«Que les Actionnaires reprennent leur place»

Le Président Francis OUEGNIN rompt le silence et parle de l’ASEC Mimosas cuvée 2011. Il a accepté de se prononcer sur tous les sujets qui préoccupent les Actionnaires. De l’élimination de l’ASEC Mimosas de la Ligue des champions, du niveau de l’équipe, des recrues, de la Coupe de la Confédération, des compétitions nationals, etc. Voici ce qu’il nous a confié.#

Monsieur le Président, quel bilan faites-vous, aujourd’hui, du parcours de l’ASEC Mimosas, dans les compétitions africaines ?

C’est un bilan mitigé. L’objectif principal de notre club était la phase de poules de la Ligue des champions. Nous l’avons manqué de très peu, au Maroc.

Notre équipe est passée à côté de la qualification pour la phase de poules de la Ligue des champions, cette année. C’est la troisième fois de suite qu’elle n’accède pas à ce niveau. Comment avez-vous vécu la dernière élimination face au Raja CA de Casablanca ?

Cette élimination nous a fait très mal. Parce que ce jour-là, notre équipe a fait une très bonne prestation, dans un stade Mohammed V plein à craquer. Elle a montré un niveau de jeu très intéressant. Nous n’avons pas à rougir de cette élimination. Nous nous sommes rendus compte que l’entraîneur a fait un travail remarquable et les joueurs se sont montrés nettement à la hauteur du défi à relever. Nous venions de sortir d’une crise sociopolitique terrible, sans entraînement ni compétition pendant presqu’un mois. Après cela, nous n’avons eu que huit jours de préparation avant de nous rendre au Maroc. Dans ce bref délai, l’entraîneur a su communiquer un bel esprit de gagneur à nos joueurs.

Il est vrai que notre PCA et moi-même étions présents pour motiver les joueurs du mieux que nous pouvions. Nous avons joué notre rôle pour mettre le groupe dans les meilleures conditions psychologiques. Sur le plan technique, tactique et mental, l’entraîneur a su jouer son rôle. Je suis convaincu que les Marocains se disaient qu’ils feraient d’une bouchée l’ASEC Mimosas à cause de la guerre en Côte d’Ivoire et du manque de compétition de notre équipe. Mais ils ont déchanté durant le match jusqu’à ce que la réussite leur tende les bras, à la 94e mn, grâce au trio arbitral.

Que représente, pour vous, le nouveau défi de la Coupe de la Confédération vu que ce trophée est le seul de la CAF qui manque à la vitrine de notre club ?

Maintenant que nous disputons la Coupe de la Confédération, le Conseil d’Administration a décidé de mener cette nouvelle campagne jusqu’au bout. Ce ne sera pas facile. Notre poule, qui comprend de très bonnes équipes comme le Club Africain de Tunis, Kaduna United et InterClube de Luanda, est appelée, à juste titre, la poule de la mort. Elle est difficile comme l’autre poule. Il ne faut pas se leurrer. Mais nous pouvons nous en sortir. Il faudra gagner tous les matches à domicile et aller glaner quelques points à l’extérieur. Réussir un hold-up hors de nos bases, nous ouvrira les portes des demi-finales. Nous pouvons le faire aux regards de nos belles prestations en Mauritanie, au Zimbabwe, au Maroc et récemment en Angola.

Croyez-vous sincèrement notre équipe capable de remporter la présente édition de cette compétition ?

Je ne veux pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué. Je me ferai une idée claire de nos chances au terme des matches aller. Il y a toujours des impondérables dans la vie. Avec mon expérience dans le domaine du football, je préfère être mesuré dans mes propos, même si je crois fermement aux chances de notre équipe.

Que vous inspire Sébastien DESABRE, le nouvel entraîneur de l’ASEC Mimosas ?

Je ne veux pas tomber dans un optimisme excessif. Mais je suis très satisfait du travail de notre entraîneur. Nous sentons qu’il est en train de faire progresser l’équipe. Il a su mettre le jeu au cœur du débat, à travers ses choix et son sens de la communication. Il a su bien gérer son groupe et assurer la succession de Maxime GOUAMENE. Il vient de remplacer un jeune entraîneur qui a remporté successivement deux titres de champion de Côte d’Ivoire avec l’ASEC Mimosas. Ce n’est pas facile pour lui qui doit faire mieux que Maxime. Je sens un souffle et une dynamique dans cette équipe. Nous sentons une ligne directrice dans son jeu. Elle ne fait pas n’importe quoi, même quand elle est en difficulté.

J’assiste régulièrement aux entraînements. J’ai vu la vidéo du matchescontre le Raja. Je me régale chaque fois que je regarde cette vidéo. Nous sentons une adhésion totale des joueurs à la vision de leur entraîneur. Même ceux qui ne sont pas titulaires adhèrent à son discours. Ils se donnent tous à fond à l’entraînement, car Sébastien sait leur parler. Par exemple, quand il doit communiquer la liste des joueurs retenus pour un match, il s’entretient d’abord avec les remplaçants. Parce qu’il sait que le banc fait aussi gagner les matches. Grâce à son sens de la psychologie, tous nos joueurs sont en train de se bonifier. C’est pourquoi, je tiens de moins en moins de réunion avec eux, parce que tous savent désormais pourquoi ils sont à l’ASEC Mimosas. C’est très bien ainsi pour l’équipe et pour le club.

Le Mercato est ouvert depuis le lundi 20 juin dernier et s’étendra jusqu’au 15 juillet prochain. Allez-vous procéder au renforcement de l’effectif et quels sont les secteurs qui seront concernés ?

C’est une question très importante qui intéresse beaucoup les Actionnaires. Nous travaillons sur le sujet avec Walter AMMANN, le Directeur Technique et son staff. Il est certain qu’il y aura des départs et des arrivées.

Pourriez-vous nous indiquer les secteurs qui seront renforcés ?

Nous comptons renforcer notre couloir gauche (avec un lateral gauche et un ailier gauche) et si possible trouver un bon attaquant. Au milieu, nous n’avons pas vraiment de souci. Dans ce secteur, je suis heureux du retour de Mark SEKYERE. Il est revenu à son meilleur niveau. L’entraîneur est impatient de l’utiliser et il se peut qu’il lui donne sa chance dans les jours à venir.

Le trio d’attaquants BAKAYOKO-BOUGOUHI-KAYODE donne satisfaction jusqu’ici. Pourquoi cherchez-vous encore des attaquants ?

Ces trois attaquants sont bons. Ils nous donnent satisfaction. Mais vous savez, pour faire la différence au haut niveau, il faut toujours une bonne dose d’expérience que ces garçons n’ont pas encore. Nous reconnaissons les qualités de ce trio d’attaquants, mais nous connaissons aussi ses limites. Nous sommes donc en train de chercher un attaquant pour apporter l’expérience et plus de percussion à notre division offensive. Si nous n’en trouvons pas, nous ferons avec, cette année. Car derrière, il y a quand même BOUA Koffi Davy et Garba Halidou.

Que pensez-vous de notre défense ?

Notre défense se comporte bien, pour le moment. Dans l’axe, la paire DIOMANDE-SANKARA est royale. Ces deux joueurs sont complémentaires pour notre bonheur. SANKARA nous a apporté ce qui nous manquait dans l’axe: la qualité technique, l’intelligence tactique et la présence physique. DIOMANDE Ahmed mérite, aujourd’hui, une place chez les Eléphants seniors. Ces garçons sont des défenseurs de haut niveau. Ils peuvent réussir dans n’importe quel club en Europe. Maintenant, nous cherchons des joueurs de couloirs. KOFFI Gautier a besoin de s’affirmer et derrière le jeune ABLAKOR Yao Yves arrive en force. OKOU Zahui occupe bien la défense gauche, mais, à mon avis, il est meilleur dans l’axe.

Que pensez-vous des recrues de cette saison ?

Vous savez, je n’ai pas ma langue dans la poche. Je ne passe pas par quatre chemins pour dire ce que je pense. Nous nous sommes encore trompés dans nos recrutements, à l’intersaison. Quels sont les recrues qui sont titulaires dans l’équipe actuelle de l’ASEC Mimosas ? Il n’y a que SANKARA. Où sont les autres ? BOUGOUHI, BAKAYOKO, KAYODE et KOFFI Gautier sont tous les quatre issus de l’Académie MimoSifcom. Ils ne sont pas des recrues. Pour moi, lorsqu’on recrute un joueur à l’ASEC Mimosas, c’est pour apporter un plus et non devenir un poids inutile dans notre effectif. C’est la raison pour laquelle nous avons déjà dégraissé le groupe. Cinq joueurs ont été libérés (DIABY Aboubacar, DIOMANDE Mediomo, OUSSOU Coigny Bly Didier, TOURE Sori et KONE Souleymane) et un (Yao Krizo Jean Imère) a été prêté à la JCAT.

Pourquoi ne leur laissez-vous pas un peu de temps pour s’adapter à l’esprit et au jeu de l’ASEC qui sont différents de ceux des autres équipes ?

Vous savez, quand ces recrues évoluaient dans d’autres équipes, elles jouaient le match de leur vie contre nous. Mais une fois chez nous, ces mêmes joueurs deviennent des agneaux. Nous n’avons pas besoin de ce genre de joueur à l’ASEC Mimosas. Je suis vraiment déçu de nos recrues. Et le ménage a été fait sans complaisance. L’entraîneur donne sa chance à chaque joueur. A l’ASEC Mimosas, la pression est très forte pour tout le monde, car nous jouons toujours pour gagner. Nous jouons pour être champions, jamais pour le maintien ni pour la seconde place. Alors, il faut des joueurs performants à tous les postes.

Comment comptez-vous résoudre ce problème afin d’éviter cette répétition de mauvais choix dans les recrutements de début de saison ?

Nous cherchons des solutions dans la prospection sans relâche. Le Président Roger OUEGNIN a demandé à notre Directeur Technique, Walter AMMANN, responsable de notre cellule de recrutement, de nous trouver de bons joueurs. Ses collaborateurs et lui travaillent activement à cela. Nous ferons le bilan, en fin de saison.

L’une des grandes ambitions du PCA, Me Roger OUEGNIN, est aussi de recréer une grande formation de l’ASEC Mimosas comme celles des années 1990 qui nous ont permis de jouer deux demi-finales (1992 et 1993) et deux finales (1995 et 1998) de Coupe d’Afrique des clubs champions ou Ligue des champions, aujourd’hui. Sommes-nous bien partis pour cela grâce au nouvel état d’esprit du groupe de DESABRE ?

Je le pense. C’est possible, si nous continuons le travail que nous faisons depuis le début de l’année.

Que pensez-vous de l’ancienne nouvelle formule à deux poules de la Ligue 1 ?

Personnellement, j’étais favorable à un championnat classique dans lequel toutes les équipes se rencontrent. Je voulais éviter toute polémique. Nous avions tellement remporté le championnat national sous la formule de la Superdivision, dans les années 1990 (proposition émanant d’ailleurs de notre PCA, Me Roger OUEGNIN, en 1992), que beaucoup de dirigeants de clubs et de journalistes sportifs avaient fini par se convaincre que le championnat à deux poules était taillé sur mesure pour l’ASEC Mimosas. Après, lorsque nous sommes revenus à la formule classique, nous avons encore remporté, haut la main, le championnat national, plusieurs années durant (2000, 2001, 2002, 2003, 2004, 2005, 2006, puis en 2009 et en 2010) et avec parfois un écart considérable entre notre dauphin et nous. Aujourd’hui, pour des raisons économique et de calendrier, la FIF a proposé la formule à deux poules qui s’achève par une Superdivision. Tous les clubs ont accepté cette proposition, pour la saison 2011. Place au jeu, à présent, et que le meilleur gagne.

D’aucuns affirment qu’à l’époque où l’on a pratiqué cette formule, notre football ne s’en était porté que mieux. Le pensez-vous également ?

C’est vrai. Cela se ressentait dans nos performances en Coupe d’Afrique des clubs et des nations. La Superdivision regroupait les meilleures équipes de notre football. L’on assistait, chaque semaine, à des rencontres de haut niveau avec les derbies ASEC-Africa, ASEC-Stade, ASEC-Stella, Africa-Stade, Africa-Stella ou Stade-Stella. Si l’on pouvait disputer régulièrement de tels derbies, cela nous aiderait considérablement en Coupe d’Afrique. Maintenant, avec la JCAT, la SOA, l’AFAD, le Séwé Sport, etc, qui sont venues s’ajouter aux meilleures formations de Côte d’Ivoire, cette formule permettra d’élever le niveau de notre Ligue 1.

La poule de l’ASEC est-elle jouable, selon vous ?

Oui, cette poule est jouable pour nous. Il faudra accéder à la Superdivision et nous serons à ce rendez-vous parce que nous n’avons pas le droit de passer à côté. Après, tout va se jouer à ce niveau. Et là, nous aurons notre mot à dire. Pour moi, il ne fait aucun doute, nous serons champions de Côte d’Ivoire, cette année encore.

Que pouvez-vous dire pour conclure ?

Je voudrais présenter mes condoléances à toutes les familles endeuillées par la crise sociopolitique absurde et dramatique que notre pays vient de connaître. C’est dommage qu’on en soit arrivés là. Il faut maintenant que les Actionnaires reviennent au stade pour vite oublier ce drame. On a besoin d’eux. Je souhaite qu’ils soient présents à nos matches de Coupe d’Afrique et de Ligue 1. Nos joueurs ont besoin de leur soutien. Je souhaite que tout le monde se remette en question. Nous, les dirigeants, sommes toujours là, avec la même flamme qu’au début. Aujourd’hui, tout le monde parle de réconciliation. Il est donc important que les Actionnaires viennent reprendre leur place au sein du club. L’ASEC Mimosas, sans ses Actionnaires, n’est pas l’ASEC Mimosas, l’équipe du peuple. Ce serait tellement beau de revoir 40000 ou 45000 Actionnaires vêtus en jaune et chantant à gorge déployée à la gloire de leur club, comme on le voyait par le passé. Si cela se produit, je suis sûr que nos garçons se sublimeront pour leur faire plaisir.

Interview réalisée par
K. Ismaël

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