« L’ASEC et le foot sont toute ma vie »

Paul Gogoua dit Pablo, l’ancien Intendant Général de l’ASEC Mimosas, est un passionné de son club et du football. Aujourd’hui, il vit à Djékanou (Toumodi) où il est le secrétaire général de l’Académie de football Amadou Diallo (AFAD). Nous l’avons rencontré pour nous parler de ses années ASEC. Il l’a fait avec plaisir. Voici ce qu’il nous a confié.

– Que devenez-vous, Pablo ?
– Je suis le Secrétaire Général de l’Académie de Football Amadou Diallo de Djékanou, depuis mars 2006. C’est à la demande du Président de la FIF, Jacques Anouma, qui est aussi le président-fondateur de ladite Académie de football, que j’ai accepté ce poste. Et je m’y sens bien.#

-Vous avez été un personnage très actif de l’ASEC Mimosas, dans les années 1970 et 1980. Comment l’êtes-vous devenu, alors que semble-t-il, la plupart des membres de votre famille supporte le club rival ?
– Je suis effectivement issu d’une famille à 99, 99% Africa Sports. Je suis le seul qui supportais l’ASEC Mimosas. Je suis devenu mimos depuis l’âge de 14 ans parce que tous mes camarades de quartier, à Adjamé, supportaient ce club. J’ai donc appris à l’aimer avec eux. Nous marchions d’Adjamé à Marcory, les après-midis, pour aller regarder les entraînements de l’ASEC Mimosas, au stade Robert Champroux. En 1972, Laurent Pokou m’avait présenté à Me Emile Dervain, alors Trésorier Général de l’ASEC Mimosas. Et Me Dervain m’avait adopté. En 1975, lorsqu’il a succédé au Président Lanzéni Coulibaly, Me Emile Dervain a voulu faire de moi le kiné du club. Il me faisait suivre des cours de kinésithérapie chez le Dr Atta, le Kiné de l’ASEC. Mais ce travail ne me plaisait pas. Je voulais être plus proche des joueurs et du terrain. Je l’ai fait savoir au Président Dervain qui m’a nommé Intendant Général du club. Ce rôle m’a tout de suite intéressé parce qu’il me permettait de travailler en étroite collaboration avec l’entraîneur et les joueurs à tous moments.

– Etiez-vous un ami de Laurent Pokou ?
– J’étais un fan de Laurent Pokou qui était un footballeur exceptionnel. J’étais toujours avec Pokou, qui est un père pour moi et les autres joueurs de l’ASEC comme Konan Yoboué, Eustache Manglé, Bazo Christophe, Yoro Alphonse, Akran Jean-Baptiste, Guidi Edouard, Abdoulaye Ouattara, Gohi Marc, Ablé Laurent et autres. Ils m’avaient tous adopté et ils m’aimaient beaucoup. J’étais leur « bon petit ». Je passais plus de temps avec eux qu’avec les garçons de mon âge. J’ai rencontré récemment Ablé Laurent, l’un des anciens gardiens de but de l’ASEC. Il était content de me revoir et il m’a demandé d’adhérer à l’Amicale des Anciens Footballeurs et Athlètes de l’ASEC Mimosas en achetant ma carte de membre et en payant mes cotisations. Vous voyez, l’ASEC est vraiment ma seconde famille.

– Il semble que vous étiez aussi le “bon petit” des dirigeants…
– C’est vrai. L’Ambassadeur Georges Ouégnin, le Ministre M’Bahia Blé Kouadio, Me Emile Dervain, Touré Mamadou, Sirima Nicolas, Jacques Anouma, Dieng Ousseynou m’aimaient beaucoup.

– Pourquoi dirigeants et joueurs vous aimaient-ils tant ?
– Je pense que c’était en raison de ma disponibilité, de ma passion et de mon dévouement pour l’ASEC Mimosas. J’étais toujours disponible et je ne reculais devant rien pour servir la cause de mon club.

– Toute votre famille est Africa, mais vous viviez votre passion pour l’ASEC au milieu d’elle. Comment vous y preniez-vous ?
– Le plus simplement du monde. Je vivais chez mon frère aîné, Gogoua Joseph, à la Cité Policière de Treichville où le Président Francis Ouégnin et les joueurs de l’ASEC me rendaient visite. Je faisais garer le car de l’ASEC à la Cité policière. Et j’ai même hébergé deux anciens joueurs mimos chez nous, en l’occurrence Guédé Théophile, qui vit actuellement en France et Lobognon Dakpé, qui est décédé. Pourtant, Joseph, mon frère aîné, est Africa à cent pour cent. Et cela énervait les supporters de l’Africa. Ils reprochaient à Joseph de ne pas être un vrai supporter de l’Africa. Mais lui leur répondait que je suis son petit frère et qu’il m’accepte tel que je suis. Comme Joseph, devant ma passion dévorante pour l’ASEC Mimosas, tous mes parents ont accepté ma différence.

– Il se raconte que vous étiez l’homme des grandes missions à l’ASEC Mimosas ?
– Je voulais que les meilleurs joueurs viennent à l’ASEC. Francis Ouégnin voulait la même chose. C’est pour cela qu’on s’entendait bien. Avec lui, on a réussi de grands coups. Très peu de joueurs nous ont échappés. On ne reculait devant rien pour engager les joueurs que nous voulions. Une fois, on est allé ensemble au Ghana pour chercher Justice Moore et Adolphe Armah. Les dirigeants et supporters de Hearts of Oak ont failli nous lyncher. On a eu la vie sauve grâce à la famille de Justice Moore qui nous a cachés. Et on a pu revenir en cachette avec Moore. Adolphe Armah nous a fait faux bond. On a recruté ensuite Koffi Kouadio, Guy Gnoan Roger et Lucien Kassy Kouadio, au Stade ; Touré Kouassi Jérôme, Séry Casimir (l’un des fils de SERY Mogador, père fondateur de l’Africa Sports) et Kili Dadi Francis, à l’Africa; Amara Touré, Facinet Camara, M’baye N’Dour, à l’AS Kaloum de Guinée et Traoré Abdoulaye dit Ben Badi, au Stella Club.

– Le recrutement d’Abdoulaye Traoré a posé beaucoup de problèmes, en son temps, n’est-ce pas ?
– Oui, beaucoup. Un jour, Francis Ouégnin me dit. « L’Ambassadeur nous demande de faire signer Abdoulaye Traoré à L’ASEC. En es-tu capable ? ». je lui réponds « pourquoi pas ». Le soir même, je me rends dans la famille du joueur et je dis à son père que l’Ambassadeur Georges Ouégnin veut le rencontrer, le lendemain, à la Présidence. Il me regarde incrédule. Le lendemain, je les emmène rencontrer SEM Georges Ouégnin. Le père de Traoré Abdoulaye décide que son fils signe à l’ASEC. Mais selon un règlement de la FIF, il était interdit qu’un club ivoirien recrute l’un des meilleurs joueurs d’un autre club ivoirien engagé en Coupe d’Afrique. Il a fallu une décision de Laurent Dona Fologo, le Ministre des Sports de l’époque, pour que Traoré Abdoulaye signe chez nous. Par la suite, sur une plainte d’Abdoulaye Diallo, le président d’honneur du Stella Club, la FIF a voulu nous retirer la licence de Traoré Abdoulaye. Mais il suffisait que le joueur dispute un match officiel avec nous pour que l’affaire soit réglée. Avant ce premier match officiel de Ben Badi à l’ASEC, Francis Ouégnin et Amissa Kobinan Jacques, le Secrétaire Général du club, viennent me dire qu’on veut nous retirer la licence de Ben Badi et que si on nous la retire, on perd définitivement le joueur. Ils me disent ceci : « On rentre à la maison. Débrouille-toi pour qu’on garde le joueur. L’Ambassadeur ne veut pas qu’on perde ce garçon ». Or Traoré ne pouvait pas jouer sans présentation de sa licence. J’ai alors pensé à faire une photocopie dudit document. Le jour du match, j’ai résisté à toutes les menaces et pressions dans les vestiaires. Lorsqu’on m’a demandé la licence de Traoré Abdoulaye, j’ai présenté la photocopie en prétextant que j’avais perdu la copie originale. Finalement, Traoré a joué ce match contre le Sacraboutou de Bondoukou. Lorsque le match a commencé, Francis Ouégnin est allé appeler l’Ambassadeur Georges Ouégnin pour lui dire qu’on venait de gagner la partie.

– Vous n’aviez pas de grands moyens comme l’Africa de Simplice Zinsou, à l’époque. Mais comment faisiez-vous pour recruter tous les meilleurs joueurs que vous vouliez ?
– Nous entretenions de bons rapports avec tous les joueurs. Et puis, comme on me voyait toujours avec Francis Ouégnin ou avec Me Raymond Ouégnin dit Muncho, il me suffisait de dire à un joueur que l’Ambassadeur Georges Ouégnin le voulait à l’ASEC et le joueur me croyait. En fait, cest SEM Georges Ouégnin qui finançait beaucoup les activités du club après le retrait du Ministre M’Bahia Blé Kouadio. Nos recrutements étonnaient tellement Simplice Zinsou qu’il m’a dit un jour ceci : « Pablo, moi, j’ai de l’argent et toi, tu es intelligent. Je veux que tu viennes m’aider à faire de l’Africa Sports un grand club africain ». Je lui ai dit que ce sont les joueurs qui peuvent changer de club. Mais pas moi. Je lui ai fait savoir que je suis ASEC et que je le resterai toute ma vie.

– A vous entendre, vous avez toujours beaucoup d’admiration pour le Président Francis Ouégnin, n’est-ce pas ?
– Oui. On a vécu trop de choses ensemble qu’on ne peut pas oublier. Francis est un homme franc, humain et généreux. Il peut se sacrifier pour l’ASEC Mimosas et pour une personne qu’il aime. J’ai commencé à travailler avec lui sous le premier mandat de Touré Mamadou. Il était le Directeur Commercial du grand hebdomadaire national, Ivoire Dimanche. Et il lui arrivait d’utiliser tout son salaire pour faire face aux dépenses de l’ASEC Mimosas. Une fois, on avait un besoin urgent d’argent pour une dépense. Je l’ai accompagné à la comptabilité d’Ivoire Dimanche. Et là, la comptable lui a dit: « Monsieur Ouégnin, vous n’avez pas de salaire, ce mois-ci. Vous avez tout pris en avance sur salaire ». C’est cela Francis Ouégnin. J’ai connu aussi son frère cadet, Me Raymond Ouégnin dit Muncho. Il est comme Francis. Tout ce qui concerne l’ASEC, le passionne.

– L’un de vos grands coups a été la préparation de la Coupe FHB de 1983, à Conakry, en Guinée…
– Touré Mamadou venait de reprendre la direction du club. On devait préparer le match de la Coupe FHB. Mais on n’avait pas d’argent. C’était l’intersaison. Et l’Africa pouvait nous piquer certains de nos meilleurs joueurs. Alors Francis Ouégnin a eu l’idée qu’on aille à Conakry pour un regroupement. Il a appelé Moussa Diakité, un ministre guinéen qui a aussitôt informé le Président Sékou Touré. Et Sékou Touré a appelé Francis Ouégnin pour lui dire qu’il nous attendait à Conakry. Mais Air Ivoire nous demandait 9 millions de francs cfa. On n’avait pas cet argent. Le Président Touré Mamadou, non plus. Francis et moi sommes allés en parler à SEM. Georges Ouégnin. L’Ambassadeur Ouégnin a finalement obtenu du Président Félix Houphouët-Boigny qu’Air Ivoire transporte l’équipe à Conakry. On devait partir le même jour. Mais Youssouf Fofana et Kassy Kouadio Lucien étaient en regroupement avec l’équipe nationale junior. On ne voulait pas partir sans eux. La sœur aînée des Ouégnin, Marcelle, s’est proposée d’aller chercher ces deux joueurs à l’hôtel Hamanieh, pour nous rejoindre à l’aéroport. Mais seul Youssouf Fofana a accepté de venir avec elle. On est parti sans Kassy Kouadio. En Guinée, le Président Sékou Touré nous avait mis dans de très bonnes conditions comme si l’ASEC était une équipe de son pays. Il a mis son avion privé à notre disposition pour aller visiter Faranah, son village natal. On est arrivé à Faranah un vendredi décrété jour férié. Toute la ville nous attendait avec à sa tête Amara TOURÉ, le frère aîné de Sékou Touré. Amara nous a conduits à la grande mosquée de Faranah où l’on a fait des bénédictions pour l’ASEC. Lorsqu’on devait repartir de Guinée, Sékou Touré a mis trois marabouts à notre disposition en nous expliquant que ceux-ci ont effectué trois voyages avec le Hafia FC qui ont été couronnés de succès. Et qu’avec eux, on remporterait cette Coupe FHB. On l’a effectivement gagnée. Après le match, Francis Ouégnin nous a conduits au domicile de l’Ambassadeur de Guinée en Côte d’Ivoire où SEM Georges Ouégnin, le Ministre M’Bahia Blé Kouadio, Guillaume HOUPHOUET-BOIGNY et le regreté Honoré DJIBO nous ont rejoints. Et Guillaume HOUPHOUET-BOIGNY, tellement content, a offert 100 000 francs FCA, à chaque joueur. L’Ambassadeur de Guinée a appelé le Président Sékou Touré et Francis Ouégnin lui a transmis les remerciements de la famille ASEC. Le Président Sékou Touré lui a fait promettre qu’il lui apporterait la Coupe fhb, à Conakry, pour qu’elle trône sur son bureau. Malheureusement, cela n’a pas pu se faire, parce que le Président Sékou Touré est décédé quelque temps après.

– Quels sont les joueurs de l’époque qui vous ont marqué ?
– Il y avait incontestablement Laurent Pokou. Il reste pour moi le plus grand joueur africain de tous les temps. Lorsque Pokou disait « je gagne ce match », il le gagnait effectivement. Il était très technique, très rapide, très intelligent et très adroit devant le but. Pokou était un joueur exceptionnel. Après, lui, Youssouf Fofana, Ben Badi et Kassy Kouadio m’ont également marqué. Youssouf était un joueur phénoménal. Ben Badi était un génie. Lucien Kassy Kouadio était un surdoué. Quand nous avons fait venir ce dernier, Bouazo Valentin, m’avait dit ceci en le voyant : « Pablo, au lieu de recruter de bons joueurs, ce sont des enfants que vous nous envoyez ». Lucien lui a répondu qu’il allait lui prouver qu’il était un grand joueur. Avant un derby ASEC-Africa, Bouazo a lancé un défi à Lucien. Il lui a dit que s’il nous faisait gagner ce match, il lui offrirait sa prime. Kassy Kouadio Lucien a relevé le défi. Sur deux coups-francs, il a fait la différence en bombardant Bodo Maier, le portier de l’Africa Sports, des 35 mètres et l’ASEC a finalement gagné 3-0.

– Quel est le match de l’ASEC dont vous gardez le meilleur souvenir ?
– C’est incontestablement la demi-finale de la Coupe nationale ASEC-Stade de 1973 disputée au stade FHB. On est menés 2-0, en première mi-temps. On réduit la marque (2-1) en début de seconde mi-temps. Le Stade marque encore et porte le score à 3-1. Et puis, à cinq minutes de la fin du match, une bagarre éclate entre Christophe Bazo et Vincent Kouadio. Pokou en profite pour filer dans nos vestiaires. Il en ressort quelque temps après et nous dit : « Je vais gagner ce match ». L’entraîneur Anzian lui répond : « Arrête de nous distraire. On est menés 3-1, à cinq minutes de la fin. Tu vas faire de la magie ou quoi ?». Lorsque la partie reprend, Laurent Pokou marque coup sur coup deux buts. Lors des prolongations, il inscrit le quatrième but de l’ASEC, puis il donne la balle du cinquième à N’Guessan Bernard. Le Stade proteste et abandonne la partie en prétextant que la balle était sortie avant la passe décisive de Pokou. Après le match, le Ministre M’Bahia Blé était tellement content qu’il a mis sa voiture, une Jaguar, à la disposition de Pokou pour rentrer à la maison. Et il m’a dit : « Pablo, marchons un peu ». Nous avons marché du stade FHB jusqu’au niveau de l’actuelle gare sud de la SOTRA, au Plateau. Et puis un supporter nous a pris à bord de son véhicule pour nous déposer chez le Ministre, à Biétry.

– Et votre mauvais souvenir ?
– C’est le match retour ASEC-Hafia, à Abidjan, en 1973. Cette année-là, on avait l’équipe pour remporter la Coupe d’Afrique des clubs champions. Malheureusement, on a été éliminé de façon incompréhensible. J’ai toujours mal quand je pense à cette élimination.

– Pouvez-vous nous parler de l’aventure de la CAN 92 à laquelle vous avez participé en tant que Directeur Sportif de la FIF et que les Eléphants de Côte d’Ivoire ont remportée?
– Ce fut une aventure fantastique. On a remporté cette CAN grâce au bon état d’esprit de tous les membres de notre délégation, mais aussi parce que l’ossature de notre sélection était composée de huit joueurs de l’ASEC Mimosas. Des joueurs de l’Africa faisant partie du groupe nous avaient prévenus lors de notre regroupement au Portugal que si on sélectionnait beaucoup de leurs coéquipiers, on n’irait pas loin. On a composé avec les joueurs de l’ASEC et cela a été payant.

– Personne n’a oublié votre grosse colère de la finale, face au Ghana, contre Abedi Pelé…
– (Il sourit). Abedi Pelé était suspendu pour la finale. Mais peu avant ce dernier match de la compétition, je l’aperçois dans les vestiaires. Je demande ce qu’il fait là, au Commissaire au match. Ce dernier répond qu’il est venu saluer ses coéquipiers. Je pensais qu’il était retourné dans les tribunes lorsque la finale a débuté. Mais quelques instants après, le Président Dieng Oussyenou vient me dire sur le banc que Abedi Pelé est assis auprès du commissaire au match. Je vais demander au Commissaire ce que Abedi Pelé fait auprès de lui. Il me répond qu’Abedi est l’invité de la CAF. Au même moment, il y a une rentrée de touche pour les Eléphants. Je demande à Aka Kouamé d’attendre. L’arbitre vient me demander ce qui se passe. Je lui explique la situation et lui fais savoir qu’on ne poursuivra pas la partie tant qu’Abedi sera dans la main courante. Il ordonne à Abedi de s’exécuter. Et au moment où je retourne sur notre banc de touche, le Commissaire au match demande à l’arbitre de m’expulser aussi. Ce qu’il fait. Voilà l’histoire.

– Visitez-vous souvent Sol Béni ?
– Oui, chaque fois que j’en ai l’occasion. La dernière fois que j’ai visité Sol Béni, la première tranche de la Maison Excellence n’était pas encore terminée, la piscine et la Maison de la Communication n’étaient pas construites. Aujourd’hui, après l’achèvement de tous ces travaux, le site de Sol Béni est magnifique. Et il semble que ce n’est pas encore fini parce que le Président Me Roger Ouégnin a d’autres projets pour l’ASEC et Sol Béni. J’ai visité, la Commanderie (le centre d’entraînement de l’Olympique de Marseille) et le Camp des Loges (celui du PSG). Aucun de ces deux complexes n’égale Sol Béni. Sol Béni est unique en Afrique subsaharienne. En voyant tout ce que Me Roger Ouégnin a fait, on est fier d’être ASEC, et on se dit qu’on ne s’est pas trompé dans notre choix de supporter ce club.

– Dans quelles conditions travailliez-vous avant l’arrivée de Me Roger Ouégnin ?
– C’est inimaginable aujourd’hui, mais croyez-moi, on travaillait dans des conditions extrêmement difficiles. Quand le Ministre M’Bahia Blé avait le département de la Défense, l’ASEC s’entraînait à l’Ecole Nationale de la Gendarmerie. Après le départ de M’Bahia Blé, on a commencé à s’entraîner à Vridi, derrière la SOTEXI . Après, il fallait louer souvent des terrains d’entraînement tantôt à GESCO, tantôt à SIEM. Et quand il n’y avait pas d’argent, ce qui était très fréquent, il fallait trouver des pelouses au Plateau pour l’entraînement. On s’est même entraîné, une fois, sur la pelouse située en face du Grand Hôtel du Plateau. Tout cela ne ressemblait pas à l’ASEC Mimosas. Les jeunes d’aujourd’hui ne peuvent pas le croire.

– Que vous inspire aujourd’hui l’évolution de votre club ?
– On est fier d’être supporter de l’ASEC Mimosas. Me Roger Ouégnin a donné des bases solides à ce club. Il l’a organisé, il l’a bâti. Quand on voit ce qu’il a fait par rapport à ce que nous avons connu, on ne peut qu’être fier d’être ASEC. Depuis vingt ans qu’il est là, on n’a jamais appris que notre club doit des salaires impayés à ses joueurs ou à ses employés.

– Quels sont vos rapports actuels avec l’ASEC Mimosas et ses dirigeants ?
– L’ASEC Mimosas est ma famille. J’entretiens de très bons rapports avec mon club et ses dirigeants. Chaque fois que je rencontre Me Roger Ouégnin, nous nous saluons et il se montre très sympathique. Quand j’étais à l’ASEC, il était là aussi. Mais il se tenait à l’écart. Il observait beaucoup et parlait très peu. Ses réalisations à l’ASEC Mimosas ne me surprennent pas. Déjà, lors du second mandat de Touré Mamadou, j’ai entendu certaines de ses conversations avec ce dernier. Il lui parlait de l’organisation et de la construction du club qu’il est en train de mener depuis novembre 1989. Mais à l’époque, tout le monde pensait que ce projet était irréalisable.

– Comment trouvez-vous le niveau actuel du football ivoirien ?
– Le niveau s’améliore timidement pour plusieurs raisons. Premièrement, tous les jeunes footballeurs rêvent de mener une carrière professionnelle, en Europe ou en Asie. Les plus talentueux émigrent très tôt vers ces deux continents. Le phénomène s’est généralisé en Afrique. On ne trouve plus de grands joueurs dans la sous-région pour renforcer nos clubs. C’était possible il y a quinze ou vingt ans, et on avait de grandes équipes de l’ASEC, de l’Africa, du Stade et du Stella. Deuxièmement, les pelouses des stades ivoiriens sont généralement très mauvaises. Troisièmement, nos clubs manquent de moyens. La plupart doivent plusieurs mois de salaires à leurs joueurs et à leurs encadreurs. Mais comment voulez-vous qu’un club qui n’a ni siège, ni adresse fixe, ni terrain d’entraînement puisse trouver des sponsors ? Tout cela influence négativement l’évolution de notre football. L’ASEC Mimosas montre la voie depuis 20 ans. Mais aucun club ne parvient à suivre son exemple. C’est dommage pour le football ivoirien.

– En tant que Secrétaire Général du centre de formation Amadou Diallo de Djékanou, comment expliquez-vous la rareté des talents malgré la prolifération des centres de formation dans notre pays ?
– Pour moi, le centre de formation de référence en Côte d’Ivoire est l’Académie MimoSifom. Nous nous inspirons de ce modèle pour détecter les talents et les aider à s’épanouir à Djekanou. Je ne considère pas les autres comme des centres de formation, mais comme des centres boutiques. Aujourd’hui, les gens ouvrent des écoles de football pour se faire de l’argent. Ils n’ont souvent aucune compétence et ils font payer des droits d’inscription. Ils se soucient plus de la quantité que de la qualité. Leur objectif n’est pas de former de bons joueurs, mais de devenir riches. Lorsqu’on a un centre de 400 ou 500 enfants et que l’on demande à chaque parent de payer 500 000f CFA par enfant, même si celui-ci n’a aucun talent, à quoi veut-on aboutir ? A l’ASEC Mimosas, on ne paye rien pour entrer à l’Académie MimoSifcom. Le talent est l’unique clef qui ouvre les portes de l’Académie MimoSifcom. C’est pour cela que la majorité des meilleurs footballeurs qui font la fierté de notre pays sont sortis de ce centre. le Président Jacques Anouma nous demande de copier le modèle de l’ASEC Mimosas si nous voulons réussir dans notre mission, à Djékanou. Il faut que la FIF mette de l’ordre dans cette histoire de centres de formation.

– Votre mot de fin ?
– Je remercie le Mimosas Magazine pour avoir pensé à réaliser cette interview avec moi. L’ASEC Mimosas et le football sont toute ma vie. Je suis heureux de voir les progrès remarquables de cette belle famille. Je demande aux Actionnaires de soutenir le Président Roger Ouégnin. Dans l’intérêt de notre belle famille.

Interview réalisée par KONÉ Ismaël

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