A. Harding, journaliste de la BBC dévoile…

Nous publions ce jour l’article de Andrew Harding, journaliste anglais de la BBC qui a visité Sol Béni la semaine dernière.

Vous pouvez retrouver cet article en version originale sur le site de la BBC en cliquant ici.
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“Bon Dieu !” murmure le recruteur d’un club anglais de premiere league, les yeux affamés braqués sur le terrain et la mâchoire grattant pratiquement l’herbe.
Nous sommes debout sur le banc de touche de l’Académie de football la plus performante du monde, sans doute, au bout d’un chemin de terre à côté d’une lagune plutôt sombre à la périphérie d’Abidjan. Sur le terrain d’entraînement immaculé, 22 garçons de 12 ans jouent pieds nus un football éblouissant, intelligent et agile.

«Je m’attendais à une bonne technique», dit le recruteur anglais qui insiste sur le fait que je ne mentionne pas le nom de son club très célèbre. «Ce qui m’a le plus surpris, c’est de voir leurs connaissances tactiques – conscience de l’espace. Ils sont extraordinaires», dit-il.

A proximité, Walter Ammann, le directeur suisse de l’Académie de l’ASEC Mimosas, sourit sereinement. «C’est le paradis, hein?» dit-il, regardant autour de lui.
Touré Kolo, Eboué Emmanuel, Salomon Kalou, Didier Zokora, Yaya Touré … la liste des stars internationales ayant émergé de l’Académie de l’ASEC Mimosas est remarquable. Mais pourquoi un club, et un pays ont eu tant de succès?

M. Ammann parle avec une immense fierté de la façon dont l’Académie s’occupe des enfants. «Nous essayons de les protéger, et de leur enseigner la responsabilité, pour les aider à devenir des hommes. Certains des garçons viennent ici et ils ne savent même pas lire ni écrire.»

Mais M. Ammann en vient alors à parler en termes plus généraux des « attitudes » Africaines, « en quoi les organismes africains sont différents», et sur le travail de coordination qu’il a introduit au début de chaque journée.

Sven-Goran Eriksson, l’ancien Sélectionneur de l’Angleterre, adopte une ligne similaire jusqu’à un certain point. Il rend visite au club lors d’un séjour éclair dans le pays, juste après avoir accepté de prendre en charge l’équipe nationale de Côte-d’Ivoire pour la Coupe du monde 2010.

«Je suppose que c’est l’académie qui a eu le plus de succès dans le monde si vous regardez tous les joueurs qui ont commencé leur carrière ici», dit-il. «Les Africains sont forts, physiquement, naturellement forts et rapides. Manifestement, il y a beaucoup de talent dans ce pays. Mais cette académie est de première qualité, pour l’Afrique, et dans le monde.»

Le recruteur a une vision plus prosaïque. Il souligne que les enfants à l’académie s’entraînent au moins quatre heures chaque jour. «C’est tout simplement impossible en Angleterre. Le soleil brille toute l’année ici. Les enfants Anglais terminent l’école à 15 heures, et il fait nuit une heure plus tard. Ils sont chanceux s’ils ont deux heures de football par semaine.»

En accord avec le souci de protéger les jeunes de l’académie, je suis autorisé à interviewer un seul pensionnaire. «Beaucoup de journalistes viennent ici, et nous ne voulons pas faire tourner les têtes des garçons», explique M. Ammann.

Charles Silué, un attaquant de 15 ans me montre son casier, tapissé de photos de stars du football.

«Je veux jouer pour Barcelone, puis à Manchester United», dit-il, sans une trace de suffisance. Et c’est Silué, incroyablement talentueux, qui offre ce qui me semble être la meilleure explication de la réputation de la Côte d’Ivoire comme l’usine de football du monde.

«Beaucoup de jeunes joueurs africains se contentent de penser à l’argent», dit-il. «Ils mettent l’accent sur ce point. Mais ici on nous apprend à penser différemment à être responsable et à se concentrer sur nos objectifs. Le football est ma passion. L’argent suivra.»

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