« Sol Béni est le vœu d’un grand homme »

L’un des fidèles collaborateurs de Me Roger OUEGNIN, Gérard QUAYRET, a été l’un des artisans de l’ASEC Mimosas moderne. A bientôt 80 ans, l’homme a bien voulu faire le déplacement de Sol Béni, à l’invitation de Radio JN, pour son émission « Le salon des Actionnaires ». Nous vous proposons un large extrait de l’interview qu’il y a accordé, dans les studios Président TOURE Mamadou de Radio JN. Interview

Qui est Gérard QUAYRET à l’ASEC Mimosas?

J’ai été choisi par le PCA, Me Roger OUEGNIN, pour  mettre en place une organisation administrative et financière dans le club sportif de l’ASEC Mimosas. J’ai pris fonction avec le titre de Trésorier Général de l’ASEC Mimosas en novembre 1989, jusqu’à dernièrement où j’ai été victime d’une maladie qui m’empêche de mener à bien mes activités intellectuelles. Gérard QUAYRET est rattrapé par l’âge. Je serai très bientôt octogénaire.

Vous avez été nommé en novembre 1989 par le PCA Me Roger OUEGNIN comme Trésorier Général mais avant vous étiez un  véritable inconnu à l’ASEC Mimosas ?

Oui, j’étais inconnu à l’ASEC Mimosas, mais pas dans le secteur de l’Etat de Côte d’Ivoire.

Avant ma prise de fonction à l’ASEC Mimosas, j’ai été le conseiller de deux Ministres des finances de l’Etat de Côte d’Ivoire. D’abord celui de Raphaël SALLER, le tout premier Ministre des finances de Côte d’Ivoire, en 1960 et celui d’Henri Konan BEDIE qui lui succéda 8 ans après. Raphaël SALLER était Martiniquais, mais gérait les finances de la Côte d’Ivoire avec des collaborateurs tels que M. DE BOISVILLIERS qui était le chef de la solde et qui fut remplacé par Alexandre KOFFI, et vint plus tard Sery Gnoléba comme Trésorier Général Payeur.

 Peut-on dire que le PCA Me Roger OUEGNIN a eu le nez creux en recrutant un homme rompu à la tâche ?

Bien sûr. J’étais un fonctionnaire chargé de suivre avec un certain sérieux, certains  arrêtés ministériels et des créations d’arrêtés ministériels qui devaient modifier certains autres. Et là, il ne fallait donc pas se tromper. Je ne badinais pas avec la rigueur.

 Comment avez-vous accueilli la nouvelle de votre nomination à la tête des finances de l’ASEC Mimosas ?

A l’Assemblée Générale de l’ASEC Mimosas de novembre 1989 et après son élection au poste de Président de l’ASEC Mimosas, Me Roger a présenté aux Actionnaires, les membres de son comité et ses collaborateurs directs dont le Secrétaire Général, feu ELIASON Nuan  Kouamé et moi-même. Et il a dit ceci aux Actionnaires : « Vous ne les connaissez pas, mais vous apprendrez à les connaitre ». Il a dit cela parce qu’il m’avait vu agir dans certains cas, sur certains dossiers litigieux. Nous nous sommes rencontrés par l’intermédiaire d’un ami commun. A l’occasion de cette première rencontre, il m’a dit ceci : «Je vous ai annoncé à l’Assemblée Générale comme mon Trésorier Général, sans vous consulter. Voudriez-vous collaborer avec moi dans cette grande œuvre que nous voulons entreprendre » ? Je lui ai donné mon accord pour nous lancer dans cette nouvelle expérience, avec un peu d’appréhension néanmoins, parce que je ne me voyais pas travailler dans un club sportif.  J’avais exercé dans presque tous les secteurs, mais jamais dans le domaine sportif. C’est un domaine que j’ai appris à connaître parce que c’est un domaine très complexe où il y a plein d’imprévus qui surgissent sans que vous vous en rendiez compte. Ce n’est pas comme dans une entreprise où tout est calculé et mobilisé d’avance.

 Quel était l’état des lieux à votre arrivée à l’ASEC Mimosas ?

Il n’y avait aucun service administratif. Tout était à faire.

 Comment êtes-vous parvenu à mettre en place une administration aussi forte, alors ?

Nous avons démarré sans aucun capital financier. Il a fallu chercher  des ressources financières en sollicitant d’abord les Actionnaires du club pour demander leur adhésion. D’où l’adhésion à titre individuel ou collectif avec la création des comités d’Actionnaires de commune, de village, de région, des comités d’entreprises. Nous avons également eu recours à la publicité des sponsors pour nous doter de moyens plus adéquats (Nissan-Comafrique, Marlboro, Sonoco, Eveready, etc.).

 Dès la publication du premier bilan financier de l’ASEC Mimosas, des langues avaient dit qu’on ne pouvait pas diriger un club sportif avec une calculatrice à la main. Cela ne vous avait t-il pas sapé le moral ?

Pas du tout. Ce que nous faisions était de l’organisation. C’est-à-dire convaincre les gens et les sponsors à adhérer au club Jaune et Noir pour leur intérêt. Ceux qui disaient cela n’avaient donc rien compris. Tout le monde a donné raison à l’ASEC bien plus tard.

 Dans votre volonté d’organisation, vous avez mis en place plus de 350 comités communaux, villageois, estudiantins, d’entreprises et autres à travers la Côte d’Ivoire, avec plus de 30000 adhérents dans les années 1990 à 1992. La tâche n’a donc  pas été de tout repos?

Effectivement, mais cela avait rapporté plus de deux cent millions dans les caisses de l’ASEC Mimosas. C’était une somme assez conséquente, pour une période de 2 ans. Pour tout cela, il fallait que les résultats du club suivent pour enrôler des vedettes telles que Gadji Céli,  Ben Badi, Lucien Kassy Kouadio, Alain Gouaméné et des entraîneurs chevronnés tels Philippe TROUSSIER, Oscar Fullone et autres.

 Après avoir mis en place les comités de supporters, vous avez créé des produits dérivés (tee-shirt, calendriers, pin’s, de l’eau minérale, la bière Actionnaire, le vin ‘‘Sol Béni’’, des cravates, des montre- bracelets, etc…) qui se sont vendus comme de petits pains. Comment cela s’est déroulé ?

Vendre des gadgets à l’effigie du club faisait partie des solutions que nous avons pu imaginer pour renflouer les caisses. Cela nous rapportait dans l’année plus de 80 voire même 100 millions de francs CFA.

 QUAYRET par ci, QUAYRET par là. En bien, comme en mal, ce nom était sur toutes les lèvres des supporters de l’ASEC Mimosas au début des années1990. Pourquoi il y avait- il autant de bruit autour de votre personne ?

J’ai essayé d’empêcher certaines personnes de tourner en rond dans un cadre où nous avions dépensé beaucoup d’énergie et de savoir dans la recherche des ressources financières.

 Pourquoi aimiez-vous si bien le qualificatif d’ouvrier spécialisé de l’ASEC Mimosas tout comme d’ailleurs le PCA, Me Roger OUEGNIN ?

Dans ma jeunesse, j’ai toujours été formé au travail bien fait et très structuré où j’ai  dû m’occuper personnellement de beaucoup d’éléments qui se sont présentés à moi. On ne gère pas toujours sa vie comme on le pense. Il y a des aléas qui surviennent. Il faut se préparer à attendre la pluie après un beau temps très ensoleillé.

 Comment réagissez-vous aujourd’hui à la création d’une radio privée au service de  l’ASEC Mimosas ?

C’est une très bonne chose. Les dirigeants ont fait preuve de grande vision futuriste. Radio JN, non seulement touche les Actionnaires dans leur ensemble, mais également tous les Ivoiriens, les Africains et même le monde entier.

 Que pensez-vous de Sol Béni, en général ?

L’acquisition de ce patrimoine que nous appelons Sol Béni a été une excellente affaire pour l’ASEC Mimosas. C’est le ciment d’une famille, celle des Actionnaires. C’est le lieu où ces derniers  peuvent se réunir et se dire qu’ils sont chez eux. Sol Béni est le vœu d’un homme, Me Roger OUEGNIN, qui a voulu pérenniser l’action d’une grande vision. Dans cent ans ou pendant des siècles, on  magnifiera toujours l’action de ce grand homme.

 Quels événements vous ont le plus marqué, depuis que vous exercez à l’ASEC Mimosas ?

 Ce sont incontestablement, le sacre de l’équipe de football, en 1998, en Ligue des champions de la CAF et l’acquisition de Sol Béni avec tous les travaux qui y ont été effectués. Je peux citer comme exemple : La maison Excellence, les terrains de football, l’Académie MimoSifcom et maintenant le Bâtiment de la communication avec le journal, le site internet et la Radio JN. Ce sont des moments de grande fierté.

 Quelle est la génération de joueurs de l’ASEC Mimosas que vous avez le plus appréciée ?

Ce fut certainement la génération des GADJI Céli, Abdoulaye TRAORE, KASSY Kouadio Lucien, Losséni KONATE, SIE Donald, AMANI Yao, AKA Kouamé, ZARÉ Mamadou, BASSOLÉ Michel, et autres. GADJI Céli était un grand artiste autant sur le terrain que sur la scène musicale. Il alliait à tout cela la capacité de meneur d’hommes, qui a fait de lui, le capitaine idéal.

 Suivez-vous encore les résultats de l’équipe de l’ASEC Mimosas. Et que pensez-vous de ces résultats ?

 Je lis beaucoup le Magazine ASEC Mimosas-Les enfants s’amusent. Je suis donc informé des mouvements de l’équipe de l’ASEC Mimosas. Je suis un peu déçu des résultats parce que nous avons la capacité et les moyens de faire beaucoup mieux. Je trouve que nos joueurs ne font pas la part des choses. Ils veulent tous partir sous d’autres cieux, sans même prouver leur valeur ici, au plan local.

 Un dernier mot pour terminer ?

Je remercie Radio JN  et tous les journalistes d’ASEC Mimosas Communication qui m’ont sollicité. Je ne suis pas une bibliothèque, mais je sais beaucoup de l’ASEC Mimosas. Je pense également que le savoir ou la connaissance doivent être partagés.

 

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