’ASEC depuis plus de 10 ans. J’ai pratiquement franchi toutes les étapes avant d’être à ce poste. Pendant six ans j’étais à l’Académie MimoSifcom, en assumant, tour à tour, la fonction de responsable de la scolarité, de l’administration et d’entraîneur adjoint.

 

Mais quel est votre cursus ?

Je suis titulaire d’un DESS sur les échanges internationaux obtenus à Paris III. Après mes études, j’ai intégré pendant 3 ans le groupe DECATHLON à Barcelone puis à Paris. Dans le même temps, j’ai poursuivi ma passion pour le football en étant entraîneur des jeunes en France, pendant une dizaine d’années. J’ai également joué au niveau DH en région parisienne.

 

Etes-vous cependant titulaire d’un diplôme d’entraîneur de football ?

 Oui. Puisque je suis titulaire du Brevet d’Etat de Football 1er degré. Arrivé en Côte d’Ivoire, après mes missions à l’Académie MimoSifcom, Me Roger Ouegnin m’a confié des responsabilités à Sol Béni et à la direction marketing et communication. Enfin, depuis le 7 juin 2011, j’assume la fonction de Directeur Général de l’ASEC Mimosas.

 

Plus de 2 ans après votre nomination en qualité de Directeur Général, qu’est-ce qui a fondamentalement changé à l’ASEC Mimosas ?

Il serait prétentieux de dire que tout a changé. Ce n’est d’ailleurs pas le cas, car le club avait déjà des bases très solides. Ce sont sur ces bases que le Conseil d’Administration m’a demandé de m’appuyer, à savoir : Sol Béni, l’Académie MimoSifcom, la popularité du club, nos partenaires fidèles et une organisation reconnue mondialement. Ainsi, face à la situation difficile de la Côte d’Ivoire et à la baisse des recettes du football (absence de recettes de matches, pas de droit TV, difficulté de vendre des produits dérivés, périodes difficiles connues par nos sponsors du fait de la crise …), il a fallu imaginer d’autres sources de revenus.

 

Mais l’Asec ne voit-il pas aujourd’hui le bout du tunnel, au regard de cette nouvelle dynamique qui l’habite ?

Notre ciel s’éclaircit effectivement. Et cela me réjouit même si beaucoup de travail reste à faire. Les 10 dernières années ont été riches en émotion et en labeur, mais particulièrement difficiles économiquement pour le club. Les raisons de l’éclaircie qui s’annonce ne sont pas mystérieuses. Elle est le fruit du travail continu et de la vision  de Me Roger Ouégnin et de son Conseil d’Administration, depuis 1989 et renouvelée chaque jour.

 

Où les dirigeants ont-ils cependant pu puiser cette énergie pour tenir la route, devant cette crise financière aiguë qui aurait pu saper les fondamentaux du club ?

 Il a fallu beaucoup de sueur, de courage et de foi pour, dans les moments les plus durs, continuer à investir dans le projet du club. Combien de personne auraient abandonnés ? Aujourd’hui, nous sommes en passe de récolter les premiers fruits de ce travail avec l’ouverture de l’hôtel de Sol Béni le 1er Septembre prochain et le passage à la vitesse supérieure pour notre Radio à la fin du même mois.

 

Mais qu’est-ce que l’Asec a gagné en termes de résultats ?

Il est toujours important de regarder les choses en perspectives et de ne pas s’arrêter sur le dernier résultat obtenu. Au niveau sportif, si l’on regarde les résultats des 10 dernières années, l’ASEC Mimosas demeure sans conteste le leader du football ivoirien (entre 2002 et 2013, nous avons remporté 7 titres de champion, 6 Coupes nationales, 6 Coupes Houphouët Boigny et accédé à 2 demi-finales de Ligue des Champions d’Afrique en 2002 et en 2006 …). Dans le même temps aussi, nous avons continué à perfectionner la formation au sein de l’Académie MimoSifcom avec de nombreux joueurs formés.

 

N’empêche que les résultats de ces dernières années ont un peu fragilisé le club ?

Si nous avons certainement moins gagné au cours des 2 dernières saisons, il ne faut pas tout remettre en cause. Car, le travail abattu est énorme et c’est lui qui permettra les nouvelles victoires dès demain. En ce sens, notre fin de saison avec la 2ème place en Ligue 1 et la victoire en finale de la Coupe nationale annoncent de beaux lendemains. D’autant que nous avons remporté le titre en championnat réserve. L’Académie est aussi sortie victorieuse face au FC Barcelone, lors du TIDA en décembre dernier. Ces jeunes qui composaient ces équipes évoluent à l’Académie MimoSifcom. Certains d’entre eux poursuivront leur carrière dès la saison prochaine en équipe professionnelle.

 

Autant dire que l’avenir du club jaune et noir est prometteur?

Ce qui est prometteur, c’est que nous n’avons jamais cessé de travailler. Aussi suis-je convaincu qu’un jour ou l’autre, le travail payera. Nous sommes en train de gagner le pari du développement du club. Et il est certain que demain, les résultats sportifs et financiers seront meilleurs. Personnellement, j’ai confiance et j’ai foi en l’avenir de l’ASEC.

 

Mais comment êtes-vous parvenu à convaincre vos partenaires pour qu’ils vous renouvellent leur confiance ?

Nos partenaires ont été fantastiques. Ils ont connu, comme nous tous, des moments particulièrement délicats. Mais, ils ne sont pas leaders pour rien. Pendant la crise, comme l’Asec Mimosas, ils ont réduit la voilure tout en gardant un œil sur l’avenir.

 

C’est-à-dire…

Pour dire que l’anticipation est l’une des qualités essentielles d’un grand manager et les dirigeants de ces entreprises partenaires comme SIFCA, ORANGE, ALLIANZ, BERNABE, ORCA, YOPLAIT … ont toujours gardé le contact avec nous. Parce qu’ils  savaient, qu’un jour ou l’autre, la Côte d’Ivoire irait mieux. Et ce jour-là, ils savaient qu’ils auraient besoin de nous.

 

A voir tout ces investissements, Sol Béni d’un côté,  club de football de l’autre, l’Académie MimoSifcom par-ci, Radio JN, Magazine Mimosas, Sites Internet en 2 versions (française et anglaise) par-là, où l’Asec Mimosas trouve-t-il tout cet argent ?

Je comprends votre question. Nous-mêmes, nous nous la posons chaque jour. Surtout qu’il faut ajouter, en plus des investissements, les charges de fonctionnement et les salaires.  Je vais me répéter, mais, nous avons fait des miracles pour être encore debout aujourd’hui, quand on connait les recettes provenant directement du football. On parle beaucoup de football et de gros sous. Mais le football ivoirien n’est pas organisé efficacement pour générer des ressources et atteindre le point d’équilibre. D’où les difficultés de tous les clubs ivoiriens à s’en sortir.

 

Et quelle a été cette stratégie qui vous a permis de résister ?

Nous avons fait le pari de la diversification des revenus, en développant notamment d’autres activités annexes pour faire vivre notre club. Cependant, le football reste essentiel pour notre équilibre financier. Et quand vous lisez nos comptes d’exploitation, vous noterez que les transferts de joueurs ont été une part importante de nos ressources. Qu’il s’agisse des transferts directs ou de leurs retombées (contribution de solidarité, indemnités de formation …). D’où l’importance de bien travailler, car cela paie toujours (Parfois 15 à 20 ans après …). 

 

Mais quel est le budget d’un club comme l’ASEC Mimosas ?

Nous publions chaque année notre compte d’exploitation dans le journal et sur le site internet du club. Notre budget s’élève à 1 milliard 300 millions de FCFA. Ce chiffre prend en compte toutes les entités du club.

 

Et qu’en est-il pour la masse salariale… ?

Nous avons une masse salariale mensuelle de 35 millions de francs Cfa.

 

Quel est l’impact de l’hôtel de Sol Béni sur les objectifs de l’Asec?

Notre hôtel fait partie d’un ensemble d’activités basées à Sol Béni (Hôtel, restaurant, Activités sportives pour enfants et adultes, Evènements …). Comme indiqué plus haut, cet hôtel ouvrira enfin en septembre. Il accueillera  l’équipe nationale A de Zambie, championne d’Afrique 2012, qui souhaite y préparer son match crucial contre le Ghana prévu le 6 septembre à Kumasi. Après cette ouverture, l’hôtel de Sol Béni sera ouvert avec ses 30 chambres individuelles, son restaurant, ses piscines (intérieure et extérieure), sa salle de sport …

 

L’Hôtel sera donc ouvert au grand public ?

Effectivement. Au départ, nous avons voulu que le complexe hôtelier accueille uniquement les sélections ou les clubs professionnels. Mais, après longue réflexion, nous avons estimé qu’il fallait l’ouvrir au grand public.

 

Est-il exagéré de dire que l’ASEC Mimosas se suffit aujourd’hui ?

Je ne dis pas que l’Asec gagne beaucoup d’argent. Toutefois, sachez que ce que le club gagne est automatiquement réinvesti. Etant donné que nous ne fonctionnons pas comme une société anonyme où les dividendes sont redistribués aux actionnaires. L’Asec est donc une association sportive qui réinvestit ce qu’elle gagne comme argent. A titre d’exemple, l’argent issu des activités de Sol Béni sert à financer les autres activités du club qui en ont besoin (ex : l’équipe professionnelle, la radio …).

 

Mais en termes de chiffres, combien l’ASEC a-t-il investi dans la construction de Sol Béni ?

C’est difficile de parler de coût. Je n’étais pas là au début du projet de Sol Béni en 1989. Néanmoins, je peux vous donner le chiffre de 2 milliards concernant la construction de l’hôtel et de ses dépendances. Nous continuons de travailler pour améliorer la qualité de nos infrastructures sportives et hôtelières. Aujourd’hui, nous devons tous être heureux d’avoir Sol Béni. Et les actionnaires doivent comprendre que toutes nos activités servent le club et l’équipe professionnelle.

 

Que répondez-vous cependant à ceux qui disent que Me Roger Ouegnin a sacrifié les résultats sportifs au profit de ses propres ambitions ?

Je laisserais chacun juger. Cependant, quand je regarde le palmarès du club, son patrimoine, son savoir-faire reconnu par toutes les instances du football mondial (FIFA, CAF, FIFA TMS, European Club Association …), son organisation, la renommée de l’Académie MimoSifcom, le nombre de partenaires … je pense qu’un énorme travail a été fait et que les résultats ont suivi. Depuis ces cinq dernières années, l’ASEC n’enchaîne plus les bons résultats, cela ne risque-t-il pas de  compromettre tous ces acquis ?

Il est important de gagner, car le football reste le cœur de notre activité. C’est, d’ailleurs, en gagnant que nous avons pu construire le club tel qu’il est aujourd’hui. Cependant, les acquis du club sont solides. Nous haïssons la défaite et nous faisons tout pour gagner chaque match. Cependant, même après une défaite, nos 180 employés (sans compter les joueurs de l’équipe professionnelle) reprennent chaque jour le chemin de Sol Béni pour servir le club et le rendre chaque jour plus fort.

 

Mais, en attendant, les actionnaires, eux, sont impatients ?

Je comprends leur impatience. J’espère que la victoire de Bouake leur aura redonné le sourire. Je crois que depuis 1989, ils ont compris qu’ils peuvent faire confiance à l’équipe dirigeante actuelle car elle travaille dans l’intérêt du club. Après quelques années moins florissantes, je crois que les années qui viennent verront refleurir les mimosas.

 

Ouvrons, à présent, le chapitre concernant l’Académie MimoSifcom. Quel est son budget annuel ?

Les résultats financiers de l’Académie sont publiés également tous les ans. Et son budget varie en fonction des années. Il a été par le passé de plus de 300 Millions FCFA. Et récemment, il est redescendu à 100 Millions.

 

N’est-ce pas ce qui explique qu’elle n’est plus le rayonnement qu’elle a connu dans le passé ?

C’est vrai. Le choc a été violent, mais fort heureusement, dans la tempête, le Conseil d’Administration a toujours insisté pour que l’Académie continue son travail de formation de l’élite du football ivoirien de demain.  Si vous avez suivi les dernières informations de la vie de l’Académie, vous saurez que le groupe SIFCA a décidé de renforcer  son soutien à l’Académie MimoSifcom, ce qui est de très bon augure pour notre club et notre football.

 

Combien y a-t-il de pensionnaires ?

Actuellement, nous avons une trentaine de pensionnaires pris en charge à 100% par le club. Je rappelle que l’Académie est gratuite, de la détection jusqu’à la formation qui peut durer 6 à 7 ans. Cette formation inclut bien évidemment les volets scolaires, médicaux …

 

Qu’est-ce qui a cependant changé dans le fonctionnement de l’Académie aujourd’hui par rapport à hier ?

Rien n’a fondamentalement changé dans le fonctionnement de l’Académie. Depuis 1993, nous recrutons de jeunes joueurs et nous les mettons dans les meilleures conditions pour qu’ils  apprennent leur métier. Chaque formateur a sa méthode, mais cela reste toujours le même métier.

 

Que pensez-vous des critiques faites justement à l’encontre de la formation à l’Académie, qui ne serait plus ce qu’elle a été dans le passé ?

A mon avis, ce qui a changé, c’est plutôt l’environnement du football en Côte d’Ivoire. Et c’est, de ce coté, qu’il faudra chercher les éventuelles raisons d’un changement dans la qualité des joueurs formés.  Face à ces changements, il faut être en permanence en éveil afin de s’adapter. Je pense qu’aujourd’hui nous sommes sur la bonne voie.

 

Parlons de la radio. Croyez-vous qu’elle était nécessaire à l’Asec au moment où le club tire le diable par la queue ?

C’est une bonne question et je ne vous surprendrais pas en vous répondant que, c’est dans ces moments difficiles qu’il faut redoubler de créativité pour penser l’ASEC de demain. Et la radio fait partie de ce projet. Je peux vous annoncer que cette radio va faire beaucoup de bruit à Abidjan à partir du 27 septembre. Nous allons faire quelque chose d’unique et d’innovant pour le plaisir des Actionnaires et de tous les passionnés de sport. Comme tout ce que fait l’ASEC, ce sera exceptionnel. Sachez que nous sommes actuellement déjà 23 personnes à travailler sur ce projet (Animateurs, journalistes, marketeurs, commerciaux, techniciens, comptables …).

 

Résultats sportifs, Sol Béni, Académie, le journal Mimos magazine, Sites Internet et à présent une radio. Mais quel est le secret de la réussite du club jaune et noir ?

Il n’y a pas de secret et la réussite est accessible à tous. Pour cela, il faut beaucoup travailler, croire en ce que l’on fait, persévérer dans les moments difficiles, savoir bien s’entourer et … un peu de chance !

Interview réalisée par Kambiré Elie et Olivier Asseman

LAISSER UNE REPONSE

Please enter your comment!
Please enter your name here

5 × cinq =