« Je suis confiant pour la suite »

Contrairement à bon nombre d’Actionnaires, le Président Délégué et Président de la section football de l’ASEC Mimosas, Francis OUEGNIN, qui est plus proche de son équipe, pense qu’il n’y a pas le feu à la maison. Voici ce qu’il nous a confié. Interview.#

Monsieur le Président, la première phase de la Ligue 1 qui vient de s’achever suscite des controverses. Certains trouvent que le nivellement des valeurs se fait vers le haut quand d’autres disent le contraire. Et vous, quelle est votre appréciation ?
Je l’ai trouvé d’un bon niveau et je partage l’avis de ceux qui pensent que le nivellement des valeurs se fait vers le haut. Aujourd’hui, les équipes de l’intérieur du pays tiennent la dragée haute aux grandes équipes d’Abidjan. L’AFAD de Djékanou, qui fait ses grands débuts en L1, cette saison, a réussi un bon parcours jusqu’à la mi-saison en terminant deuxième au classement. Elle aurait pu être championne à l’issue de la première partie du championnat national. Avec Djékanou, il faudra se méfier également d’autres formations de l’intérieur comme l’AS Denguélé, le Séwé Sport, la SOA et des équipes d’Abidjan telles que la JCAT, le Stella Club et le Stade d’Abidjan. Le niveau de la Ligue 1 2010 est bon, sans plus, mais il peut être meilleur.

Quel bilan dressez-vous pour votre équipe, l’ASEC Mimosas, à mi-parcours de la saison en tenant compte des résultats de la Ligue des champions et de la Ligue 1 ivoirienne de football ?
Je suis très déçu de notre élimination prématurée en Ligue des champions. Nous n’avons pas su élever notre niveau pour nous maintenir dans la course. Nous l’avons payé cash devant une équipe moyenne et sans référence comme ZANACO FC. Cela me reste encore en travers de la gorge. Par contre, je suis satisfait de notre parcours en championnat national. La capacité de réaction de notre équipe me laisse une très bonne impression. Nous avons commencé difficilement la Ligue 1 par deux défaites contre le Stade d’Abidjan, puis contre la SOA. Nous étions derniers après deux journées. La presse nationale en avait fait ses choux gras. Mais voilà qu’après, notre équipe se révolte et réussit une remontée extraordinaire au classement pour finir championne à mi-parcours. A ce niveau donc, le bilan est positif, même si je reconnais qu’il faut beaucoup travailler pour parfaire notre jeu.

N’est-ce pas ce retard à l’allumage du début de saison qui a causé l’élimination de l’ASEC Mimosas en Ligue des champions ?
C’est vrai. Parce que si notre équipe avait été à son meilleur niveau, nous aurions éliminé ZANACO et nous serions encore, avec un peu plus de réussite, toujours en course, en Ligue des champions de la CAF.

Cette année encore, la plupart des recrues ont du mal à s’affirmer à l’ASEC Mimosas. Comment expliquez-vous les difficultés d’intégration de celles-ci ?
C’est vrai. Nos recrues s’adaptent difficilement à notre environnement. Je les ai rencontrées individuellement en présence des entraîneurs Maxime GOUAMENE, TRAORE Siaka dit Gigi, Lucien KASSY Kouadio et du Dr KOUAME Narcisse. Je leur ai exprimé ma grande déception parce que je me suis impliqué dans le recrutement de certains d’entre eux. Chacune de ces recrues m’a avoué que le niveau du travail est très élevé, à l’ASEC Mimosas. Elles n’arrivent pas à suivre le rythme parce qu’elles n’avaient pas l’habitude de s’entraîner de façon soutenue et pendant cinq ou six jours, en une semaine, dans leurs clubs précédents. Je leur ai fait comprendre que l’ASEC Mimosas est un label et un club professionnel. S’ils n’arrivent pas s’adapter aux méthodes de travail de notre équipe, ils auront du mal à intégrer un club professionnel européen. Mais ces garçons m’ont demandé de leur laisser le temps de s’adapter parce que la plupart d’entre eux commence à suivre le rythme. Nous donnerons une seconde chance à certains d’entre eux pour les juger, à la fin de la saison, comme ils nous l’ont demandé.

Il y a aussi le fait que beaucoup de joueurs formés au club et qui y évoluent depuis quelques années n’arrivent pas répondre aux espoirs placés en eux. Est-ce aussi votre avis ?
Je risque de décevoir beaucoup de personnes. Pour moi, la formation de la grande majorité des joueurs de l’équipe professionnelle a été bâclée. Au point même que l’on se demande où certains parmi eux, ont appris à jouer au football. Ce n’est pas de leur faute. Mais je dis que leur formation n’a pas été à la hauteur de nos attentes. Mais certains parmi eux me surprennent agréablement.

Je me rappelle qu’à l’ouverture de l’Académie MimoSifcom, notre PCA avait déclaré qu’avec cette école de football, l’ASEC Mimosas n’aurait plus besoin de recruter des joueurs ailleurs. Mais aujourd’hui, nous sommes obligés de chercher des joueurs partout pour renforcer notre équipe. Ce qui veut dire que la formation n’a pas été bonne.
Nous espérons aujourd’hui que Walter AMMANN, qui a en charge la formation à l’Académie MimoSifcom, saura nous apporter ce que nous recherchons depuis quelques années.

L’ASEC arrive difficilement à battre les équipes qui pratiquent le « système tabouret ». Qu’est-ce qui, selon vous, pourrait expliquer cette autre difficulté ?
La difficulté pour l’ASEC Mimosas de battre des adversaires pratiquant le système tabouret dépend d’abord du lieu où le match se joue. Prenons l’exemple du stade Robert Champroux. Le terrain n’est pas grand. Cela avantage plus les équipes qui défendent que celles qui cherchent à marquer. Par contre, il est très difficile d’appliquer avec succès le «système tabouret» devant nous, au stade FHB, parce que le terrain est très grand. Ensuite, notre équipe n’est pas véritablement équilibrée dans ses lignes et cela constitue la deuxième cause de ses difficultés face au «système tabouret». Enfin, il nous manque un avant-centre percutant, capable de perforer une défense centrale balle au pied et contraindre les défenseurs adverses à provoquer des coups-francs dangereux dans l’axe. Mais nous espérons que l’arrivée de KAYODE Olarenwaju et le retour de N’GOSSAN Antoine nous apporteront l’équilibre qui nous manque.

Vous êtes de plus en plus proche de votre équipe depuis le début de la saison. Vous assistez quasiment à toutes les séances d’entraînement de l’après-midi. Est-ce pour mettre la pression sur le groupe ou pour vous assurer que tout se passe bien ?
J’aurais voulu assister à tous les entraînements de l’ASEC Mimosas. Mais je ne suis disponible que dans l’après-midi. J’ai la prétention de connaître le football. Mais je veux détenir le maximum d’informations pour mieux apprécier les choses. C’est pour cela que je suis de plus en plus proche de l’équipe, depuis la saison dernière, pour voir ce qui se passe réellement à l’entraînement. Chaque fois que j’assiste à une séance, j’écoute les consignes de l’entraîneur et j’observe le comportement des joueurs pour voir si ces derniers appliquent bien ce qu’on leur demande. Je discute avec certains après les entraînements ou après chaque match. Je ne mâche pas mes mots avec eux. La règle dans la maison, c’est qu’on ne se mêle pas du choix des joueurs. C’est le domaine des entraîneurs. Mais après chaque match, quand je ne suis pas content d’un choix de l’entraîneur, je le lui fais savoir. Maxime GOUAMENE a ses convictions. Mais c’est un garçon intelligent et humble qui écoute beaucoup.

Quelles sont vos satisfactions et vos attentes, dans le jeu de votre équipe ?
Ma plus grande satisfaction, pendant la première phase du championnat national, c’est la grosse réaction d’orgueil de notre équipe qui lui a permis de remonter de la dernière à la première place du classement. Après notre mauvais début, j’ai rencontré les joueurs, à Sol Béni, pour leur tenir le langage de la vérité. Ils ont bien réagi. Mes attentes sont plus grandes pour la suite. Mais je n’en dirai pas plus. Je préfère m’en tenir à la méthode chinoise chère notre Président du Conseil d’Administration.

L’ASEC Mimosas a libéré des joueurs comme le Burkinabé GALMAN Boureima et le Ghanéen Alex SOWAH pour faire la place à KAYODE et à N’GOSSAN. A-t-elle d’autres recrutements en vue, pendant le mercato ? Si oui, quels sont les secteurs que vous comptez renforcer ?
GALMAN et SOWAH n’ont pas pu s’imposer dans notre équipe ou la concurrence est rude et autour de laquelle il règne une très forte pression. Je le répète, l’équipe professionnelle de l’ASEC Mimosas a des obligations de résultats. Pour ce faire, elle ne peut pas garder des garçons qui ne jouent pas. Nous comptons renforcer notre équipe pour retrouver l’équilibre qui manque à notre jeu.

Avez-vous déjà des noms sur vos tablettes ?
Oui. Mais le PCA n’a encore rien décidé. Le moment venu, vous connaîtrez les noms de nos recrues du Mercato.

Il se raconte que le Conseil d’Administration prépare déjà la saison prochaine. Qu’en est-il réellement ?
C’est vrai. Mais pour cela, nous comptons mettre en place une véritable cellule de recrutement qui va pister les joueurs durant toute une saison pour dénicher les oiseaux rares. En ma qualité de Président Délégué et Président de la section football, j’ai fait des propositions à notre Président du Conseil d’Administration. Je lui ai donné le nom de quelqu’un qui connaît bien le football. Cette personne possède un diplôme d’entraîneur. Elle pourrait constituer un bon conseiller pour nos entraîneurs. En plus, elle a du flair dans la détection des talents. Notre PCA est en train d’étudier mes propositions. La dernière décision lui appartient. De bons joueurs passent entre les mailles de notre filet. Cela me préoccupe parfois. Par exemple, j’ai remarqué deux bons joueurs à l’Africa Sports. Vu leur talent, ces joueurs méritent de porter les couleurs de l’ASEC Mimosas et non celles de l’Africa. Ils ne sont donc pas à leur place là-bas. Je me demande comment ces garçons ont pu nous échapper.

Pensez-vous vraiment que l’ASEC Mimosas conservera son titre de champion de Côte d’Ivoire ?
Je peux même vous assurer que nous serons champions de Côte d’Ivoire 2010 avant terme.

Que pouvez-vous dire pour clore cet entretien ?
Mon dernier mot sera consacré aux Actionnaires. S’ils reprochent des choses à Me Roger OUEGNIN, qu’ils demandent au Président du CNACO d’organiser une rencontre d’échanges avec notre PCA. Le Président du CNACO est un homme ouvert qui a toujours permis aux Actionnaires de s’exprimer. Malgré toute sa disponibilité et toutes les possibilités d’expression qu’il offre aux Actionnaires, je ne conçois pas que ce soit les supporters d’en face qui fassent le plein du stade Robert Champroux qui a une capacité de 2000 places pour se voir qualifiés de meilleur public. Si encore ils faisaient le plein du stade FHB, ce serait compréhensible. Je continue de penser que c’est l’ASEC Mimosas qui possède le meilleur public. Mais il y a quelque chose qui ne va pas. Est-ce la crise ? Je n’en sais rien. Les Actionnaires jugent notre PCA et l’ASEC Mimosas. Mais font-ils leur propre autocritique? Il y en a qui profitent de cette désaffection des Actionnaires pour inventer des choses, pour faire de l’intoxication. Je dis aux Actionnaires que nous avons a fait du chemin ensemble et que nous irons encore plus loin ensemble. Je ne pense pas que ceux qui boudent aujourd’hui changeront de club. Ce n’est pas possible. C’est pour cela que nous allons travailler pour les faire revenir. J’ai eu beaucoup d’amertume lors des obsèques de Mamie KOKO. Je n’y ai pas vu grand monde pour l’accompagner à sa dernière demeure. Pourtant, notre Mamie méritait un bien meilleur hommage. Le Conseil d’Administration de l’ASEC Mimosas a fait de son mieux pour lui organiser des funérailles dignes de son rang. Je sais que de là-haut, elle veillera sur l’ASEC Mimosas.

Interview réalisée par KONE Ismaël

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