« J’observe une période sabbatique »

Luis Oscar FULLONE ARCE, l’ancien entraîneur mimosas, qui avait conduit le club jaune et noir au sacre continental en Ligue des champions, en 1998, n’a pas oublié la Côte d’Ivoire et l’ASEC Mimosas, le club de son cœur. Il était venu, avec son épouse Norma Cristina MORO, saluer la délégation mimosas à l’hôtel où celle-ci logeait, à Casablanca. Oscar FULLONE en a profité pour nous parler de l’ASEC Mimosas, de la Côte d’Ivoire et de son rêve d’entraîner un jour les Eléphants ivoiriens. Interview. #

Que devenez-vous, Oscar FULLONE ?

Je vis à Casablanca, au Maroc, avec mon épouse Norma Cristina MORO de FULLONE et mon fils Junior. J’observe actuellement une période sabbatique suite à ma démission du poste d’entraîneur principal de Kenitra AC, un club de D1 marocaine. J’avais été appelé par les dirigeants de Kenitra pour sauver l’équipe de la relégation. Lorsque je la prenais en main, elle était la lanterne rouge avec 7 points, au terme des matches aller. J’ai rempli ma mission. Quand je quittais le KAC, à trois journées de la fin du championnat, elle occupait la 13è place sur 18 équipes de la L1 et n’était plus relégable.

En plus d’avoir sauvé le KAC, il semble que vous l’avez aidée à préparer l’avenir. Qu’avez-vous fait dans ce sens ?

Je l’ai aidée à rajeunir son effectif. J’avais promu 14 juniors en équipe première, dès mon arrivée au KAC. Nous avons ainsi ramené la moyenne d’âge entre 18 et 19 ans. Je voulais bâtir une équipe solide et ambitieuse pour les trois ou quatre prochaines années.

Kenitra est-elle bien partie pour être l’une des meilleures formations marocaines des 3 ou 4 prochaines années ?

Je le pense, si les dirigeants ne transfèrent pas vite tous les meilleurs éléments que nous avons promus et que nous avons aidés à progresser dans le jeu. Plus que Kenitra, c’est tout le football du Royaume Chérifien qui pourrait tirer profit de ce travail.

Qu’est-ce qui a motivé votre départ de KAC ?

J’ai quitté Kenitra avec l’accord des dirigeants vu que nous ne nous entendions plus sur la politique sportive à mener. Je voulais, avec le consentement des dirigeants, bâtir une équipe solide et talentueuse, à moyen terme. Malheureusement, le Président exécutif du club a commencé à vendre les meilleurs jeunes. Les premiers l’ont même été à mon insu. C’est dans la presse nationale que j’ai appris la nouvelle. On était à trois journées de la fin du championnat. J’ai donc décidé de partir.

Avez-vous aujourd’hui des propositions ?

Bien sûr que j’en ai. Ce sont des propositions de clubs chinois et sud-coréens, mais elles ne m’intéressent pas vraiment.

Pourquoi ces propositions ne vous intéressent-elles pas ?

Je pense avoir fait mes preuves avec les clubs. Je suis actuellement l’entraîneur le plus titré du Maroc et même d’Afrique pour avoir remporté 2 Ligues des champions avec l’ASEC Mimosas et le Raja CA, 1 Coupe des Coupes, la dernière édition, avec le Wydad Athletic Club, 1 Supercoupe d’Afrique avec le Raja CA et 1 Ligue des champions arabes avec le WAC.

Avez-vous reçu également des propositions de fédérations pour entraîner leur sélection nationale ?

J’ai reçu des propositions de fédérations nationales de certains pays du Golf. Mais je vous le dis très franchement, la seule sélection qui m’intéresse actuellement, c’est celle des Eléphants de Côte d’Ivoire. C’est mon rêve. La Côte d’Ivoire est un pays où il existe de grands talents, mais malheureusement là-bas, les entraîneurs argentins sont très peu cotés.

Votre nom n’avait-il pas figuré sur les tablettes de la Fédération Ivoirienne de Football, à un moment donné ?

C’est vrai. La FIF m’avait déjà contacté pour entraîner les Eléphants de Côte d’Ivoire, en 2005. J’en avais été très ému. Pour moi, retourner en Côte d’Ivoire et diriger la sélection nationale était un retour dans ma seconde patrie où j’ai beaucoup d’amis, de gens que j’aime et qui m’aiment aussi. C’était également le plaisir d’encadrer l’une des meilleures sélections du monde et celui de pouvoir offrir, aux Ivoiriens, un beau parcours en Coupe du monde, comme ils le méritent. Cela aurait été mon plus beau cadeau à ce peuple que j’aime beaucoup. Malheureusement, les discussions n’étaient pas allées loin et mon rêve s’était évanoui.

Vous affirmez que la génération actuelle des Eléphants de Côte d’Ivoire est l’une des meilleures du monde ?

Oui, je l’affirme. Pour moi, c’est la plus belle génération de joueurs que la Côte d’Ivoire et l’Afrique aient connue jusqu’ici. Cette équipe ne devrait redouter aucune équipe au monde. Elle avait le potentiel pour faire beaucoup mieux que ses résultats des deux dernières Coupes du monde de la FIFA.

Quels souvenirs gardez-vous de l’ASEC Mimosas ?

Mes années passées à l’ASEC Mimosas sont les plus belles de ma vie de sportif et de ma vie, en général. Et en 1998, on avait réussi à donner, avec les efforts de tous, le plus grand bonheur au peuple ivoirien en remportant la Ligue des champions de la CAF. Ce fut une immense joie qui avait effacé la douleur de la défaite de 1995, en finale de la Coupe d’Afrique des clubs champions, devant Orlando Pirates d’Afrique du Sud.

Qu’est-ce qui vous avait marqué dans cette équipe de l’ASEC Mimosas sacrée championne d’Afrique ?

J’ai été très impressionné par la maturité de notre équipe, mais aussi par l’esprit commando, l’esprit de combattants, de guerriers des composantes du club. Tout le monde (dirigeants, encadreurs, joueurs et supporters) entretenait cet état d’esprit. On aimait le travail, on aimait affronter la difficulté, on aimait relever les défis. Et finalement, l’immense travail réalisé ensemble avait été récompensé à la mesure des efforts consentis ensemble. C’est d’ailleurs pour cela que ma femme Norma, mon fils Junior et moi-même avons eu très mal en pensant au drame qui a touché ce peuple ivoirien si chaleureux, si ouvert et si tolérant.

Quels sont vos rapports actuels avec les dirigeants de l’ASEC Mimosas ?

J’entretiens de bons rapports avec mes anciens dirigeants de l’ASEC Mimosas. Me Roger OUEGNIN et son frère, le Vice-président et Président-Délégué, Francis OUEGNIN, sont des hommes que je porte dans mon cœur. (Sa femme Norma assise à ses côtés intervient : « Roger et Oscar ont le même trait de caractère. Ils sont sincères, vrais et s’impliquent totalement dans leurs activités, ils se donnent à fond dans tout ce qu’ils font »).

Malheureusement, depuis un moment, j’ai perdu tous mes téléphones et mon sac à main qui contenait mes carnets d’adresses. A partir de là, je me suis trouvé coupé de toutes mes relations et même de mes parents en Argentine. C’est d’ailleurs pour cela que je n’arrivais plus à communiquer ni avec le Président Roger OUEGNIN ni avec son grand-frère, Francis. Pour moi, il est l’un des plus grands présidents de club que j’aie connus. En 1997 et en 1998, lorsqu’il m’avait fait revenir à l’ASEC Mimosas, il m’avait particulièrement impressionné à travers sa disponibilité et sa volonté de voir son club tenir son rang de locomotive du football ivoirien et remporter enfin la Ligue des champions. Pour cela, il nous avait mis dans de très bonnes conditions et nous avait donné tous les moyens pour travailler et atteindre ces objectifs. Cela m’avait beaucoup marqué. J’avais été également marqué par la bonne entente entre les membres du Conseil d’Administration qui soutenaient Me Roger OUEGNIN dans ses efforts.

Si le Président Roger OUEGNIN vous fait appel, un jour, pour revenir entraîner l’ASEC Mimosas, l’accepterez-vous ?

Je ne peux rien refuser à Me Roger OUEGNIN et à l’ASEC Mimosas. Ce club, comme je vous l’ai dit, est une partie de moi-même. En tous cas, je ne refuserai pas cette opportunité, même si, aujourd’hui, mon rêve est de disputer la prochaine Coupe du monde de la FIFA avec les Eléphants de Côte d’Ivoire.

Vous êtes l’entraîneur le plus titré du Maroc après avoir remporté tous les titres nationaux et continentaux avec le Raja CA et le Wydad AC. Tout cela n’est-il pas plus fort que ce que vous avez vécu en Côte d’Ivoire avec l’ASEC Mimosas ?

Non, ce n’est pas la même chose. Quand je suis arrivé au Maroc, c’était pour la continuité de ma carrière d’entraîneur. Alors qu’à l’ASEC Mimosas, j’étais revenu en 1997 pour gagner la Coupe d’Afrique et relancer ma carrière d’entraîneur que j’avais arrêté un moment pour me consacrer à d’autres fonctions dans le sport. Mon retour à l’ASEC Mimosas était une association de sentiments profonds et d’ambitions pour un club. Le fait d’avoir remporté effectivement la Ligue des champions avec ce club de mon cœur était un moment très fort. L’émotion était plus grande parce que c’était la première fois que l’ASEC Mimosas et moi-même remportions ce trophée. Quand je suis arrivé, l’année suivante, au Raja CA, c’était pour confirmer ce que j’avais fait à l’ASEC Mimosas. J’ai encore remporté la Ligue des champions et la Supercoupe d’Afrique avec le Raja, puis la Coupe d’Afrique des vainqueurs de coupe avec le WAC. Ce qui me vaut aujourd’hui le respect et l’admiration du public de ces deux grands clubs du Maroc.

En Côte d’Ivoire, en revanche, je n’ai qu’un seul club, l’ASEC Mimosas et un seul public, les Actionnaires. Vous voyez que le sentiment qui me lie à l’ASEC est plus intime, plus fort que ce qui me lie aux deux grands clubs marocains du Raja et du WAC.

Vous avez parlé tantôt du drame qu’a vécu récemment la Côte d’Ivoire. Comment avez suivi et vécu cela depuis le Maroc ?

(Sa femme Norma Cristina intervient à nouveau : «On en a beaucoup souffert. On pensait au Président Roger OUEGNIN, à sa famille, à ses collaborateurs du Conseil d’Administration, à tous nos amis et connaissances de l’ASEC Mimosas et de la Côte d’Ivoire »).

C’était très dur parce qu’entre-temps, j’avais perdu mes téléphones et mes carnets d’adresses. Je ne pouvais joindre personne. Et puis, à un moment donné, l’Internet ne marchait plus. Je vous assure que c’étaient des moments très durs pour moi. Pourquoi ? Parce que je ne suis pas un entraîneur bourgeois. J’ai toujours vécu avec mes joueurs dans le peuple. Je me rendais dans les quartiers défavorisés où vivaient mes joueurs pour mieux connaître leur environnement, leurs réalités et comprendre leur comportement. J’étais donc très proche de ce peuple que j’ai appris à aimer. Vous comprenez donc ma peine quand j’ai vu ce peuple traverser le grand drame qu’il a vécu et que je ne comprends toujours pas. Maintenant que la guerre est finie, je souhaite que le peuple ivoirien surmonte ce choc psychologique et continue sa marche vers l’avant.

Votre dernier mot ?

Que Dieu ramène pour toujours la paix en Côte d’Ivoire. Surtout qu’il inspire l’amour à tous les habitants de ce beau pays afin qu’ils retrouvent, grâce à leur dynamisme, la prospérité, le bonheur et le sourire. Je suis parti de Côte d’Ivoire, mais mon cœur y est toujours. Ma femme Norma, mon fils Junior et moi-même nous sentons tous Ivoiriens dans l’âme.
Sur le plan sportif, je souhaite que l’ASEC Mimosas qui vient d’être éliminée par le Raja, en 8es de finale de la Ligue des champions, reviennent au premier plan de la scène africaine avec sa philosophie de jeu spectaculaire et efficace, son président exceptionnel et son public inégalable. Je souhaite également qu’elle remporte, cette année, la Coupe de la Confédération qui manque à son palmarès.
A l’équipe nationale de Côte d’Ivoire qui a le privilège de posséder la meilleure génération de joueurs du continent, je ne voudrais plus jamais la voir craindre ou s’incliner devant une quelconque sélection nationale, même européenne ou sud-américaine.
Enfin, ma femme et mon fils se joignent à moi pour remercier le peuple ivoirien pour l’hospitalité qu’il nous a accordée. Ma meilleure décoration, en Côte d’Ivoire, sera de voir le peuple ivoirien retrouver la prospérité, le sourire et la joie de vivre après ce qu’il vient de vivre. Et que le Slogan « Plus jamais ça » de Me KONE Mamadou et du CNACO, en 1997, soit désormais une réalité pour ce beau pays qui ne doit plus connaître les affres de la division et de la guerre.

Interview réalisée par notre envoyé spécial à Casablanca
KONE Ismaël

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