L’ASEC doit rester une lumière pour les autres

Nous vous proposons la 2ème partie de l’interview de Joseph Antoine BELL parue hier sur le site internet de l’ASEC Mimosas.

Les compétitions africaines des clubs de votre époque n’étaient-elles pas calquées aussi sur le modèle européen ?

Là n’est pas le problème. Pourquoi doit-on changer ? N’y avait-il pas autres choses à proposer que copier? Lorsque le modèle européen a changé, nous avons changé aussi la formule de nos compétitions. Pourquoi ce n’est pas nous qui avons inventé cela ? L’Africain connaît l’affrontement.# Lorsqu’on dit ASEC-Dynamo de Douala ou ASEC-Canon de Yaoundé, ça mobilise tout le monde parce qu’on veut savoir qui passera. Mais dès que vous parlez de championnats africains, les gens ont du mal à suivre. Je ne dis pas que j’ai la solution. Je n’y ai jamais réfléchi. Mais je constate simplement que depuis qu’on joue dans cette formule, cela rapporte de l’argent, certes, mais cela a aussi provoqué le désintérêt chez les supporters. Je vois qu’au Cameroun, lorsqu’on parle de Coupe d’Afrique des clubs, personne n’est au courant, personne ne va au stade, ça n’intéresse personne, Pourtant, il y a quelques années, quand on disait que le TP Mazembe venait à Douala, le stade était plein à craquer. J’ai connu des matchs avec l’Union de Douala contre des équipes du Lesotho qui ont drainé un monde fou. Aujourd’hui, si on vous dit que l’ASEC Mimosas se déplace pour un match de Coupe d’Afrique à Douala, le Stade ne sera pas plein du tout. La Caf devrait y réfléchir. Malheureusement, la Caf n’a pas l’habitude de se remettre en cause. Et ça, c’est dangereux.

Cela n’est-il pas dû à un manque de talent et de médiatisation ?

Aujourd’hui les matchs passent à la télévision et on en parle à la radio. Ce n’est ni un manque de médiatisation ni un manque de talent. Je crois que c’est plutôt un manque de réflexion globale. Je pense qu’il faut comprendre que nous avons pris beaucoup de retard et qu’il nous faut réfléchir. En ayant cru pendant longtemps que la routine suffisait et que tout le monde pouvait faire tout et n’importe quoi, on a souvent fait n’importe quoi. On n’a pas toujours cru que les fonctions nous obligeaient à réfléchir et donc à innover et à s’adapter. On n’a pas suivi l’évolution. Aujourd’hui, l’évolution ayant eu lieu en Europe, notre public suit plus ce qui se passe en Europe que ce qui se passe chez nous en Afrique. Il nous faut donc redoubler de réflexion, d’imagination pour rattraper ce retard et amener les gens à s’intéresser à ce qui se passe sous leurs cieux.

Ne pensez-vous pas que l’évolution trop accélérée comme celle de l’ASEC Mimosas qui a pris une envergure étonnante grâce à une bonne organisation, un complexe sportif, une Académie de football, un journal, un site internet et bientôt une radio peut poser problème ? Parce que même les supporters de l’ASEC Mimosas semblent dépassés et ont du mal à s’adapter au nouvel environnement de leur club. Qu’en pensez-vous ?

L’ASEC Mimosas est très en avance. Mais il ne faut pas regretter d’être trop en avance parce qu’on ne l’est jamais assez. Il vaut mieux être une lumière et une lumière pour les autres. Ce que l’ASEC Mimosas fait est très bien. L’ASEC doit poursuivre son développement et les autres doivent essayer de rattraper l’ASEC Mimosas. Je crois que l’ASEC, tout seul, ne peut pas combler le déficit. C’est avec les autres. Aujourd’hui, la balle est dans le camp de l’Africa, du Stella et des autres clubs. Il ne faut pas désespérer. Parce que n’oublions pas une chose. Il y a quelques années, le combat en Côte d’Ivoire, c’était entre l’ASEC Mimosas et l’Africa Sports. Les autres suivaient. Il ne faut pas qu’en Côte d’Ivoire, on pense qu’il faudrait beaucoup de clubs comme l’ASEC Mimosas. Il suffirait seulement qu’il y ait un deuxième, et là, c’est un appel à l’Africa, pour qu’il y ait un bon championnat. Il faut que l’Africa fasse des efforts puisqu’on a besoin de rivalités pour dynamiser un championnat national. Regardez en Espagne. Le Real et le Barça sont loin devant les autres. Mais ça suffit pour faire un grand championnat. Il faudrait là aussi engager la réflexion pour qu’un grand club comme l’ASEC Mimosas ne soit pas le seul, en Côte d’ivoire, dans un environnement inadapté et qu’il soit obligé de laisser partir, chaque année, ses meilleurs joueurs, faute de moyens. Il faut faire en sorte que les talents restent en Côte d’Ivoire.

Vous qui avez joué dans le club rival, que pensez-vous de l’ASEC Mimosas d’aujourd’hui ?

L’ASEC Mimosas a fait de très grandes choses. Le risque que court ce club, aujourd’hui, c’est de se regarder et donc de ralentir. Non, l’ASEC ne doit pas se regarder, mais se fixer des objectifs sportifs majeurs. Il ne suffit pas d’être premier en Côte d’Ivoire, dans la sous-région et se contenter des acclamations des uns et des autres. Il faut, tous les jours, élever le niveau de ses exigences. Après avoir étonné tout le monde, après avoir donné à l’équipe de Côte d’Ivoire une partie de son ossature, l’ASEC Mimosas doit viser des titres en Côte d’Ivoire, mais aussi en Afrique. L’ASEC Mimosas ne doit pas se contenter de tirer seulement la Côte d’Ivoire vers le haut, mais avoir l’ambition de tirer toute l’Afrique vers les sommets.

Ne pensez-vous pas que les Fédérations nationales et les Etats devraient apporter davantage de soutien financier à leurs clubs pour les aider à se développer ?

Je ne sais pas si c’est sur le plan financier qu’il faut aider les clubs africains, mais je sais qu’il faut les aider. Pour être prêt à aider, il faut être prêt à écouter ces clubs, leurs dirigeants, et les avis des experts pour savoir quels sont les besoins de ces clubs pour mieux les aider.

Quel est la nature de vos relations avec les dirigeants actuels de l’ASEC Mimosas ?

La qualité des frères OUEGNIN, Roger et Francis, c’est qu’en bons sportifs, ils aiment tout ce qui est bien fait. Quand je jouais à l’Africa Sports, j’avais beaucoup de supporters cachés qui étaient de l’ASEC Mimosas. Des gens qui auraient voulu avoir de très bonnes relations avec moi et d’autres qui avaient déjà de très bonnes relations avec moi, alors qu’ils étaient de l’ASEC Mimosas, le club rival. Ce qui voulait dire qu’ils appréciaient simplement les qualités du joueur et de l’homme. Et moi, j’ai beau être de l’Africa Sports, cela ne m’empêche pas de voir que ce qui est fait à l’ASEC Mimosas est très bien fait. Et que ceux qui le font, font aussi mon admiration. Ce faisant, mon amitié avec les frères OUEGNIN vient de ce qu’ils ont fait et qui est très bien pour le sport et pour la Côte d’Ivoire.

Pour terminer, Joseph Antoine BELL, que retenez-vous de votre passage dans le football ivoirien ?

J’ai surtout retenu l’amitié qui me fait souvent déclarer que je suis Ivoirien et qui fait que les Ivoiriens me reconnaissent comme l’un des leurs. Je crois que ça, c’est beaucoup plus important qu’un penalty arrêté, qu’un penalty marqué, qu’un but marqué ou plus important qu’un titre gagné. Aujourd’hui, cette amitié, cette reconnaissance est beaucoup plus précieuse à mes yeux que tout le reste.

Interview réalisée par
K. Ismaël

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